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    Prix Pierre-Dansereau — Engagement social du chercheur

    Une juriste au service des femmes et des plus démunis

    22 octobre 2016 | Martine Letarte - Collaboration spéciale | Science et technologie
    Lucie Lamarche, professeure au Département des sciences juridiques de l’UQAM
    Photo: Source Acfas Lucie Lamarche, professeure au Département des sciences juridiques de l’UQAM
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Lucie Lamarche, professeure au Département des sciences juridiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a toujours utilisé le droit afin de transformer la société. Elle s’est notamment battue bec et ongles pour défendre les droits des femmes victimes de violence et des plus démunis. Son engagement l’a même amenée jusqu’aux Nations unies pour étayer que la pauvreté est une violation des droits de la personne. Pour souligner l’excellence et le rayonnement de son travail, qui a contribué à améliorer la qualité de la vie en société, l’Acfas lui remet le prix Pierre-Dansereau.

     

    « En 1979, alors que les avocates ne pouvaient même pas porter de pantalon sous la toge, ce n’était pas évident de plaider devant un juge les causes de violence conjugale, de l’amener à croire les femmes et à bien évaluer les risques pour les enfants », se souvient Lucie Lamarche, qui a travaillé à l’ouverture de la première maison d’hébergement francophone pour les femmes victimes de violence.

     

    Elle donnait aussi des formations aux policiers pour les amener à traiter de la même façon la femme victime de violence dans sa cuisine que le gars qui s’est fait casser la figure dans un bar.

     

    « Tout n’est pas parfait, mais les choses ont beaucoup évolué », se réjouit-elle.

     

    Fille du Sud-Ouest de Montréal, c’est dans ce quartier ouvrier qu’elle a fait ses débuts comme avocate dans le milieu communautaire aux débuts de l’aide juridique. C’est ce milieu qui l’a forgée.

     

    « Je travaillais avec des gens extraordinaires et nous faisions de l’aide juridique engagée, raconte-t-elle. C’était l’époque où tout le mouvement communautaire se construisait avec plusieurs revendications. Nous faisions moins de volume, mais nous prenions le temps de construire des causes qui pouvaient avoir un effet positif sur la population. »

     

    Alors qu’à Pointe-Saint-Charles on retrouvait encore plusieurs logements où le linoléum était posé directement sur la terre battue — « ça gelait l’hiver ! » —, Lucie Lamarche s’est beaucoup engagée pour défendre le droit au logement décent.

     

    « On voyait des gens dans des situations de grande vulnérabilité, mais il y avait une importante mobilisation pour revendiquer les droits sociaux », se souvient-elle.

     

    Le passage à l’université

     

    Son arrivée comme chargée de cours à l’UQAM au début des années 1980, qu’elle doit au professeur maintenant retraité Georges LeBel, n’était pas dans son écran radar. Mais elle a tout de suite adoré le contact avec les étudiants. Elle continuait à travailler à l’aide juridique en même temps. Puis, Lucie Lamarche, dont la mère n’avait cessé de répéter que jamais elle ne dépendrait d’un homme, a ouvert le premier bureau d’avocates féministes au Québec avec deux collègues.

     

    Après quelques années, elle a finalement décidé de faire le deuil de sa pratique du droit pour s’investir pleinement à l’UQAM à la fin des années 1980. C’est ce qui l’a initiée tranquillement à tout le volet international du droit.

     

    La mondialisation bénéfique

     

    « Au début des années 1990, on a commencé à parler du droit des femmes et des droits sociaux sans considérer les droits locaux et internationaux comme deux planètes distinctes », explique celle qui est entrée à la Société royale du Canada en 2014.

     

    Elle a participé à plusieurs grands événements internationaux. Elle a notamment accompagné le mouvement féministe québécois à la Conférence mondiale des femmes de Beijing de l’Organisation des Nations unies (ONU), en 1995.

     

    « C’était la première fois que l’ONU accueillait des organisations non gouvernementales [ONG] à une conférence, raconte-t-elle. La présence de ces milliers de femmes avait été spectaculaire. En droit social, la mondialisation a été très positive puisqu’elle a permis une circulation des idées. Le mouvement des femmes au Québec a vu l’intérêt d’utiliser le regard des instances internationales comme l’ONU sur les politiques québécoises. »

     

    Elle a fait la même chose avec la Ligue des droits et libertés en 1998 devant un comité de l’ONU responsable du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

     

    « Je me souviens que François Saillant du Front d’action populaire en réaménagement urbain [FRAPRU] est revenu au Québec en répétant que l’ONU considérait que le gouvernement ne respectait pas ses engagements en matière de droit au logement, raconte-t-elle. Maintenant, on intègre le droit international au travail local, mais à ce moment-là, c’était nouveau. Le gouvernement du Québec considérait que les traités internationaux sur les droits de la personne concernaient seulement les pays pauvres ! »

     

    La professeure et chercheuse a ainsi accompagné la société québécoise dans cet arrimage entre les luttes locales et les aspirations mondiales.

     

    Elle a aussi été membre du Groupe d’accompagnement de la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur le thème de l’extrême pauvreté et des droits de la personne pendant plusieurs années.

     

    « À l’issue de nos travaux, l’ONU a déclaré que la pauvreté était une violation des droits, indique-t-elle. Et on a examiné particulièrement la situation des femmes, parce qu’elles sont plus vulnérables à l’extrême pauvreté. »

     

    Retour aux sources

     

    Après avoir accepté le défi de l’Université d’Ottawa de réorganiser le Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de la personne, le plus vieux centre de recherche en droits de la personne au Canada, Lucie Lamarche est revenue à l’UQAM il y a trois ans. Très loin d’envisager la retraite, elle est en train de se repositionner pour ses prochains travaux de recherche.

     

    « Le droit social a changé et le Québec vit des années fertiles avec les revendications pour une hausse du salaire minimum et pour un revenu minimum garanti, constate-t-elle. Il y a des problèmes d’accès à la justice. Je suis en train de faire l’état des lieux. »

     

    Chose certaine, elle prend toujours autant plaisir à enseigner.

     

    « L’université, on l’oublie souvent, mais elle existe par et pour les étudiants, dit-elle. Il y a eu de dures compressions budgétaires, l’UQAM a pratiquement traversé le désert. Or, c’est de la cité des étudiants dont il est question. C’est très important de s’en souvenir, parce que ce sont eux qui feront évoluer la société de demain. »













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