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    Au CHUM, un dérivé du cannabis sera mis à l’essai pour contrer la dépendance à la cocaïne

    Un essai clinique qui sera mené au CRCHUM vise à savoir si le cannabidiol est efficace pour aider les toxicomanes à se libérer de leur dépendance à la cocaïne.
    Photo: iStock Un essai clinique qui sera mené au CRCHUM vise à savoir si le cannabidiol est efficace pour aider les toxicomanes à se libérer de leur dépendance à la cocaïne.

    Un composé dérivé du cannabis pourrait enrayer la dépendance à la cocaïne, suggèrent certaines études animales et humaines. Un essai clinique visant à mesurer l’efficacité du cannabidiol chez des cocaïnomanes désirant se libérer de leur toxicomanie débutera prochainement au Centre de recherche du CHUM.

     

    « Nous ne disposons d’aucun traitement pharmacologique en ce moment pour aider les personnes à se sortir de cette dépendance dont les conséquences dont dévastatrices », explique le Dr Didier Jutras-Aswad, médecin-psychiatre et chercheur qui dirigera cet essai clinique. « Les traitements psychologiques offrent des résultats mitigés. Une proportion assez importante des personnes aux prises avec ce type de dépendance ne répond pas aux interventions psychologiques, d’où la pertinence d’avoir un traitement pharmacologique qui pourrait être utilisé en combinaison avec des interventions psychologiques. »

     

    Mais à ceux qui croient que le cannabidiol conduira à troquer une dépendance pour une autre, le Dr Jutras-Aswad souligne que « le cannabidiol est un composé issu du cannabis qui n’est absolument pas addictif, contrairement au tétrahydrocannabinol (THC), un autre cannabinoïde qu’on retrouve dans le cannabis, et qui est quant à lui addictif. Selon certaines données, le cannabidiol pourrait en revanche combattre la dépendance. De plus, le cannabidiol n’est pas une substance psychoactive, il ne crée pas d’euphorie. Ce ne sera pas du tout comme si nos patients cessaient leur consommation de cocaïne pour commencer à fumer du cannabis, et qui, dans ce cas, développeraient probablement une dépendance au cannabis », souligne-t-il.

     

    L’essai clinique de phase II qui sera mené au CRCHUM vise à savoir si le cannabidiol — qui s’est avéré parfaitement sécuritaire lors d’une étude de phase I — est efficace pour aider les toxicomanes à se libérer de leur dépendance à la cocaïne. « On l’administrera aux patients à partir du moment où ils auront cessé leur consommation de cocaïne, et ce, pendant 92 jours. Cela nous permettra de savoir si la substance est efficace dans les premiers jours suivant le sevrage ou si elle aide les patients à ne pas rechuter au cours des semaines suivantes, alors qu’ils éprouvent un désir intense, parfois irrépressible, de consommer », explique le chercheur.

     

    L’équipe du CRCHUM recrute actuellement 110 cocaïnomanes âgés de 18 à 65 ans qui consomment de la cocaïne par voie intraveineuse, par inhalation (en la sniffant) ou en fumant du crack, qui est une autre forme de cocaïne. La moitié des 110 participants recevront le cannabidiol pendant 92 jours, tandis que les autres recevront un placebo. Ni les participants ni les chercheurs ne sauront ce que chaque participant absorbe. Le cannabidiol sera fourni par Insys Therapeutics, une compagnie pharmaceutique qui synthétise la substance en laboratoire au lieu de l’extraire du cannabis, qui en contient très peu. L’étude est par contre financée par les Instituts de recherche du Canada (IRSC). Chaque semaine, les participants seront examinés par l’équipe de recherche et recevront une thérapie cognitivo-comportementale de prévention de la rechute.

     

    Selon le chercheur, le cannabidiol s’annonce prometteur, car des études menées chez l’animal ont indiqué qu’il agit sur des structures cérébrales intervenant dans la dépendance, « ce qui laisse penser qu’il pourrait être efficace pour traiter la toxicomanie ». On sait aussi que le cannabidiol diminue l’anxiété et la réponse au stress, deux symptômes impliqués dans la toxicomanie et qui contribuent aux rechutes chez ceux qui tentent de se sortir de leur dépendance. Qui plus est, une étude a montré que des animaux qu’on avait rendus dépendants à la cocaïne et qui ont ensuite été traités avec le cannabidiol présentaient moins de comportements de recherche de drogue que ceux qui n’avaient pas reçu le fameux extrait de cannabis. Le chercheur espère que l’essai clinique phase II confirmera ces résultats encourageants obtenus chez l’animal, car « la dépendance à la cocaïne coûte cher non seulement sur le plan financier, mais aussi sur les plans social, psychologique et physique ».

     

    La cocaïne a des effets délétères sur la santé mentale des consommateurs, qui peuvent « devenir plus impulsifs et plus agressifs ». Elle a aussi des effets dévastateurs sur le plan social, en raison du coût financier qu’elle entraîne et qui peut conduire les grands consommateurs à perdre leur emploi, parfois à commettre des gestes illégaux, voire à mettre leur sécurité en péril. « Après 10 ou 15 ans de consommation, plusieurs ont perdu contact avec leurs enfants, leur famille, leurs amis. Toute leur vie est désormais centrée sur leur consommation et ils développent des réseaux sociaux qui sont plutôt associés à la consommation. »

     

    La cocaïne peut aussi affecter leur santé physique. « Elle peut provoquer des infarctus du myocarde chez des personnes de 30 à 35 ans et des accidents vasculaires cérébraux chez des individus de 30 à 40 ans, alors que ces deux pathologies frappent normalement des personnes plus âgées. De plus, ceux qui s’injectent leur cocaïne par voie intraveineuse sont beaucoup plus nombreux à contracter une maladie transmise par le sang, comme le VIH et l’hépatite C », précise le Dr Jutras-Aswad.













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