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    Grandeur nature

    Chasser la tique avec des draps de flanelle

    Une tique à pattes noires, capturée la veille par le chercheur Idalberto Machado, est préservée dans le formol.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Une tique à pattes noires, capturée la veille par le chercheur Idalberto Machado, est préservée dans le formol.

    Le Devoir vous transporte cet été sur le terrain en compagnie de chercheurs qui profitent de la belle saison pour recueillir observations et données. Dans une série épisodique, Grandeur Nature s’immisce dans la sphère de ceux qui font la science au jour le jour.


    Depuis une dizaine d’années, la maladie de Lyme ne cesse de gagner du terrain au Québec. Pour tenter de contrôler la propagation de la bactérie, des équipes de chercheurs, associés à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), sillonnent les grands parcs du Québec, armés de draps de flanelle, à la chasse aux tiques.

     

    Dans un boisé de l’ouest de l’île de Montréal, Idalberto Machado et Roxanne Pelletier, vétérinaires spécialisés en santé publique, cherchent un endroit propice pour mener leur expérience. Ils s’installent le long du sentier le plus populaire, là où les visiteurs et leurs chiens ont le plus de chances de se faire piquer par une tique à pattes noires, qui peut transmettre la maladie de Lyme.

     

    Lorsqu’elle a faim, la tique s’installe dans les herbes hautes et attend qu’un hôte passe pour s’y accrocher. Pour capturer la tique, les chercheurs utilisent donc un drap de flanelle, qu’on traîne au sol sur plusieurs mètres.

     

    « Il y a une bonne litière de feuilles, pas de soleil, pas trop d’humidité au sol, c’est un endroit parfait pour les tiques », approuve Patrick Leighton, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

     

    Points noirs sur fond blanc

     

    Roxanne marque un point GPS dans sa main. Idalberto fait la même chose quelques mètres plus loin. Avec synchronisme, ils avancent et comptent les pas : 32 exactement. Puis ils s’arrêtent, soulèvent le drap et scannent chaque millimètre du tissu blanc. Les tiques sont plus faciles à voir, mais les nymphes et les larves sont à peine plus grosses qu’un grain de sable.

     

    « Au début, elles sont dures à voir, mais on s’habitue rapidement », explique Roxanne Pelletier. Son professeur, Patrick Leigthon, enchaîne en rigolant : « Oui, à la fin de la saison, on commence à voir des petits points noirs de tiques partout ! »

     

    Blessures de guerre

     

    Ce premier échantillonnage n’a pas été concluant. Les chercheurs repartent avec leur drap, s’engageant un peu plus dans la forêt. Toujours rien. On répète l’expérience une vingtaine de fois, des deux côtés du sentier. « On ne trouve rien. C’est bon, ça veut dire qu’il n’y a pas de tiques, mais… c’est plate ! », avoue Idalberto dans un grand éclat de rire coupable.

     

    Il a connu des expériences plus stimulantes dans des milieux infestés de tiques. La veille, Roxanne et lui ont recueilli 142 larves, 48 nymphes et 6 adultes, qui ont été envoyées au laboratoire de santé publique du Québec. « On a mis trois heures, il y en avait tellement, on ne savait pas quand ça allait s’arrêter ! »

     
    125
    C’est le nombre de cas déclarés au Québec en 2014, dont un peu plus de la moitié avaient été infectés localement. Présente au Québec depuis le début des années 2000, la maladie de Lyme connaît une importante progression depuis 2011.

    Malgré l’insecticide, les vêtements longs et les bas qui remontent par-dessus les pantalons, les chercheurs ne sont pas à l’abri. Idalberto exhibe sa dernière piqûre comme une blessure de guerre. « Je l’ai prise en photo avant de l’arracher », clame-t-il fièrement, iPhone à l’appui.

     

    Formation

     

    « Tu veux essayer ? », propose Idalberto à Alexandra McDougall, qui le suit depuis plus d’une heure à travers les talus et les troncs d’arbre.

     

    C’est que les chercheurs ont une double mission aujourd’hui. Ils profitent de l’échantillonnage pour former le personnel de l’Arboretum de Sainte-Anne-de-Bellevue, qui veut pouvoir faire sa propre surveillance dans les prochains mois. « On veut déterminer s’il y a des tiques ou non dans le parc et, si oui, dans quel secteur et à quel moment de l’année », explique le directeur du parc, Scott Pemberton.

     
    86%
    C’est la proportion des cas d’acquisition de l’infection au Québec qui provenaient de la Montérégie. Des cas ont également été relevés en Estrie, en Mauricie et au Centre-du-Québec. L’INSPQ vient d’identifier les régions des Laurentides et de Montréal comme des lieux probables d’acquisition.

    « Je ne sais pas si c’est vraiment possible, mais, idéalement, on aimerait pouvoir indiquer aux visiteurs les secteurs à éviter et les rassurer en indiquant s’il y a un danger de se faire piquer par des tiques ou non. »

     

    Sensibilisation

     

    À ses côtés, Patrick Leighton applaudit. « C’est très positif de voir que certains sont proactifs, c’est quelque chose qui devrait être mis en avant pour d’autres sites publics, parce qu’il y a beaucoup d’endroits où les gens ne veulent rien savoir ou s’en fichent un peu. »

     

    « Il n’y a aucun parc qui a mis des pancartes pour dire aux visiteurs de faire attention aux tiques, même dans les endroits où il a été démontré qu’il y a des tiques », ajoute-t-il, avec un haussement d’épaules d’incompréhension.

     
    En Europe, ils ont l’habitude de s’inspecter après une randonnée en forêt. Ici, ce n’est pas encore dans nos mœurs.
    Ariane Adam-Poupart, chercheuse à l'INSPQ

    Le site n’a pas été choisi au hasard. « Via la surveillance passive, on a des indications qui nous laissent croire qu’il y a des tiques qui proviennent de Sainte-Anne-de-Bellevue », précise Ariane Adam-Poupart, spécialiste de la lutte antiparasitaire à l’INSPQ. Quelque 150 sites ont été ainsi sélectionnés à travers le Québec dans le cadre du programme de surveillance active.

     

    Habitudes

     

    L’équipe retourne au chalet. Chacun va procéder à une inspection visuelle pour voir si une tique a réussi à se faufiler entre les couches de vêtements pour s’agripper à un morceau de peau. C’est une habitude que les Québécois devront prendre éventuellement, au fur et à mesure que le nombre d’infections va augmenter, estiment les spécialistes.

     

    « En Europe, ils ont l’habitude de s’inspecter après une randonnée en forêt, explique Ariane Adam-Poupart, de l’INSPQ. Ici, ce n’est pas encore dans nos moeurs, mais j’ai bon espoir que, d’ici 10 ou 15 ans, les Québécois en auront pris l’habitude. »


    La tique et la maladie de Lyme La maladie de Lyme est une infection causée par la bactérie Borrelia burgdorferi, qui peut être transmise par une piqûre de tique à pattes noires (Xodes scapularis). Si la maladie n’est pas traitée, elle peut causer de graves problèmes de santé dans les semaines, les mois et les années qui suivent la piqûre.

    Au Québec, entre 15 % et 20 % des tiques à pattes noires sont infectées par la bactérie Borrelia burgdorferi.

    La tique mesure entre 1 et 3 millimètres avant de se remplir de sang.

    La tique reste accrochée à la peau. Il faut la retirer avec une pince et la garder dans un contenant hermétique pour la transmettre aux autorités de santé publique. La piqûre de tique peut causer une rougeur qui ressemble à une cible.
    Une tique à pattes noires, capturée la veille par le chercheur Idalberto Machado, est préservée dans le formol. Roxanne Pelletier se concentre pour observer le drap blanc, à la recherche de tiques, de nymphes ou de larves, à peine plus grosses qu'un grain de sable. La technique de la flanelle consiste à trainer un drap blanc sur quelques mètres puis à l'inspecter pour voir si des tiques se sont accrochées. Au total, Roxanne Pelletier trainera le drap sur 500 mètres, des deux côtés du sentier. Luke et Michael Gossage-Bleho, employés de l'Arboretum, apprennent à repérer des tiques sur un drap de flanelle, sous les conseils du chercheur Idalberto Machado. Arianne Adam-Poupart, de l'INSPQ, et Patrick Leighton, de l'Université de Montréal, informent le directeur de l'Arboretum de Sainte-Anne-de-Bellevue, Scott Pemberton, du programme de surveillance active qui les amène à faire des échantillonage sur 150 sites comme celui-ci. «Au début, ça peut être difficile de savoir s'il s'agit véritablement d'une tique à pattes noires, mais une fois que tu en as vu une, tu ne peux plus te tromper», explique Roxanne Pelletier à Justin Pemberton et Alexandra McDougall. Un sentier à l'ombre, des herbes hautes et une bonne litière de feuilles. C'est un endroit idéal pour faire un échantillonage, explique la chercheuse Roxanne Pelletier à Justin Pemberton et Alexandra McDougall.












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