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    L’avenir de la recherche passe par le soutien à la relève

    7 mai 2016 | Etienne Plamondon Emond - Collaboration spéciale | Science et technologie
    Un peu plus de 1500 étudiants feront une présentation de leur travail lors des colloques de l’Acfas.
    Photo: Michaël Monnier Le Devoir Un peu plus de 1500 étudiants feront une présentation de leur travail lors des colloques de l’Acfas.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial. 

    Au nombre de 1549, les étudiants représentent plus de 42 % des membres de l’Association francophone pour le savoir (Acfas). Cette dernière estime qu’une proportion similaire des présentations prévues dans son 84e congrès, qui se déroulera du 9 au 13 mai prochains à l’Université du Québec à Montréal, sera livrée par des étudiants chercheurs. Discussion avec Frédéric Bouchard, président de l’Acfas, autour du soutien de la relève scientifique.

    Jusqu’à tout récemment, les taux de réussite pour les demandes de subvention de recherche auprès des trois grands organismes subventionnaires fédéraux étaient en chute libre. À Québec, la Politique nationale de la recherche et de l’innovation (PNRI), à travers laquelle le gouvernement Marois prévoyait des investissements de 3,7 milliards sur cinq ans, a été mise en veilleuse lorsque le gouvernement Couillard est arrivé au pouvoir. Un travail d’analyse publié en février dernier par la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) démontrait que le montant moyen disponible par professeur dans le financement de la recherche universitaire avait diminué de 15 % entre 2003 et 2010, passant de 178 000 à 152 000. Et la tendance semble s’être accélérée depuis.

     

    Pour Frédéric Bouchard, président de l’Acfas, il est « évident » que cette situation a eu des répercussions sur la relève. « Quand des équipes de chercheurs obtiennent ces subventions, il y a beaucoup de celles-ci qui servent à payer des étudiants ou des auxiliaires de recherche. Donc lorsque le financement de la recherche est affecté, ça affecte directement les étudiants. »

     

    L’Acfas s’est réjouie du budget du gouvernement Trudeau, dévoilé le 22 mars dernier. Celui-ci a annoncé une augmentation de 95 millions $ du montant accordé annuellement à la recherche par Ottawa. Par ce montant, le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) voit son budget bonifié de 16 millions $, tandis que les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) voient chacun le leur augmenté de 30 millions $. À Québec, un vide persiste alors qu’aucune politique ou stratégie de recherche n’a été annoncée depuis l’arrivée du gouvernement Couillard.

     

    « Soutenir la relève en recherche passe par des réinvestissements structurés. Comme il n’y en a pas eu dans les deux dernières années, il y a eu moins de subventions dans les équipes de recherche », souligne M. Bouchard. Le président, qui se dit « optimiste vigilant » de nature, affirme que l’Acfas a eu des discussions encourageantes avec le cabinet de la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI), Dominique Anglade. Mais il rappelle néanmoins l’urgence d’agir. « Collectivement, ce qu’il faut décider, c’est que nous sommes une société du savoir. Cela veut dire qu’il faut plus de jeunes chercheurs. Et s’il en faut plus, il faut que les investissements suivent. »

     

    Mais les investissements gouvernementaux ne sont qu’« un morceau du casse-tête » dans le soutien aux jeunes chercheurs, selon M. Bouchard. La relève constitue d’ailleurs le seul enjeu transversal du Plan stratégique 2014-2019 de l’Acfas. « C’est notre fil conducteur à travers toutes ces priorités stratégiques, dit M. Bouchard, parce que ce sont les chercheurs de demain. Si on veut que le Québec tire profit de la science et de l’innovation sous toutes ses formes, que ce soit par les innovations technologiques ou les innovations sociales, il faut se préoccuper de comment les chercheurs qu’on est en train de former sont outillés. »

     

    L’Acfas collabore actuellement avec l’Association des doyens des études supérieures au Québec (ADESAQ) en soutenant financièrement un groupe de travail national sur la formation doctorale. L’ancienne présidente de l’Acfas, Louise Dandurand, siège d’ailleurs au comité de pilotage de ce groupe. « Cette étude vise à mieux comprendre quelles sont les attentes des étudiants à travers le doctorat. Car il y a de plus en plus d’étudiants au doctorat qui n’ont pas l’intention d’avoir une carrière universitaire. Et la carrière professorale aussi a changé. Est-ce que la formation doctorale s’est adaptée à ce changement d’attente ? » se questionne M. Bouchard. « Peut-être qu’on va découvrir que le doctorat fonctionne bien. Mais il reste que c’est important de toujours se remettre en question », poursuit le philosophe.

     

    Il rappelle que, désormais, les chercheurs travaillent dans les ministères, les agences, les organismes non gouvernementaux et les entreprises. Ils sont appelés à jouer plusieurs rôles dans la société. « La recherche est cruciale dans une société du savoir et doit être partagée dans tous les milieux. Mais il faut outiller les jeunes chercheurs pour qu’ils soient capables de traduire la recherche et de la transformer dans différents milieux. »

     

    C’est d’ailleurs pourquoi plusieurs initiatives de l’Acfas visent à aider les chercheurs à mieux vulgariser et à communiquer. Encore une fois cette année, le congrès de l’Acfas mettra à la disposition des congressistes souhaitant obtenir une rétroaction sur leur présentation des conseillers en communication. « Ça prend de l’ampleur, parce que chaque année, les étudiants en redemandent. Et on veut répondre à cette demande », assure M. Bouchard. À l’extérieur du congrès, l’Acfas organise chaque année les Journées de la relève en recherche, dont la prochaine édition se tiendra les 22 et 23 septembre prochains. Des ateliers et des exercices sur la vulgarisation, le réseautage, la rédaction de demandes de subvention et la propriété intellectuelle y seront notamment au menu. « On doit grossir l’événement chaque année », assure-t-il.

     

    Mais l’événement le plus flamboyant consacré à la relève est sans doute le concours Ma thèse en 180 secondes, inspiré de la compétition australienne Three Minute Thesis, qui a débuté en 2008. L’Acfas organise depuis 5 ans ce « spectacle » dans lequel des doctorants doivent, en peu de temps, décrire le sujet de leurs recherches à des spectateurs néophytes. La finale nationale se déroulera à l’UQAM le 11 mai prochain, en marge du congrès. Le gagnant se mesurera à des étudiants chercheurs de la Belgique, du Burkina Faso, du Cameroun, de France, du Maroc, du Sénégal, de la Tunisie et de la Suisse, lors d’une finale internationale prévue l’automne prochain à Rabat, au Maroc. Tant dans ce concours que dans l’ensemble du congrès, « à travers les communications des étudiants chercheurs, on touche à ce qui sera la science de demain », souligne M. Bouchard.

    Un peu plus de 1500 étudiants feront une présentation de leur travail lors des colloques de l’Acfas. « Soutenir la relève en recherche passe par des réinvestissements structurés. Comme il n’y en a pas eu dans les deux dernières années, il y a eu moins de subventions dans les équipes de recherche », souligne Frédéric Bouchard, président de l’Acfas.












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