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    Étude

    Les commotions nuiraient aux interactions sociales des enfants

    Les médecins ne procèdent à une scanographie que chez les enfants ayant perdu connaissance et dont l’état se dégrade rapidement.
    Photo: John Neff Getty Images Les médecins ne procèdent à une scanographie que chez les enfants ayant perdu connaissance et dont l’état se dégrade rapidement.

    Alors qu’elle était âgée de 19 mois, la petite Florence (nom fictif) est tombée du lit de ses parents pendant son sommeil. Lors de sa chute, sa tête a percuté le sol et l’a laissée complètement sonnée pendant quelques secondes. Puis, l’enfant s’est mise à hurler en se tenant la tête.


    Au cours des jours suivants, Florence est demeurée prostrée et muette, elle a perdu l’appétit et elle était agitée durant son sommeil. Alors qu’elle était toujours joyeuse, calme et facile avant le choc, elle est devenue irritable et d’humeur changeante, pleurant beaucoup à la moindre contrariété.

     

    Florence a aujourd’hui six ans et demi et elle se plaint régulièrement de maux de tête et de fatigue à l’école. « Depuis cette chute, nous avons du mal à gérer son comportement explosif avec nous, ses parents, et son grand frère », raconte la mère de Florence. « Toutes les interactions avec elle sont compliquées. » Le cas de Florence illustre parfaitement ce qu’une équipe de chercheurs du CHU Sainte-Justine vient de mettre en évidence, soit une dégradation des interactions sociales de l’enfant victime d’une commotion cérébrale avec ses parents.

     

    Même si Florence n’avait pas perdu connaissance et n’avait pas vomi à la suite de sa chute, elle avait néanmoins subi une commotion cérébrale, car elle en manifestait plusieurs autres symptômes, dont certains ont persisté jusqu’à l’âge de six ans, comme des interactions houleuses avec ses proches parents, des maux de tête fréquents et de la fatigue. « Depuis 2011, le diagnostic de la commotion cérébrale s’est élargi », souligne d’entrée de jeu le Dr Jocelyn Gravel, urgentologue au CHU Sainte-Justine. On diagnostique une commotion cérébrale chez un enfant quand celui-ci a présenté l’un ou l’autre des signes suivants : une perte de conscience, des vomissements, des maux de tête, une hypersensibilité à la lumière, des problèmes d’audition, un état de confusion, des étourdissements, une désorientation, mais aussi des troubles de mémoire, de langage ou de concentration, voire des symptômes d’ordre psychologique, comme une irritabilité excessive, des pleurs et des rires inappropriés, ou une hyper-agressivité.

    Les parents ne réalisent pas toujours que l’irritabilité et les pleurs, des comportements fréquents à deux ou trois ans, découlent probablement de cette blessure.
    Miriam Beauchamp
     

    À part la perte de connaissance et les vomissements répétés qui sont les symptômes les plus évidents et facilement observables par les parents, les autres signes sont plus difficiles à déceler chez les jeunes enfants qui souvent n’ont pas le vocabulaire pour décrire ces symptômes plus subtils. Et qui plus est, il est recommandé d’éviter les scanographies chez les enfants de moins de cinq ans, soulignent le Dr Gravel et Miriam Beauchamp, neuropsychologue au CHU Sainte-Justine. Les médecins ne procèdent à une scanographie que chez les enfants ayant perdu connaissance et dont l’état se dégrade rapidement dans le but de dépister un saignement au niveau du cerveau.

     

    Plus d’enfants que d’adolescents

     

    Les jeunes enfants de moins de cinq ans sont plus nombreux que les adolescents à être amenés à l’hôpital pour un traumatisme crânien, indiquent les deux chercheurs. « On reçoit à l’urgence environ cinq enfants par jour qui se sont frappé la tête en tombant de la table à langer, du comptoir de la cuisine ou d’un module de jeu ou en déboulant les escaliers. De plus, la boîte crânienne des jeunes enfants est plus fragile et plus vulnérable aux chocs, car elle est plus petite et donc plus susceptible de subir des fractures », indique le Dr Gravel.

     

    On a longtemps cru que ces jeunes enfants récupéraient rapidement et complètement en raison de la grande plasticité de leur cerveau. « Or, on constate plutôt le contraire. Le cerveau des enfants de deux à cinq ans est en pleine période de développement des habiletés sociales. Une commotion cérébrale peut alors empêcher ce développement de se dérouler normalement », explique Mme Beauchamp qui a mené une étude sur 47 enfants âgés de 18 mois à 60 mois qui avaient été victimes d’une commotion cérébrale, et qui ont été comparés à un groupe de 27 enfants du même âge ayant subi une blessure orthopédique (à un membre autre que la tête) et à un groupe de 56 enfants complètement sains.

     

    Moins bonnes interactions sociales

     

    Six mois après l’accident ayant engendré une commotion cérébrale, les chercheurs ont évalué les compétences sociales des trois groupes d’enfants qu’ils ont filmés tandis qu’ils interagissaient avec l’un de leurs parents. Chaque enfant devait partager une collation avec son parent et s’amuser avec lui lors d’une séance de jeu libre. Les chercheurs ont ensuite analysé la communication et la coopération que l’enfant engageait avec son parent, ainsi que l’atmosphère globale de l’interaction.

     

    Ils ont alors observé que les enfants ayant subi une commotion cérébrale avaient de moins bonnes interactions sociales avec leurs parents. Ils ont également remarqué que l’attitude du parent contribuait parfois à la détérioration de cette interaction.

     

    « On sait qu’une commotion cérébrale cause du stress et de l’anxiété chez les parents, et cela peut changer la manière dont ils agissent avec leur enfant et ainsi influer sur sa récupération. De plus, comme la commotion cérébrale est invisible, les parents ne réalisent pas toujours que l’irritabilité et les pleurs, qui sont des comportements fréquents à deux ou trois ans, découlent probablement de cette blessure. Un enfant souffrant d’une commotion cérébrale n’est pas comme celui qui a un bras dans le plâtre et dont la blessure est évidente et rappelle aux parents que son irritabilité est probablement due à cette blessure. L’enfant victime d’une commotion cérébrale ne présente pas nécessairement de signes extérieurs et n’a pas les mots pour rappeler aux gens qui l’entourent qu’il ne se sent pas bien, qu’il est très fatigué, ou qu’il a mal à la tête », explique Mme Beauchamp qui signe avec le Dr Gravel un article paru dans le Journal of Neuropsychology.

     

    Les deux chercheurs avouent qu’il n’existe pas encore de médicaments pour traiter la commotion cérébrale. La seule recommandation est le repos. « L’étude suggère aussi aux parents d’être tolérants et compréhensifs face à l’irritabilité de leur enfant qui aurait subi une commotion cérébrale. Les parents doivent se rappeler que leur enfant n’a pas nécessairement un mauvais caractère ou qu’il traverse la période du terrible two, mais qu’il présente les symptômes d’une commotion cérébrale, lesquels symptômes devraient probablement s’atténuer avec le temps », souligne le Dr Gravel.

     

    Quant à Mme Beauchamp, elle suggère aux parents de consulter un médecin, un psychologue ou un neuropsychologue si des changements comportementaux persistent chez leur enfant afin qu’on évalue son état et qu’on prescrive des changements dans son environnement scolaire si nécessaire. Elle affirme aussi que la majorité des enfants récupèrent bien d’une commotion cérébrale.













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