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    Cannabis

    Un colloque pour mettre en garde les décideurs

    «Les jeunes qui consomment du cannabis régulièrement sont plus susceptibles d’abandonner l’école», rappelle le chercheur Tomas Paus.
    Photo: Pablo Porciuncula Agence France-Presse «Les jeunes qui consomment du cannabis régulièrement sont plus susceptibles d’abandonner l’école», rappelle le chercheur Tomas Paus.

    Alors que le gouvernement fédéral envisage de légaliser le cannabis pour les adultes, des scientifiques désirant alerter les décideurs sur les effets négatifs du cannabis sur la santé des jeunes ont organisé un colloque lors duquel ils exposeront les données scientifiques montrant que le cerveau des adolescents est particulièrement vulnérable et sensible à l’action du cannabis. Ce colloque, qui a lieu aujourd’hui au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, est ouvert au grand public et sera diffusé en temps réel sur Internet.

     

    Dans une étude ayant porté sur 295 garçons vivant à Montréal et qui ont été suivis de l’âge de 5 ans jusqu’à environ 30 ans, Natalie Castellanos-Ryan, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, et ses collègues ont observé que ceux qui avaient commencé à consommer du cannabis avant l’âge de 17 ans présentaient une détérioration de leur quotient intellectuel (QI) verbal à 20 ans, des difficultés dans des tâches faisant appel à l’apprentissage par essai et erreur, un traitement inapproprié des récompenses, et échouaient à obtenir leur diplôme d’études secondaires. Chez les jeunes ayant commencé leur consommation après l’âge de 16 ans, soit à 17 ans ou plus, aucun de ces effets ne se manifestait.

     

    Les mêmes chercheurs ont également remarqué que les enfants qui présentaient un QI verbal plus élevé que la moyenne à l’âge de 13 ans, ou dont la mémoire de travail ou la mémoire à court terme étaient moindres que la moyenne, étaient enclins à expérimenter le cannabis et l’alcool plus tôt que les autres.

     

    La dépendance

     

    Mme Castellanos-Ryan et ses collègues ont également remarqué que plus la consommation de cannabis avait débuté précocement chez un jeune, plus le risque que ce dernier développe une dépendance aux drogues à l’âge adulte était élevé. « Chaque année d’abstinence est associée à 33 % de réduction des risques de souffrir de problèmes de drogues plus tard dans la vie, d’où l’importance d’intervenir auprès des jeunes dotés d’une personnalité à risque afin de retarder le début de leur consommation », a ajouté la chercheuse en entrevue avec Le Devoir.

     

    Pour leur part, le professeur de psychologie et de psychiatrie à l’Université de Toronto, Tomas Paus, et ses collègues ont découvert au moyen d’images cérébrales obtenues par résonance magnétique que chez les garçons dotés d’une prédisposition génétique pour la schizophrénie et qui commencent à consommer du cannabis avant l’âge de 16 ans, la maturation du cerveau s’effectue de manière légèrement différente que chez les filles et les garçons exempts de toute prédisposition génétique, comme en témoigne la plus faible épaisseur de leur cortex cérébral. Plus la fréquence de consommation de ces jeunes garçons était élevée, plus l’épaisseur de leur cortex était réduite, ce qui suggère que « le cannabis perturbe le développement du cerveau des adolescents à risque de développer la schizophrénie », souligne le chercheur.

     

    Ces garçons dits à risque étaient porteurs d’une centaine de variations génétiques associées à une légère augmentation du risque de schizophrénie. « Ces variations qui augmentent le risque de schizophrénie de seulement 4 % ne veulent pas dire que les jeunes qui en sont porteurs développeront la schizophrénie », prévient M. Paus, avant de préciser que ce risque génétique doit s’accompagner de deux événements déclencheurs pour que la maladie apparaisse.

     

    Dans un premier temps, le développement cérébral de l’individu doit être perturbé et dévié de sa trajectoire très tôt dans la vie, soit par une infection durant la vie foetale ou par une complication périnatale, par exemple. Le second déclencheur qui survient vraisemblablement durant l’adolescence peut être un stress important, comme l’immigration dans un nouveau pays, ou la consommation de cannabis.

     

    « Le cannabis, par une action pharmacologique, perturberait la plasticité du cerveau, laquelle permet aux expériences d’apprentissage de modeler le cerveau. De plus, les jeunes qui consomment du cannabis régulièrement sont plus susceptibles d’abandonner l’école et peu enclins à s’engager dans des activités parascolaires, notamment sportives. Privé de ces deux types d’expérience positive, le cerveau ne se façonnerait peut-être pas aussi bien », avance le chercheur.

     

    M. Paus explique que, durant l’adolescence, le cerveau des garçons est plus vulnérable que celui des filles à cette combinaison de facteurs, car « il est beaucoup plus dynamique et en restructuration sous l’influence du flux de testostérone ».

     

    Plusieurs autres études scientifiques ont également montré que le cannabis consommé tôt durant l’adolescence augmente le risque de développer des psychoses dans les années suivant la consommation, ajoute le chercheur.













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