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    Éducation

    Un autre programme spécial chancelle

    Un important projet qui tente d’intéresser les jeunes en région aux sciences se voit amputé de son financement

    Plusieurs initiatives touchant les jeunes et la science ont perdu du financement au cours des dernières années. Le programme Je suis capable propose des activités très suivies tout au long de l’année scolaire. Ci-dessus, des jeunes participent à un de ses ateliers.
    Photo: CSTEQ Plusieurs initiatives touchant les jeunes et la science ont perdu du financement au cours des dernières années. Le programme Je suis capable propose des activités très suivies tout au long de l’année scolaire. Ci-dessus, des jeunes participent à un de ses ateliers.

    Le programme Je suis capable,qui sensibilise aux sciences les élèves des villages défavorisés du Bas-Saint-Laurent qui sont frappés par un fort taux de décrochage scolaire, devra annuler ses activités prévues en mars après que Québec et Ottawa aient refusé de lui renouveler leur soutien. Après les compressions subies par Les filles et les sciences et Les Scientifines, il s’agit d’un nouvel exemple des difficultés qu’éprouvent la plupart des organismes qui tentent d’intéresser les jeunes aux sciences à financer leurs activités.

     

    Pourtant, le programme Je suis capable —constitué de visites et d’ateliers qui s’échelonnent sur toute l’année scolaire — avait gagné en popularité cette année, avec un nombre record de 240 jeunes de 4e, 5e et 6e années du primaire, contre 147 l’année précédente. Et d’autres villages de la Gaspésie espéraient avoir accès au programme l’an prochain. De plus, l’évaluation du programme avait révélé qu’il avait été très profitable autant pour les élèves que pour les enseignants. Mais, cette année, les dernières activités ne pourront avoir lieu.

     

    En effet, les coffres sont à sec. Au fédéral, le Conseil de recherche en sciences naturelles et génie (CRSNG) qui avait accordé 25 000 $ en 2013-2014 et 34 400 $ en 2014-2015, vient de refouler la demande formulée en 2015 par le Carrefour des sciences et des technologies de l’Est-du-Québec, l’organisme à l’origine du programme. Dans un courriel, Martin Leroux, de la direction des communications, indique que « la confidentialité des demandes de subventions PromoScience et du processus d’évaluation par les pairs », l’empêche de nous fournir les motifs ayant conduit à ce refus.

     

    De son côté, après avoir versé au programme 70 000 $ en 2011-2012 et 32 000 en 2012-2013, l’ancien ministère québécois de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations (MEIE) n’a pas renouvelé son aide les deux dernières années. L’attaché de presse du ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation a précisé au Devoir que le projet Je suis capable « n’a pas été retenu par le comité de sélection », qui a accordé un financement à seulement 18 des 49 projets ayant été soumis au programme Novascience.

     

    Au cours des cinq années de son existence, le budget annuel du programme Je suis capable atteignait environ 95 000 $. Mais, en raison des compressions généralisées, la part fournie par l’Université du Québec à Rimouski et le cégep de la ville a aussi fondu.

     

    Le programme Je suis capable est remarquable tant par sa facture que par le fait qu’il vise des villages où 75 % des jeunes décrochent avant la fin du secondaire. Le programme rejoint neuf écoles qui rassemblent des élèves de 13 villages de la MRC de La Mitis, dont le chef-lieu est Mont-Joli.

     

    Les enseignants du primaire, qui sont très peu formés en science, ont affirmé avoir parfait leurs connaissances et leurs habiletés en science. Ils ont également relaté les progrès effectués par leurs élèves. « À la fin du programme, les élèves ne considèrent plus la science que comme une matière dans un livre ou exercée par des gens en sarrau, mais comme étant omniprésente dans leur vie. Un jeune m’a même confié que c’est à cause de ce programme qu’il fera des études en géologie », affirme avec émotion au Devoir Roselyne Escarras, directrice de Carrefour des sciences et des technologies de l’Est-du-Québec. « L’objectif de départ est qu’ils aillent en science. Mais même si nous n’atteignons pas cet objectif, au moins on en fait des citoyens responsables, qui se posent des questions et qui n’acceptent pas tout ce qu’on leur bombarde dans les oreilles. »

     

    Le programme, qui s’échelonne d’octobre à mai, comprend dans un premier temps des exercices et des jeux qui sont envoyés aux enseignants pour préparer les élèves aux huit ateliers pratiques qui leur seront offerts dans des laboratoires de Rimouski. « Les élèves peuvent apprendre à démonter un compresseur et ainsi expérimenter ce qu’est la pression. Ils vont à l’Institut maritime du Québec au cégep de Rimouski pour visiter le centre de plongée et voir des personnes souder sous l’eau. Dans un autre atelier, on aide les jeunes à construire une petite éolienne. On essaie de leur faire découvrir divers secteurs de la science et on leur fait rencontrer des scientifiques de diverses disciplines », illustre Mme Escarras.

     

    Le programme comprend aussi du mentorat effectué par des étudiants universitaires dont les parents n’ont jamais terminé leur secondaire, et qui expliquent aux jeunes comment ils ont découvert leur vocation, et leur cheminement souvent atypique et parsemé d’échecs, afin de les encourager à persévérer.

     

    À la fin des ateliers, les enseignants repartent avec des exercices et même des examens portant sur le contenu de l’atelier, et les élèves avec une activité à faire à la maison et un questionnaire portant sur ce qu’ils ont appris durant l’atelier. « On espère ainsi créer une interaction avec les parents afin de les intéresser à ce que leurs enfants ont appris et atténuer cet écart dans les connaissances entre les enfants et les parents », explique Mme Escarras.

     

    Le programme se termine par une sortie scientifique (la visite du sous-marin Onondaga de Pointe-au-Père ou le Centre de démonstration en sciences physiques du cégep Garneau de Québec, par exemple) et par une remise de prix pour les activités réalisées à la maison. « Mais cette année, il ne reste presque plus rien pour ces récompenses ! » déplore Mme Escarras qui travaille bénévolement depuis six mois.

     

    « Les ateliers sont conçus et animés par des étudiants en sciences ou par des professionnels. Seuls les étudiants sont rémunérés pour ce travail. Les professionnels, qui sont souvent des professeurs, travaillent pour nous bénévolement, a souligné Mme Escarras. Les écoles aiment tellement le programme que pour pouvoir réaliser les activités qui sont compromises, les écoles de six villages ont raclé leurs fonds de tiroir et ont trouvé 2500 $. Mais c’est 22 500 $ qu’il nous manque pour boucler l’année. »

     

    L’Université du Québec à Rimouski (UQAR) et le cégep de Rimouski accordaient jadis 20 000 $, ainsi qu’une valeur de 30 000 $ en services, matériel, prêt de laboratoire et ressources humaines. « Mais depuis que ces établissements d’enseignement ont elles-mêmes subi des coupes en 2014, elles ne peuvent plus donner que les 30 000 $ en services et matériel », a précisé Mme Escarras avant d’ajouter que les deux dernières années, Telus a consenti 15 000 $ et 18 000 $, alors que des ordres religieux de même que les Syndicats des chargés de cours et des professeurs ont aussi offert de modestes sommes.













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