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    ACFAS

    Pour une véritable société du savoir

    20 février 2016 | Marie-Hélène Alarie - Collaboratrice | Science et technologie
    « Le Québec manque de chercheurs en général. » C’est un constat grave que fait Frédéric Bouchard. En fait, il précise qu’on serait plutôt devant un manque d’utilisation des chercheurs. Si le Québec se positionne très bien en résultats de recherche universitaire, le portrait se gâte un peu lorsque les diplômés arrivent sur le marché du travail dans des secteurs non universitaires.
    Photo: IStock « Le Québec manque de chercheurs en général. » C’est un constat grave que fait Frédéric Bouchard. En fait, il précise qu’on serait plutôt devant un manque d’utilisation des chercheurs. Si le Québec se positionne très bien en résultats de recherche universitaire, le portrait se gâte un peu lorsque les diplômés arrivent sur le marché du travail dans des secteurs non universitaires.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    On veut faire du Québec une société du savoir. Afin que l’expression ne soit pas que galvaudée et qu’elle reflète une réalité, il faudra plus que de bonnes intentions et surtout des réinvestissements massifs.


    Le 10 décembre dernier, Frédéric Bouchard, professeur de philosophie et vice-recteur associé à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation de l’Université de Montréal, a été élu président de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) pour un mandat de deux ans.

     

    Quand il porte son chapeau de professeur de philo, c’est comme titulaire de la chaire Ésope qu’on retrouve Frédéric Bouchard. Grâce à un don anonyme de 1,5 M$, l’Université de Montréal a pu mettre sur pied cette chaire de philosophie qui permettra au professeur de poursuivre ses travaux de recherche en philosophie des sciences et en philosophie de la biologie. « On a tendance à oublier que la recherche en sciences humaines, ça coûte quelque chose ! » Dès le printemps, des activités seront organisées par la chaire.

     

    En tant que vice-recteur, Frédéric Bouchard coordonne les grands projets subventionnés qui nécessitent l’implication des administrateurs universitaires afin d’aider les chercheurs à identifier les bons concours ou à établir des partenariats avec d’autres chercheurs. « Notre responsabilité, c’est de favoriser l’essor des chercheurs, c’est une tâche d’accompagnement. »

     

    Aujourd’hui, c’est son chapeau de président de l’Acfas que met M. Bouchard quand il affirme dans son discours inaugural : « Je suis convaincu que l’essor et le partage du savoir deviennent une sorte de responsabilité morale individuelle et collective et ne sont pas un luxe, mais la condition même de notre développement. » Le professeur Bouchard poursuit en déclarant que deux aspects de son mandat l’interpellent particulièrement, soit le rapprochement sciences -société et la formation de la relève en recherche.

     

    Le rapprochement sciences et société

     

    « Le Québec et le Canada sont des sociétés du savoir. Ce n’est pas seulement une expression et c’est très lourd de sens. Ça signifie que notre développement social et économique, culturel et humain doit être informé par les meilleures connaissances et doit utiliser les fruits de cette connaissance. »

     

    Frédéric Bouchard est convaincu que, dans une société du savoir, il faut un gouvernement avec une vision très claire, capable de susciter les mariages entre les milieux de la recherche et les milieux de l’innovation sous toutes leurs formes. Quant au changement de garde à Ottawa, il le considère bien sûr comme encourageant, parce que les scientifiques de l’État seront de nouveau en mesure d’offrir leur avis au gouvernement. Toutefois, Frédéric Bouchard ajoute que « ça nécessite des gestes concrets, plus larges et plus structurants, à la fois à Québec et à Ottawa. C’est ainsi qu’on pourra vraiment profiter de la société du savoir ».

     

    Le président juge que les signaux en provenance des deux paliers de gouvernement permettent un certain optimisme. À Québec, lors du dernier remaniement ministériel, l’Acfas s’est réjouie que les portefeuilles de la recherche et de l’innovation soient rapatriés dans un même ministère. À Ottawa, on assiste à quelque chose de similaire. « Ce sont des conditions nécessaires, mais il faut des gestes concrets qui sont des stratégies et des politiques », lance M. Bouchard.

     

    Mais de quoi devrait-on parler quand il est question de société du savoir ? On peut prendre l’exemple du vieillissement de la population et du fait que le Québec se dirige vers une transformation démographique importante. Il faudra adapter nos villes et nos villages pour qu’ils soient accessibles aux citoyens à mobilité réduite : « C’est un enjeu colossal de société qui implique des milliards et auquel on ne pourra s’attaquer que par la recherche en sciences humaines, en sciences naturelles et en sciences biomédicales. » De plus, le vieillissement va main dans la main avec le développement durable ; il y a les changements climatiques, auxquels on s’attarde beaucoup, mais il y a aussi l’adaptation à ces changements. « Ça demande que tous les secteurs analysent tous ces défis complexes. »

     

    On voit ici l’importance de politiques claires. Les gouvernements devront signaler que la recherche et l’innovation se passent dans des milieux différents. Il y a l’innovation technologique, mais aussi sociale. « Il faut encourager tous les milieux qui font de la recherche à se rencontrer et surtout faire en sorte que ces communautés échangent des gens et des pratiques. Quand on la conçoit comme ça, la recherche n’est plus une dépense, mais bien la base même de toutes les actions de l’État. »

     

    Le président de l’Acfas demeure optimiste, mais souligne que la vigilance est de mise : « Les signaux qu’on reçoit, c’est que la reconnaissance de l’enjeu est acquise, mais on ne sent pas la même unanimité par rapport à l’urgence d’agir. »

     

    La relève en recherche

     

    « Le Québec manque de chercheurs en général. » C’est un constat grave que fait Frédéric Bouchard. En fait, il précise qu’on serait plutôt devant un manque d’utilisation des chercheurs. Si le Québec se positionne très bien en résultats de recherche universitaire, le portrait se gâte un peu lorsque les diplômés arrivent sur le marché du travail dans des secteurs non universitaires. Les postes qu’on leur offre n’utilisent pas nécessairement leur savoir afin de développer l’institution ou l’organisme dans lesquels ils oeuvrent. « La plupart des organisations investissent moins qu’elles le devraient dans la recherche et l’innovation. Elles engagent des gens brillants, mais ne les affectent pas à des tâches de recherche et d’innovation parce que les signaux que reçoivent ces entreprises de la part du gouvernement ne mentionnent pas que c’est une priorité dans les programmes. »

     

    Avec moins de personnes sur le marché du travail, toujours à cause du vieillissement de la population, on doit devenir plus compétitifs et pas seulement dans le secteur économique, mais aussi dans le secteur public. « Une véritable société du savoir comprendrait que, dans toutes les organisations, on doit avoir des gens qui saisissent la vertu essentielle d’utiliser la recherche et l’innovation dans toutes les pratiques. »

     

    C’est dans ce sens que l’Acfas tente d’offrir aux étudiants des outils qui dépassent les outils traditionnels du chercheur. L’Acfas souhaite que la relève ait la pertinence que les chercheurs eux-mêmes souhaitent avoir : « Les chercheurs veulent changer le monde ! » Aujourd’hui, pour que ce soit possible, il faudra que Québec et Ottawa affirment être des sociétés du savoir et fassent appel à des gens qui comprennent comment faire de la recherche et de l’innovation dans tous les secteurs de la société et sous toutes leurs formes.

     

    Au fond, c’est assez simple. Le mot de la fin appartient à Frédéric Bouchard : « Le savoir nous permet de bâtir notre avenir plutôt que de le subir. » À nous comme société de faire les bons choix.













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