Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    #chroniquefd

    Le gros «enverdement»

    Quand vient le temps de s’attaquer aux grands enjeux de l’environnement, les dernières années de politisation du vert nous ont enseigné cette chose fondamentale : il est généralement plus facile de dire que de faire.

     

    Or, à l’approche de la Conférence de Paris sur le climat, la fameuse COP21, qui va ouvrir ses portes le 28 novembre prochain et à laquelle Justin Trudeau doit participer, un petit changement est peut-être en train de se profiler. Pas forcément pour le mieux, le « dire » étant sans doute en train de se transformer en « faire croire ».

     

    Une balade dans les rues de Paris, à la faveur d’une escale dans la Ville Lumière il y a quelques jours, a suffi d’ailleurs à s’en convaincre. Agir, Climat, Planète… Les mots clés de la conférence se déclinent un peu partout sur les murs de la capitale française, comme dans la cour intérieure du ministère du Développement durable, où une bulle d’air géante a été gonflée pour parler climat et y présenter les grandes lignes du plan du gouvernement en matière d’environnement.

     

    Un des projets frappe facilement les esprits : il est question de bouter l’obsolescence programmée — ce coup tordu des ingénieurs et financiers de la consommation de masse visant à réduire artificiellement la durée de vie d’un produit au nom de la croissance et, de facto, d’accroître les quantités de déchets — hors du territoire français. Comment ? En rendant la chose passible d’une peine de deux ans d’emprisonnement, explique une affiche posée sur un des murs du ministère, boulevard Saint-Germain, dans le quartier « gauche caviar » du même nom, mais également d’une amende de 300 000 euros. Ça fait 430 000 $, ça !

     

    Faire de l’obsolescence programmée un délit grave : l’idée est certainement une musique douce à l’oreille du consommateur électeur qui, depuis quelques années, se sent impuissant face à sa machine à laver, son téléviseur ou son frigo qui lâche après cinq ou six petites années de vie utile, parfois moins, qui doit acquérir de nouveaux accessoires électroniques pour s’adapter à un nouveau format de prise, de connecteur, un nouveau système d’exploitation. Pour ne citer que ces quelques grands emmerdements d’une petite époque qui a érigé le jetable en religion et qui ne manque certainement pas d’ouailles dociles pour nourrir son dogme.

     

    Mais si les intentions sont bonnes, cette perspective ne peut être rien d’autre qu’un énième leurre vert, un appeau pour verts à moitié vide ou à moitié plein, du grand « greenwashing », comme on dit sur la terrasse du Café de Flore, dont la mise en application ne peut être qu’illusoire.

     

    La ronde des coupables

     

    Imaginez un peu : la criminalisation de l’obsolescence programmée risque d’engorger les prisons en mettant sur la sellette plusieurs grands industriels, à commencer par ceux responsables de notre éclairage, qui sont sans doute les pères fondateurs de l’obsolescence programmée.

     

    Oui, il est possible d’en fabriquer qui ne brûlent jamais. Les pionniers de l’ampoule ont d’ailleurs très bien compris les conséquences néfastes d’une telle résistance sur la bonne marche de leurs affaires en s’entendant il y a bien longtemps pour ne mettre en marché que des bulbes à incandescence dont la vie, après 1000 heures d’utilisation, devient plutôt incertaine. Un commerce qui ne voit pas sa clientèle revenir est un commerce qui ne peut que disparaître.

     

    L’obsolescence programmée est sournoise, comme le prouve régulièrement le monde du numérique, qui la manie subtilement par l’entremise de mises à jour qui, en un téléchargement, peuvent rendre inopérant ou altérer les fonctionnalités d’un téléphone dit intelligent, d’un ordinateur et condamner un environnement informatique qui pourtant, jusque-là, fonctionnait très bien. Elle trouve également son carburant dans le matériau de qualité médiocre à dessein, dans le métal volontairement affaibli, dans l’abus de petites pièces en plastique et même de circuits imprimés impossibles à réparer qui forcent le remplacement d’un produit sans trop que l’on puisse trouver un responsable.

     

    En France, si le projet de criminalisation suit son cours, Tim Cook, grand patron de l’empire de la pomme, Bill Gates, le père fondateur de Microsoft, et Lee Kun-hee, patron de Samsung, pourraient être du coup traînés devant les tribunaux et jetés derrière les barreaux pour avoir depuis des lunes mis leur profit, leur fonds de commerce au diapason de cette obsolescence programmée.

     

    Même chose pour les grands dirigeants et ingénieurs de Sony, de Frigidaire, de Krups, Moulinex, General Electric, Panasonic, alouette. Et forcément, même si la chose, pour certains verts dogmatiques eux aussi, peut être très agréable à imaginer, il faut surtout une bonne dose de naïveté pour croire que cela pourrait vraiment arriver.













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.