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    Santé

    VPH: vacciner ou non?

    Depuis septembre 2008, les fillettes de 4e année des écoles primaires du Québec sont vaccinées contre les virus du papillome humain (VPH).
    Photo: USACEED / CC Depuis septembre 2008, les fillettes de 4e année des écoles primaires du Québec sont vaccinées contre les virus du papillome humain (VPH).
    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
    Alors que la campagne de vaccination contre les virus du papillome humain (VPH), qui sont à l’origine de plusieurs infections génitales et cancers, bat son plein dans les écoles du Québec, un débat fait rage dans nos pages au sujet de la pertinence de cette vaccination à grande échelle et surtout de son innocuité. Le British Medical Journal faisait récemment état de ce débat. À nous maintenant de faire le point sur cette importante question de santé publique.
     

    Depuis septembre 2008, les fillettes de 4e année des écoles primaires du Québec sont vaccinées contre les virus du papillome humain (VPH). Ce programme de vaccination national a été mis sur pied à la suite d’une recommandation du comité d’immunisation du Québec, qui considérait le vaccin Gardasil comme un excellent moyen de prévenir les fréquentes infections génitales induites par les VPH, lesquelles peuvent engendrer des verrues génitales (aussi appelées condylomes), des lésions précancéreuses, et des cancers du col de l’utérus, du vagin, de la vulve, de l’anus, du pénis, de la bouche, de la langue et des amygdales.

     

    Dans nos pages, Geneviève Rail et Luisa Molino, chercheuses à l’Institut Simone de Beauvoir et d’études sur les femmes de l’Université Concordia, et Abby Lippman, professeure émérite à l’Université McGill, réclamaient le 5 octobre dernier un moratoire sur cette vaccination contre les VPH, faisant valoir que l’innocuité et l’efficacité du vaccin étaient loin d’être prouvées, que plusieurs jeunes filles, parents, infirmières et médecins leur avaient confié avoir expérimenté « des effets indésirables graves » à la suite de la vaccination, et que cette lutte contre les VPH est « une fausse priorité de santé publique », voire que la crédibilité d’une partie des médecins et chercheurs faisant la promotion de cette vaccination était minée par le fait qu’ils sont financés par la compagnie pharmaceutique Merck qui fabrique le Gardasil.

     

    « Le programme de vaccination du Québec contre les VPH a été un investissement qui rapporte [des bénéfices] plus tôt qu’on ne l’avait prévu », affirme le Dr Marc Steben, président du Réseau canadien de prévention du VPH. « Nous avons déjà observé des chutes significatives des infections, des lésions précancéreuses de haut grade du col de l’utérusqui aboutiront à un cancer si elles ne sont pas traitées,et des condylomes. Ces derniers ont diminué de 50 % chez les jeunes filles de moins de 21 ans, et de 20 % chez les garçons du même âge qui n’ont pourtant pas été vaccinés. La même efficacité a été démontrée dans huit autres pays, dont l’Australie, les États-Unis et le Danemark. »

     

    Sécurité

     

    Le vaccin a été approuvé dans 127 pays, et il fait l’objet d’un programme d’immunisation national dans 46 pays. Plusieurs de ces pays, dont Israël, s’apprêtent même à étendre le programme aux garçons. Seul le Japon, connu pour sa culture antivaccin, a interrompu son programme d’immunisation devant à un trop grand scepticisme du public envers le vaccin anti-VPH, et en raison de plaintes formulées par des jeunes filles affirmant avoir développé le syndrome de tachycardie orthostatique posturale (STOP) ou le syndrome douloureux régional complexe (SDRC) après avoir été vaccinées.

     

    Jeudi, le comité d’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance de l’Agence européenne des médicaments (EMA) rendait public le résultat de son évaluation des vaccins contre les VPH (Gardasil et Cervarix), évaluation qui avait été mise en oeuvre à la demande du Danemark, où de nombreuses jeunes filles ayant reçu le vaccin s’étaient plaintes d’effets secondaires graves, principalement du SDRC et du STOP. L’EMA a confirmé vendredi que les deux vaccins n’accroissent pas le risque de souffrir de ces deux syndromes et qu’il n’y avait pas lieu de modifier l’utilisation qui est faite du vaccin. De plus, le British Medica Journal relatait la semaine dernière que le département de pharmacovigilance danois avait produit un rapport précisant que cette recrudescence de plaintes était survenue dans les semaines qui ont suivi les manchettes des journaux annonçant la décision du Japon de ne plus recommander la vaccination à sa population, et que par la suite les déclarations d’effets indésirables avaient grandement diminué.

     

    En septembre dernier, les résultats d’une étude réalisée en France conjointement par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et l’Assurance-maladie sur 2,2 millions de jeunes filles âgées de 13 à 16 ans ont montré que le Gardasil et le Cervarix n’entraînent pas d’augmentation du risque global de maladies auto-immunes, telles que des affections neurologiques, rhumatologiques, hématologiques, endocriniennes et gastro-intestinales. Seule une légère augmentation du risque de syndrome de Guillain-Barré a été observée, soit un à deux cas supplémentaires pour 100 000 jeunes filles vaccinées. Or, ce risque était déjà mentionné dans l’autorisation de mise sur le marché du Gardasil. Les deux institutions estiment néanmoins que « les résultats de leur étude ne remettent pas en cause la balance bénéfice-risque pour les deux vaccins ».

     

    Après plus de 175 millions de doses de vaccin administrées en octobre 2013, et plus de 82 millions de jeunes filles et femmes ayant reçu l’un ou l’autre des vaccins en octobre 2015, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les US Centers for Disease Control (CDC) et la Fédération internationale de gynécologie et obstétrique (FIGO) ont confirmé que les vaccins anti-VPH sont sécuritaires.

     

    Au Québec, le Programme d’indemnisation des victimes d’une vaccination du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) n’a reçu aucune demande d’indemnisation concernant ce vaccin. « Aucun dossier n’a été ouvert au sujet de ce vaccin et aucun dossier n’est en attente », a affirmé Noémie Vanheuverzwijn, porte-parole du MSSS.

     

    Aux yeux du Dr Marc Steben et de ses collègues qui ont signé une lettre de réplique dans nos pages le 8 octobre, les cas relatés par Rail, Molino et Lippman sont anecdotiques et n’ont pas fait l’objet d’une étude scientifique en bonne et due forme. « Comment ces dames qui ne sont pas spécialistes de l’immunisation peuvent-elles exiger un moratoire ? Où sont leurs résultats ? Pourquoi n’ont-elles pas été publiées dans des journaux exigeant une révision par les pairs ? Une fois qu’elles auront publié leurs résultats, nous pourrons en discuter. Mais là, elles n’ont pas le droit de véhiculer des anecdotes laissant croire que le vaccin est dangereux, sans mettre leurs preuves sur la table », s’insurge le Dr Steben.

    Eduardo Franco, directeur du département d’oncologie et de l’Unité d’épidémiologie du cancer de l’Université McGill fait remarquer pour sa part dans le BMJ que si une personne souffre d’un mal indésirable et que par hasard, elle a aussi été vaccinée, on ne peut affirmer scientifiquement que le vaccin est la cause de cet effet. 

     

    Priorité de santé publique

     

    « Tout le monde confirme que l’investissement du gouvernement du Québec dans ce programme, malgré le manque d’argent, était sensé » compte tenu du fait que « les infections par les VPH mènent chaque année au Canada à 85 000 consultations médicales pour verrues génitales, à 1450 nouveaux cas diagnostiqués de cancer du col utérin (450 au Québec), dont 380 aboutiront à la mort, et à 106 000 patientes atteintes de lésions cervicales qui nécessitent des traitements coûteux et souvent douloureux, pouvant entraîner l’infertilité », écrivaient la quarantaine de spécialistes dans nos pages.

     

    Quand les chercheuses de Concordia affirment que le test Pap permet actuellement une bonne prévention du cancer du col de l’utérus, les experts répliquent que « le test Pap est une technologie qui a 70 ans, avec un taux d’erreur de 33 à 50 % et que préférer les tests Pap à la vaccination équivaut à dire : “Ne portez pas votre ceinture de sécurité parce que nous avons les ambulances et des hôpitaux”. » De plus, depuis 15 ans, dans les pays développés, une femme sur sept n’ira jamais faire un test Pap. Pour cette raison, on ne peut pas diminuer davantage l’incidence et la mortalité par cancer des voies génitales, ajoute le Dr Steben avant de souligner que « les chirurgies visant à exciser les précancers du col, du vagin et de la vulve sont aussi dévastatrices que pour un cancer ».

     

    Consentement éclairé

     

    Les chercheuses de Concordia et une lectrice nous ont souligné que le dépliant gouvernemental distribué aux parents québécois ne permet pas un consentement éclairé parce qu’il n’indique pas le nom du fabricant du vaccin, le Gardasil en l’occurrence, et tait « les effets indésirables spécifiques du vaccin ». Les experts répondent que les parents qui se posent des questions à ce sujet peuvent toujours s’adresser à leur médecin, mais que la seule conséquence grave susceptible de survenir est une réaction allergique grave, qui est rarissime comme cela est indiqué dans le dépliant. Néanmoins, le MSSS serait sûrement ouvert à des améliorations de l’information fournie dans ce dépliant, avance le Dr Steben.

     

    Conflits d’intérêts

     

    Marc Steben, qui est médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et membre du comité des lignes directrices canadiennes pour les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), ne se cache pas d’avoir reçu du financement de compagnies pharmaceutiques pour réaliser certaines de ses études, mais il affirme que les résultats de ces études « ont été analysés scrupuleusement par des experts internationaux qui ont été informés de [ses] conflits d’intérêts, mais qui les ont trouvés néanmoins tout à fait fiables » et adéquats pour être publiés. « Si mes résultats, la méthode pour les obtenir, leur analyse et les recommandations que j’en ai tirées étaient entachés par mes conflits d’intérêts, mes études n’auraient pas été publiées », fait remarquer le chercheur, qui déplore qu’« à peine 7 % des demandes de subvention soumises aux Instituts de recherche en santé du Canada [IRSC] soient financées ». « J’aimerais bien que le gouvernement soutienne de façon plus convenable ses chercheurs expérimentés. Si le financement public était plus important, nous n’aurions pas besoin d’aller en chercher ailleurs », déclare l’expert, qui a publié avec ses collègues dans les plus grandes revues scientifiques, telles que The New England Journal of Medicine, The Lancet, The Journal of Infectious Diseases et Vaccine.

     

    Somme toute, il apparaît clair que le vaccin anti-VPH procure énormément plus de bénéfices qu’il comporte de risques.













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