Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Étude

    La crème solaire mortelle… pour les coraux

    L’oxybenzone, présent dans plus de 3500 produits, fait blanchir et mourir les coraux.
    Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse L’oxybenzone, présent dans plus de 3500 produits, fait blanchir et mourir les coraux.

    Entre 6000 et 14 000 tonnes de crème solaire sont introduites chaque année dans l’eau de mer bordant les grandes stations balnéaires. Une étude scientifique publiée cette semaine confirme que la plupart des écrans solaires contiennent un ingrédient extrêmement toxique pour les récifs coralliens, qui déjà peinent à survivre dans plusieurs régions du globe.

     

    En 2008, des scientifiques avaient déjà accusé les crèmes solaires de contribuer au blanchiment, voire à la mortalité des coraux. Cette fois, une équipe d’océanographes de Virginie, de Floride, d’Hawaï et d’Israël incrimine plus précisément l’oxybenzone, aussi connu sous le nom de BP-3 ou benzophénone-3, un composé chimique qui filtre les ultraviolets et qui est présent dans plus de 3500 écrans solaires et autres cosmétiques, comme les rouges à lèvres, les mascaras et les shampoings, sur le marché à travers le monde.

     

    Ces chercheurs états-uniens et israéliens ont d’abord prélevé des larves coralliennes dans les récifs d’Hawaï, des îles Vierges américaines et du golfe d’Aqaba de la mer Rouge en Israël. En laboratoire, ils ont ensuite exposé ces larves, ainsi que des cellules isolées, à diverses concentrations d’oxybenzone, et ils ont observé comment ce composé chimique affectait ces petits animaux marins et les cellules qui les composent.

     

    Ces océanographes ont alors remarqué que l’oxybenzone entraînait de graves difformités chez les jeunes coraux. Ils ont également constaté que ce polluant endommageait l’ADN des coraux (immatures et adultes), et que ces dommages, qui se multipliaient à mesure que la concentration en oxybenzone augmentait, pouvaient compromettre leur reproduction. « Mais l’effet le plus alarmant est le fait que l’oxybenzone agit comme un perturbateur endocrinien qui induit chez les coraux immatures le développement d’un squelette, qui recouvre l’animal et l’enferme comme dans un cercueil. L’animal ne peut plus bouger et s’alimenter. Il meurt et coule au fond de l’océan », explique Craig Downs, qui a dirigé l’étude publiée cette semaine dans Archives of Environmental Contamination and Toxicology.

     

    Les scientifiques ont aussi constaté que l’oxybenzone provoquait le blanchiment des coraux à une température plus basse que celle à laquelle survient normalement ce phénomène, dont sont victimes l’ensemble des coraux de la planète en raison de la température de plus en plus élevée de l’eau à la surface des océans.

     

    Plus vulnérables au réchauffement

     

    Les coraux perdent leur coloration quand ils sont désertés par les algues (des zooxanthelles) qu’ils abritaient dans le cadre d’une association symbiotique où les zooxanthelles fournissent aux coraux d’abondants nutriments en échange du refuge que leur accordent les polypes coralliens. « Affaiblis, les coraux blanchis meurent souvent d’infection, mais ils peuvent récupérer si l’atteinte n’est pas trop grave », explique M. Down, tout en soulignant que la présence d’oxybenzone dans la mer « a abaissé la température à laquelle les coraux blanchissent ». « Ce composé réduit donc la capacité des coraux à s’adapter aux changements climatiques », déplore-t-il.

     

    L’océanographe précise que certains des effets délétères observés se sont manifestés à des concentrations aussi basses que 0,062 microgramme/litre, soit l’équivalent d’une goutte d’eau dans six piscines olympiques et demi. Or, les chercheurs ont mesuré des concentrations d’oxybenzone variant entre 0,8 et 19,2 microgrammes par litre dans les eaux dans lesquelles baignent les récifs d’Hawaï, et des niveaux allant de 75 microgrammes par litre à 1,4 mg/l dans celles des îles Vierges américaines. Il s’agit là de concentrations plus de 13 fois plus élevées que celles causant les premiers impacts négatifs sur les coraux !

     

    Ces données sont particulièrement préoccupantes compte tenu du fait que « la mer des Caraïbes a déjà perdu plus de 80 % de ses récifs de corail en raison de divers facteurs, tels que la pollution et le réchauffement de l’eau qui entraîne le blanchiment des coraux. Et dans les régions où pullulent les complexes hôteliers, l’oxybenzone joue un rôle significatif dans la disparition des coraux », indique M. Downs qui est directeur général de l’organisme scientifique sans but lucratif Haereticus Environmental Laboratory, en Virgine.

     

    Eaux usées aussi en cause

     

    Ce sont principalement les baigneurs qui introduisent l’oxybenzone dans la mer. « Mais le rejet des eaux provenant des usines de filtration y contribue aussi, car les systèmes de traitement des eaux usées ne parviennent pas à l’extraire », précise le chercheur, avant de souligner que « les jeunes coraux encore immatures sont des milliers de fois plus sensibles aux effets toxiques des polluants, dont l’oxybenzone, que les individus adultes ».

     

    L’oxybenzone est vraiment un composé à bannir, d’autant qu’il pourrait être nocif pour la santé humaine, selon certaines études scientifiques. L’Union européenne l’a même ajouté à sa liste des « substances extrêmement préoccupantes devant être remplacées au plus tôt par un composé plus sécuritaire », fait remarquer M. Downs.

     

    À supprimer

     

    Les océanographes qui ont réalisé cette étude espèrent que celle-ci sensibilisera le public aux effets nocifs des écrans solaires contenant de l’oxybenzone sur les coraux, afin qu’ils optent pour d’autres produits qui en sont exempts, ou qu’ils choisissent de porter des vêtements de bain pour se protéger des rayons ultraviolets du soleil.

     

    « Les services des parcs nationaux [états-uniens] ont lancé des campagnes publiques incitant les baigneurs à ne pas utiliser des écrans solaires contenant de l’oxybenzone, se réjouit Craig Downs. Si les consommateurs décident de ne plus acheter des lotions contenant de l’oxybenzone, les compagnies envisageront probablement de ne plus l’inclure dans leurs produits. L’idéal serait bien sûr que le gouvernement interdise son utilisation par les fabricants de cosmétiques et de crèmes solaires, ou que les compagnies elles-mêmes prennent l’initiative de le remplacer par un meilleur composé. »













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.