Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Prix Thérèse-Gouin-Décarie — Sciences sociales

    L’art d’apprendre à apprendre

    24 octobre 2015 | Marie Lambert-Chan - Collaboratrice | Science et technologie
    Susanne Lajoie, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université McGill
    Photo: Philippe Latour Susanne Lajoie, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université McGill
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Pourquoi un individu apprend-il différemment d’un autre ? Pourquoi apprend-on plus vite certains concepts que d’autres ? Pourquoi retient-on certaines notions mieux que d’autres ? En quoi les émotions comme la nervosité, la colère et la fierté influent-elles sur les apprentissages ? Et surtout, comment les outils technologiques peuvent-ils améliorer les façons d’apprendre ?

     

    Voilà les questions qui animent depuis 30 ans Susanne Lajoie, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université McGill, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en technologies de pointe pour l’apprentissage dans des contextes authentiques et aujourd’hui lauréate du prix Thérèse-Gouin-Décarie, qui récompense les travaux d’un chercheur oeuvrant en sciences sociales.

     

    Susanne Lajoie raconte être fascinée par l’intelligence et l’apprentissage depuis sa tendre enfance. « Petite, je m’interrogeais sur la nécessité d’envoyer une de mes cousines ayant des difficultés d’apprentissage dans une école spécialisée, se souvient-elle. À l’université, j’ai d’abord voulu étudier ce profil d’individu, puis le hasard m’a amenée à m’intéresser aux gens doués. En fait, ce sont les styles d’apprentissage qui m’intriguaient. Par exemple, un tel intégrera mieux une notion à l’aide d’images et tel autre, au moyen de stimuli auditifs. »

     

    Alors qu’elle entame un doctorat sur ce sujet à l’Université Stanford, en Californie, les premiers ordinateurs personnels font leur apparition sur le marché. La technologie se greffe ainsi à ses recherches. « J’entrevoyais le potentiel de l’ordinateur : grâce à lui, on pourrait évaluer les différents styles d’apprentissage afin d’adapter l’enseignement en conséquence et ainsi, permettre aux gens d’apprendre mieux et davantage. »

     

    Des environnements d’apprentissage significatifs

     

    Pendant ses études doctorales, Susanne Lajoie met au point un système de tutorat, inspiré du savoir-faire d’experts en génie et en psychologie, « pour aider des personnes comme moi, plus à l’aise avec un style d’apprentissage verbal, à résoudre des problèmes complexes de raisonnement spatial exigeant des aptitudes visuelles ».

     

    Le projet contenait en germe le concept d’« environnements d’apprentissages riches en technologie » que Susanne Lajoie a perfectionné tout au long de sa carrière aussi bien pour les élèves du primaire et du secondaire que pour les étudiants universitaires et les professionnels en formation continue. « Il ne s’agit pas de mettre une personne devant un portable ou une tablette en espérant qu’elle apprendra davantage, précise-t-elle. Je crée des environnements d’apprentissage assistés par ordinateur qui sont authentiques, significatifs et réalistes pour l’apprenant, de sorte qu’il puisse mettre en pratique ses apprentissages au fur et à mesure — et en constater immédiatement les bénéfices. »

     

    La professeure donne en exemple son logiciel BioWorld, utilisé par les étudiants en médecine de McGill. Ils sont plongés dans une mise en situation où ils doivent visiter un patient, interpréter ses symptômes, demander des tests et collecter toutes les informations nécessaires pour poser le bon diagnostic. « En un mot, BioWorld les force à réfléchir à leur propre manière de résoudre un problème, ce qui leur permet de trouver une solution plus rapidement », explique Susanne Lajoie.

     

    « Tout le monde peut apprendre par coeur une matière et obtenir un A à l’examen, mais quelques mois plus tard, tout est oublié, remarque-t-elle. Au contraire, j’encourage un apprentissage en profondeur, qui ne s’effacera pas de sitôt et qui pourra être appliqué à différentes situations. »

     

    LEADS, une collaboration internationale

     

    Depuis 2012, Susanne Lajoie dirige un vaste projet de recherche baptisé Learning Environments Across Disciplines (LEADS). D’une durée de sept ans, LEADS jouit d’un financement de 2,5 millions du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada et réunit un groupe international d’experts en éducation, en psychologie, en informatique, en génie, en médecine et en histoire. Ils proviennent de 19 universités réparties dans 6 pays.

     

    « C’est un projet très excitant où nous étudions l’apprentissage sous toutes ses coutures afin de mieux stimuler les apprenants et, ultimement, freiner le décrochage », déclare Mme Lajoie.

     

    Les chercheurs du projet LEADS mettent au point des « empreintes numériques » pour évaluer plus précisément les façons d’apprendre. « Par exemple, nous observons le mouvement des yeux et l’expression faciale des apprenants tout en enregistrant leur activité électrodermale au moyen de bracelets, illustre Susanne Lajoie. Ainsi, on peut déterminer leur niveau de sudation, de nervosité, de colère, de confusion, de fierté… »

     

    La professeure rappelle que les émotions et l’apprentissage sont intimement liés. « À la fin de ce projet, nous espérons mieux comprendre comment les individus s’engagent et se désengagent dans leur apprentissage, dit-elle. Nous aimerions trouver des méthodes pour raccrocher les décrocheurs. Comment faire en sorte que ce soit amusant pour eux ? Comment introduire des défis d’apprentissage à leur mesure ? Comment leur permettre d’exercer du contrôle sur leur apprentissage ? » La technologie offre la possibilité de répondre à toutes ces questions, entre autres en fournissant de la rétroaction aux apprenants pour qu’ils puissent poursuivre leur progression sans se décourager et abandonner — comme le ferait un entraîneur avec un athlète ou un enseignant de piano avec son élève.

     

    « Autrement dit, on leur apprend à apprendre », résume Susanne Lajoie.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.