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    Prix André-Laurendeau — Sciences humaines

    Une passion à communiquer

    Joanne Burgess piste les traces du développement industriel inscrites dans le paysage urbain

    24 octobre 2015 | Michel Bélair - Collaborateur | Science et technologie
    Joanne Burgess est la lauréate du prix André-Laurendeau en sciences humaines.
    Photo: Source Joanne Burgess Joanne Burgess est la lauréate du prix André-Laurendeau en sciences humaines.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Joanne Burgess semble être de tous les combats touchant le patrimoine : on la retrouve partout ! Sur le terrain, fouillant les vestiges du développement industriel à Montréal aux XIXe et XXe siècles. À l’UQAM, où elle dirige tout autant des étudiants que des structures comme le Laboratoire d’histoire et de patrimoine ou des partenariats de recherche comme « Montréal, plaque tournante des échanges : histoire, patrimoine, devenir ». Dans les musées aussi consacrés à l’histoire du patrimoine industriel, comme l’Écomusée du fier monde et le musée Pointe-à-Calière. Sans parler des divers champs d’études plus pointus auxquels elle s’est consacrée, ici comme à l’étranger. Ou encore de son obsession pour la transmission des savoirs.

     

    Pour mieux saisir le foisonnement qui caractérise depuis quelques décennies l’implication de cette chercheuse émérite, elle a bien voulu tirer avec nous les deux ou trois fils rouges qui traversent toute sa carrière d’universitaire engagée.

     

    Une histoire de fils…

     

    « À l’université, je me suis d’abord intéressée aux sciences économiques, raconte-t-elle, mais bien vite, en voyant les différentes traces laissées dans la ville au cours des ans par le développement industriel, je me suis passionnée pour l’histoire. » C’est ainsi que Joanne Burgess a consacré sa thèse de maîtrise au développement de l’industrie de la chaussure à Montréal au milieu du XIXe siècle puis celle de son doctorat en histoire, à l’UQAM toujours, au travail et à la vie des artisans du cuir à Montréal de 1790 à 1831. Sa passion pour l’histoire industrielle de la ville et son influence autant sur l’architecture des quartiers que sur la vie des artisans allaient devenir de plus en plus communicatives.

     

    « Cela constitue une sorte de premier ancrage, de premier fil directeur de toutes mes activités, poursuit la chercheuse. C’est un secteur extrêmement riche que l’on peut sans cesse étoffer davantage en ouvrant sur des champs de recherche encore plus larges et plus nombreux, comme le commerce, par exemple, ou les pratiques de consommation dans les quartiers de la ville. Mais ce qui est plus important encore que tout cela, c’est de déborder de la sphère universitaire et de faire connaître nos recherches en communiquant clairement et efficacement. »

     

    Ce sera le second fil directeur de sa carrière, et il commence à se tramer lors de la rencontre de l’historienne avec l’équipe de l’Écomusée du fier monde. « J’ai eu la chance de travailler avec le Fier monde dès le milieu des années 1980 à la suite d’un colloque. Nous avons tout de suite développé une grande complicité puis mis sur pied une foule de projets d’histoire publique. Mais nous nous sommes surtout rejoints dans notre volonté commune de transmettre cette histoire autrement que par l’enseignement, en trouvant de nouveaux moyens. Explorer les nouveaux médias, par exemple, pour mieux transmettre le patrimoine dans des expositions vivantes s’est avéré un défi extrêmement stimulant. Presque une drogue ! » ajoute-t-elle dans un grand éclat de rire.

     

    C’est ainsi, grâce à cette collaboration intense et à cette volonté de transmettre concrètement les savoirs, que la passion de Joanne Burgess pour l’histoire publique inscrite dans le tissu urbain a pu s’arrimer à des institutions et à des groupes de pression débordant largement le cadre universitaire. C’est le troisième fil reliant les différents aspects de sa façon d’approcher l’histoire du patrimoine urbain.

     

    Elle a ainsi élaboré une foule de projets avec le milieu communautaire et développé son approche de la « recherche partenariale ». « Je me suis rendu compte qu’il y avait moyen de créer de nouvelles formes de collaboration. En formant une équipe autour d’un projet, on gagne à faire appel à différents spécialistes et à des types de connaissances à la fois théoriques et pratiques. Souvent, on arrive ainsi, dans une relation de respect et de collaboration mutuelle, à déborder du cadre habituel et à saisir beaucoup plus globalement les problématiques du patrimoine. »

     

    Réfléchir un peu plus

     

    C’est une tendance qui se vérifie à l’échelle internationale. La chercheuse souligne par exemple une redécouverte du patrimoine industriel et minier en Belgique, en France et en Allemagne, où des pans entiers de paysage témoignent d’un passé qui a souvent des impacts identitaires et même touristiques. Ici, au Québec, on n’en est pas encore là.

     

    « Globalement, la nouvelle loi québécoise sur le patrimoine souligne l’intention et la volonté de réfléchir plus longuement à ce qu’est le patrimoine. Mais, avouons-le, la sensibilisation à ce type de réalité est beaucoup plus poussée en Europe qu’ici. Par contre, par rapport à la façon de fonctionner au Québec il y a 50 ans, on a fait d’énormes progrès. À Montréal seulement, beaucoup d’organismes et de groupes de pression s’intéressent à la montagne, au patrimoine urbain et aux rives du fleuve, par exemple. C’est encore un défi que de promouvoir le patrimoine, mais c’est maintenant inscrit dans la réalité. »

     

    Tout n’est bien sûr pas parfait, comme vient tout juste de le démontrer « l’incident » autour de l’échangeur Turcot ; en creusant pour enfouir un énorme égout, on est tombé sur les ruines d’une tannerie datant de la fin du XIXe siècle. On a ramassé quelques boîtes d’artefacts puis on a repris les travaux comme si de rien n’était.

     

    « Je n’étais pas impliquée dans ce dossier, explique Mme Burgess, et je n’en connais pas toutes les composantes. Mais je n’ai pas pu m’empêcher d’envoyer une lettre au Devoir, début septembre, pour souligner que je m’attendais à des consultations plus poussées. J’étais étonnée que le ministère agisse de façon aussi simplificatrice ; il me semble qu’on a mal défendu le dossier. Malgré les échéanciers de construction, il aurait fallu fouiller et débattre davantage. »

     

    C’est sur cette nécessité de s’impliquer dans tous les dossiers qu’elle conclut. « Il faut que les défenseurs du patrimoine interviennent dans tous les débats et que la collaboration entre les musées, les spécialistes et les organismes s’accentue de façon à intéresser un public de plus en plus large. C’est en communiquant efficacement que nous parviendrons à sensibiliser les gens aux grands dossiers qui ne cessent de s’accumuler dans une ville qui ne cesse de se développer. »

     

    En voyant le sort réservé aux églises, aux vieilles usines et bientôt aux hôpitaux qui pullulent sur le territoire montréalais, on a l’impression que l’actualité ramènera souvent sur le tapis le nom de la lauréate du prix André-Laurendeau de l’Acfas…













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