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    Sciences

    Écrans d’ordinateurs et génétique à l’origine de l’explosion de la myopie

    28 septembre 2015 |Pauline Gravel | Science et technologie
    Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse
    De 25 % en 1972, le nombre d’Américains atteints de myopie a bondi à 44 % en 2004 et 58 % en 2013. Dans certains pays d’Asie, cette proportion atteint même 89 %. Les gènes, combinés au temps passé par les jeunes les yeux rivés sur les écrans numériques, expliqueraient en partie ce fléau des temps modernes.​
     

    Une équipe de chercheurs du Columbia University Medical Center à New York vient de mettre au jour un gène qui induit la myopie uniquement chez les personnes ayant consacré beaucoup de temps à la lecture et à des travaux en vision rapprochée. Cette découverte met en relief le rôle de l’interaction entre les gènes et de nouveaux facteurs environnementaux dans l’accroissement spectaculaire de la prévalence de cette anomalie oculaire depuis 40 ans.

     

    À ce jour, les chercheurs ont identifié 25 gènes qui seraient impliqués dans le développement de la myopie. « Ces gènes expliquent moins de 10 % des cas de myopie. Il nous reste à découvrir encore beaucoup plus de gènes, au moins 200, voire plusieurs centaines. Vraisemblablement, il faut posséder plusieurs petites mutations sur différents gènes, qu’on appelle variants génétiques, pour être prédisposés à la myopie », précise Andrei Tkatchenko, professeur au Columbia University Medical Center, dont l’équipe vient de découvrir un variant du gène APLP2, prédisposant à la myopie.

     

    Cinq fois plus de risques

     

    « Les enfants qui portent ce variant génétique courent un risque cinq fois plus grand de développer la myopie que ceux qui ont la version normale du gène, mais à condition qu’ils lisent beaucoup, plus d’une heure quotidiennement, ou s’amusent à l’ordinateur ou sur un téléphone portable », indique le chercheur.

     

    La lecture et le travail de près en général enclenchent le processus d’accommodation, qui vise à former une image nette des lettres sur la rétine en modifiant la courbure du cristallin, une lentille à l’intérieur de l’oeil. Or, « l’accommodation n’est jamais parfaite. Il y a un petit délai dans la réponse d’accommodation qui crée un peu de flou optique. C’est ce flou optique qui cause, croit-on, la myopie chez les personnes génétiquement prédisposées. Chez ces personnes, l’oeil comprend que l’image n’est pas nette, et qu’il doit grossir plus rapidement pour combler l’écart entre le plan focal [où l’image est la plus nette] et la position des photorécepteurs [situés sur la rétine], et résoudre ce problème de mise au point. Plus l’enfant lit et consacre de temps à des activités en vision rapprochée, plus la croissance de son oeil s’accélère », explique le spécialiste.

     

    Un gène en cause

     

    L’équipe de chercheurs a ensuite observé que le variant du gène APLP2 induisait l’apparition de la myopie chez les souris. Les souris dotées de deux copies du variant étaient très prédisposées à la myopie, celles n’en possédant qu’une seule l’étaient beaucoup moins, alors que celles n’en ayant aucune étaient complètement protégées. Quand les expérimentateurs ont simulé une activité de lecture en dégradant les informations visuelles entrant dans les yeux des souris pour provoquer un flou optique sur leur rétine, celles exemptes du variant ne développaient aucune erreur de réfraction.

     

    « La mutation liée au développement de la myopie se trouve dans la région responsable de la régulation du niveau d’expression du gène APLP2. Cette mutation augmente la production de la protéine APLP2. Or, cette protéine ne grossit pas l’oeil, mais elle le rend plus sensible au flou optique, lequel induit une croissance accélérée de l’oeil », précise le chercheur.

     

    L’étude, publiée dans PLOS Genetics, indique qu’en modulant l’expression d’un gène précis, l’APLP2, on pourrait réduire la prédisposition à la myopie. « Cela semble très prometteur. Bien sûr, cela nécessitera encore plusieurs années d’études fondamentales et d’études cliniques pour comprendre comment le niveau d’ALPL2 est vraiment contrôlé. Mais si on trouve un moyen de réduire l’expression de ce gène chez les enfants prédisposés, nous pourrons réduire la progression de la myopie, voir l’arrêter complètement. Car nous avons déjà réussi à le faire chez la souris », fait valoir Andrei Tkatchenko.

     

    Il faudra d’abord identifier tous les gènes impliqués dans la myopie et les variations affectant ces gènes. « Alors, nous pourrons mettre au point un test génétique pour identifier les enfants qui sont génétiquement prédisposés à la myopie », indique le chercheur, précisant qu’il faudra tester les enfants dès le primaire, car la myopie se développe entre le moment de l’entrée à l’école et l’âge de 16 ou 20 ans. « Après 20 ans, l’oeil n’est plus sensible aux facteurs environnementaux. Si on rate la période initiale lors de laquelle l’oeil subit une croissance accélérée, il sera trop tard. L’oeil sera devenu trop grand et on ne peut pas le rétrécir. »

     

    Davantage de temps sans écran

     

    Plusieurs études ont montré que corriger la réfraction en bas âge ralentit le développement de la myopie « jusqu’à un certain point ». « Mais on ne peut pas vraiment prévenir la myopie par le port de verres parce que quand on lit, on a toujours besoin de faire un ajustement et on obtient alors ce flou optique qui cause cette croissance excessive de l’oeil. Il est néanmoins préférable que l’enfant garde ses lunettes en tout temps », indique M. Tkatchenko qui propose plutôt d’envoyer les enfants jouer dehors.

     

    « On peut prévenir le développement de la myopie en encourageant les enfants à passer au moins deux heures par jour à l’extérieur. Plusieurs études ont démontré que les activités extérieures protègent de la myopie, souligne-t-il. Les enfants qui jouent à l’extérieur plus longtemps semblent être moins nombreux à développer une myopie », ajoute le Dr Devinder Cheema, ophtalmologiste au Centre universitaire de santé McGill.

     

    « Nous ne savons pas exactement pourquoi, mais on croit que quand les enfants sont à l’extérieur, ils n’utilisent pas la vision de près. La forte intensité de la lumière à l’extérieur accroît le contraste dans les images. Ces dernières sont plus précises sous une lumière rayonnante que sous un faible éclairage d’intérieur », explique M. Tkatchenko.













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