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    L’Université Concordia dans l’embarras

    L’auteur d’une étude sur l’amiante, commandée par l’Université, serait en conflit d’intérêts

    L’Université Concordia est forcée de retirer une étude controversée sur l’amiante le temps d’enquêter sur l’intégrité de l’auteur. Les opposants, insatisfaits de la réponse du recteur de l’Université, réclament des garanties sur la transparence et l’indépendance de cette enquête.

     

    « Le recteur [Alan] Shepard ne tient pas compte de notre demande d’une enquête indépendante et transparente […] Cette réponse s’avère, selon nous, clairement insuffisante à la lumière des sérieuses préoccupations que nous avons soulevées », écrit un groupe de neuf médecins, scientifiques et défenseurs des droits de la personne dans une lettre datée du 5 août.

     

    Dans son étude, Leçons tirées de l’industrie de l’amiante au Québec : peut-il y avoir un dialogue constructif et un consensus quand les faits s’opposent aux sentiments, l’auteur John Aylen s’intéresse au débat entourant le financement de la mine Jeffrey, fermée par le gouvernement péquiste en 2012. Il soutient que les opposants ont utilisé des arguments émotifs, faisant appel aux familles de « prétendues victimes » pour gagner l’opinion publique alors que le consortium qui souhaitait relancer la mine Jeffrey s’en est tenu aux faits.

     

    « Ce document démontre clairement que les faits ne peuvent pas l’emporter sur les sentiments quand il s’agit de contrôler l’opinion publique, écrit l’auteur, qui est professeur à Concordia et qui dirige sa propre firme de relations publiques. Il est presque impossible de changer les sentiments de quelqu’un en exposant des faits. »

     

    Il met en opposition l’argumentaire de quatre personnes qui travaillent dans l’industrie, dont le président de Mine Jeffrey et le président de l’Institut du chrysotile, à celui des opposants, qu’il tente de discréditer. Il s’en prend à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) qui n’a, selon lui, aucune preuve pour défendre son argumentaire sur les dangers de l’amiante.

     

    Conflit d’intérêts?

     

    Sur le site du Centre d’excellence Luc-Beauregard de recherche en communication de l’Université Concordia, qui a financé l’étude, le directeur Jordan Le Bel vantait les mérites de l’étude le mois dernier. « Ces deux études [celle sur l’amiante et une autre sur les gaz de schiste] sont un excellent exemple de ce que le Centre veut faire. Elles ont été commandées après que le Centre a été contacté par un expert du domaine de l’énergie qui en avait assez des débats sans fin dans notre société qui, en réalité, paralysent ou empêchent les discussions sur des enjeux majeurs. »

     

    La publication de cette étude, à la fin juin, a soulevé l’ire des opposants. Le 24 juillet, un groupe composé notamment d’experts de l’INSPQ a envoyé une première lettre au recteur de l’Université Concordia, Alan Shepard. « Cette étude est remplie d’inexactitudes et de partis pris. Elle ne répond pas aux normes universitaires les plus élémentaires et jette l’opprobre sur Concordia », écrivent-ils. Ils reprochent à l’auteur d’avoir caché ses liens avec l’industrie de l’amiante. « Dans cette étude, que l’Université Concordia a présentée comme une étude indépendante de haute qualité universitaire, M. Aylen ne fait pas mention de son conflit d’intérêts », ajoutent-ils.

     

    Enquête

     

    Le recteur a réagi promptement : « L’Université enquête sur le dossier, répond Alan Shepard dans un courriel envoyé à Kathleen Ruff, signataire de la lettre à titre de conseillère principale en matière de droits de la personne à l’Institut Rideau à Ottawa. Comme vous le savez, une telle enquête doit, selon la loi, respecter la confidentialité des individus. Ce que je peux vous dire, c’est que les points que vous avez relevés sont très sérieux et qu’ils sont pris au sérieux par l’Université. »

     

    Mais ce n’est pas assez, répondent les signataires qui se disent « extrêmement déçus ». Ils réitèrent leur demande d’une enquête indépendante. Ils souhaitent également que l’Université pousse plus loin l’enquête afin de se pencher sur « les failles d’un système qui a permis à l’Université Concordia de commander, de financer, d’approuver, de publier [une telle étude] et d’en faire la promotion ».

     

    Kathleen Ruff dit craindre que cette enquête interne donne des résultats similaires à celle qui avait eu lieu en 2012 sur les travaux de John Corbett McDonald, de l’Université McGill, qui avait publié de nombreuses études sur l’amiante alors qu’il était financé par l’industrie. Le commissaire à l’intégrité de McGill avait conclu qu’une enquête n’était pas nécessaire et que ses travaux ne faisaient preuve d’aucune irrégularité.

     

    Joint par Le Devoir, lundi, l’auteur de l’étude John Aylen a refusé de commenter le dossier.

     

    Aux communications de l’Université Concordia, on précise que les modalités entourant le processus de révision de l’article n’ont pas encore été déterminées et que « rien n’est commencé encore ».













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