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    L’immunothérapie, ou la désensibilisation pour éliminer les allergies

    Le Dr Philippe Bégin, allergologue
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Dr Philippe Bégin, allergologue

    Il est désormais possible de se débarrasser d’une allergie respiratoire, au venin d’insectes, voire alimentaire, avec de la patience et une immunothérapie pouvant durer jusqu’à cinq ans. Mis au point il y a plus de 100 ans, le principe de l’immunothérapie, communément appelée « désensibilisation », consiste à exposer la personne allergique à des microdoses d’allergène qui sont insuffisantes pour déclencher une réaction allergique, mais qu’on augmente progressivement jusqu’à atteindre la dose à laquelle l’organisme est habituellement exposé dans la vie courante.


    « La prise régulière et ininterrompue de pleines doses d’allergène pendant trois à cinq ans induit un effet permanent qui perdure même si on cesse le traitement, parce qu’on aura réussi à rééduquer le système immunitaire. Les globules blancs finissent par comprendre qu’ils doivent induire une réponse de tolérance immunitaire et ne pas réagir à ces éléments », explique Philippe Bégin, allergologue et immunologue de l’Université de Montréal.

     

    Mode d’administration

     

    Lors d’une immunothérapie classique, les doses d’allergène (pollens, acariens, chats, moisissures, venins de guêpe et d’abeille) sont généralement administrées chaque semaine ou toutes les deux semaines sous forme d’injections sous-cutanées. Mais, depuis deux ans, un nouveau mode d’administration, qui consiste à déposer les doses d’allergène sous la langue, a fait son apparition au Canada.

     

    Les doses requises sont intégrées à des tablettes fondantes qu’on insère sous la langue. Disponible dans toutes les pharmacies, ce traitement pour les allergies aux graminées et à l’herbe à poux n’est toutefois délivré que sur ordonnance.

     

    « Au début, [le patient] pourra ressentir des picotements dans la bouche, mais ces symptômes sont normaux et devraient disparaître dans les deux semaines qui suivent », spécifie le Dr Bégin, tout en précisant que seules les tablettes sublinguales, et non les gouttes, ont été autorisées par Santé Canada et la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis. L’immunothérapie visant les allergies au pollen doit débuter trois mois avant la saison du pollen et le traitement doit être répété les années suivantes, sinon les patients perdront tout le bénéfice acquis.

     

    Une étude a toutefois montré que les personnes qui poursuivent le traitement pendant toute l’année, sans interruption, pendant trois ans ont développé une tolérance soutenue qui s’est maintenue même après l’arrêt du traitement.

     

    La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) ne couvre toutefois le traitement sublingual que pour les trois mois précédant la saison du pollen, ainsi que durant cette dernière, et uniquement pour les graminées. Des études sont actuellement en cours afin d’évaluer l’efficacité des tablettes sublinguales pour traiter les allergies au bouleau et aux acariens, ces organismes microscopiques qui vivent dans la poussière.

     

    En Suisse, des immunothérapies intralymphatiques par injection de l’allergène dans les ganglions de l’aine ont été mises au point pour éliminer les allergies au pollen et au chat. « En injectant l’allergène dans un ganglion, on obtient un effet 10 fois plus fort avec une dose 100 fois moindre », fait remarquer le chercheur.

     

    Pour sa part, Christine McCusker, allergologue à l’Hôpital de Montréal pour enfants, est sur la piste d’une molécule qui, en bloquant la cascade biochimique menant à la réaction allergique, pourrait se révéler être un médicament prometteur, voire un vaccin susceptible de prévenir l’apparition des allergies chez l’enfant.

     

    Pulvérisée sous forme de gouttelettes dans le nez de souris allergiques, cette molécule, appelée STAT6-IP, a réussi à prévenir toute réaction allergique chez ces rongeurs pendant deux semaines, et ce, après une seule administration.

     

    La chercheuse a ensuite observé que, lorsqu’on administre cette molécule aux animaux avant qu’ils n’aient développé une allergie, leur système immunitaire apprend à tolérer l’allergène et n’y réagit plus jamais.

     

    La Dre McCusker croit que cette molécule devrait aussi permettre de traiter, voire de dompter, les allergies alimentaires. « Il n’y a aucune raison que cela ne fonctionne pas pour les allergies alimentaires, car la même cascade biochimique intervient dans les réactions allergiques aux aliments », avance-t-elle. C’est contre le venin d’hyménoptères que l’immunothérapie est à ce jour la plus efficace, avec un taux de réussite d’environ 98 %.

     

    Par ailleurs, de 80 à 85 % des gens recevant une immunothérapie pour une allergie au pollen bénéficient d’une amélioration de leur condition. Autant les injections sous-cutanées que les tablettes sublinguales réduisent les symptômes et la consommation de médicaments de 30 à 40 % en moyenne.

      

    « Sachant que les traitements tels que le vaporisateur nasal de cortisone et les antihistaminiques permettent respectivement 17 % et 9 % d’amélioration, l’effet de la désensibilisation est donc significativement supérieur », souligne l’immunologue du CHUM.

     

    Allergies alimentaires

     

    L’immunothérapie visant à induire une désensibilisation à un allergène alimentaire demeure encore expérimentale, mais les études cliniques réalisées à ce jour ont montré qu’elle fonctionne chez 85 % des patients.

     

    Lors d’un séjour d’étude à l’Université Stanford, en Californie, le Dr Bégin a pu constater qu’il est possible de désensibiliser une personne à un allergène alimentaire en lui administrant oralement de très petites doses de celui-ci — sous forme de farines d’arachide ou de poudres de lait et d’oeufs — qu’on accroît progressivement jusqu’à obtenir des doses comparables à celles qu’on mange chaque jour.


    « Tant que la personne absorbe cette dose quotidiennement, elle est protégée. Elle n’est toutefois pas guérie, car si elle cesse de la prendre, elle réagira à nouveau à l’aliment allergène », précise-t-il, avant d’ajouter qu’il est même possible de désensibiliser une personne à plusieurs protéines allergènes à la fois, en l’espace de 85 semaines. « On sait aussi que 50 % des patients parviennent à développer une tolérance soutenue aux arachides après cinq ans d’une immunothérapie consistant à ingurgiter chaque jour les doses d’entretien de l’allergène », fait savoir le Dr Bégin.

     

    Depuis son retour à Montréal, il espère vivement recueillir le financement nécessaire pour ouvrir une clinique de désensibilisation orale et de recherche en allergie alimentaire au CHU Sainte-Justine, où on pourrait offrir ce nouveau traitement. Chose certaine, à compter de septembre prochain, la clinique d’allergie de cet hôpital devrait participer à une étude clinique visant à évaluer des timbres transdermiques contenant les protéines responsables des allergies aux arachides ou au lait, ce qui constitue « une approche plus simple et plus sécuritaire qui semble être bien tolérée ».

     

    Lorsqu’il rencontre un allergène, le système immunitaire d’une personne allergique déclenche la même réaction qu’il mettrait en branle en présence d’un parasite. « Les parasites étant beaucoup trop gros, par rapport aux virus et aux bactéries pathogènes, pour être phagocytés ou mangés par les macrophages et les neutrophiles, le système immunitaire doit solliciter d’autres types de globules blancs, tels que les éosinophiles, les basophiles et les mastocytes. »

     

    « Ces globules blancs relâchent de grosses protéines digestives, appelées protéases, qui s’attaquent aux parasites, qui, en principe, sont en train de passer sous la peau », explique le Dr Philippe Bégin, allergologue et chercheur au CHUM et au CHU Sainte-Justine.

     

    Les mastocytes possèdent à leur surface des récepteurs auxquels se fixent des anticorps d’allergie, les IgE, qui reconnaîtront spécifiquement l’allergène. Quand ces mastocytes entrent en contact avec l’allergène par le biais des IgE, ils libèrent de l’histamine, qui augmente le débit sanguin et provoque ainsi des démangeaisons qui inciteront la personne à se gratter la peau pour déloger le parasite, à éternuer pour s’en débarrasser dans le nez ou à tousser et fermer les bronches et produire du mucus s’il est en train d’entrer dans une bronche.

     

    Dans le cas d’une allergie respiratoire, quand les allergènes de chien, de chat et de pollen entrent en contact avec les mastocytes armés d’anticorps IgE au niveau du nez, des yeux et des bronches, la personne fera une rhinite au niveau du nez, une conjonctivite au niveau des yeux et une crise d’asthme au niveau des bronches.

     

    Dans le cas d’une allergie alimentaire, l’ingestion de la protéine allergène entraînera des picotements dans la bouche, des nausées, voire des vomissements. « Mais, une fois que l’aliment sera digéré, il sera absorbé par le sang et, en passant dans la circulation, il sera distribué partout dans le corps. Ce sont tous les mastocytes du corps qui pourront alors réagir et la personne fera une anaphylaxie, une réaction systémique entraînant notamment une chute de la tension artérielle », fait remarquer le spécialiste, avant de préciser que l’anaphylaxie ne survient que dans les allergies alimentaires, médicamenteuses et aux guêpes.

     

    « On ne fera pas d’anaphylaxie aux chats, on fera une très grosse crise d’asthme parce que l’allergène demeure dans les voies respiratoires. Mais c’est aussi dangereux, car on peut faire une crise d’asthme mortelle », souligne le Dr Bégin.

    Le Dr Philippe Bégin, allergologue Lors d’une immunothérapie classique, les doses d’allergène (pollens, acariens, chats, moisissures, venins de guêpe et d’abeille) sont généralement administrées chaque semaine ou toutes les deux semaines sous forme d’injections sous-cutanées.












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