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    ACFAS

    Le potentiel insoupçonné des algues du Saint-Laurent

    26 mai 2015 | Isabelle Porter à Rimouski | Science et technologie
    Tout sur le congrès de l'Acfas

    De l’alimentation à la régénération des visages des grands brûlés, les algues qui bordent le fleuve ont un potentiel aussi grand que méconnu, selon des chercheurs réunis au Colloque de l’ACFAS à Rimouski.

     

    « C’est fou le nombre de débouchés qu’on peut avoir avec les algues », résume Isabelle Gendron-Lemieux, chargée de projet à Grande-Rivière pour le Centre d’innovation de l’aquaculture et des pêches du Québec (Merinov).

     

    Depuis l’été dernier, son équipe teste différents sites potentiels pour une exploitation plus massive de la ressource. Les récoltes printanières à Grande-Rivière, mais surtout à Paspébiac, sont de bon augure. « Pour l’instant, c’est petit, mais le projet vise à le développer à grande échelle », dit-elle enthousiaste. « Dans des endroits comme Paspébiac, on voit qu’on est capables de produire deux filières d’algues de 100 mètres de long. »

     

    Ces filières, explique-t-elle, imitent les lignes à l’horizontale que les producteurs de pétoncles ou encore de moules installent dans l’eau. On les pose à l’automne, elles y passent l’hiver et la plus grande poussée de croissance se fait au printemps.

     

    Le potentiel des algues marines de l’Atlantique Nord faisait l’objet d’un colloque dans le cadre de l’ACFAS mardi à Rimouski. En plus des Québécois, des chercheurs français sont venus présenter leurs propres trouvailles sur les algues brunes de Bretagne notamment.

     

    Valérie Stiger-Pouvreau, de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO), a rappelé que les molécules de certaines espèces d’algues brunes pouvaient soigner des maux de l’intestin ou être utilisées dans des crèmes solaires. Elle a toutefois souligné que les propriétés variaient énormément d’une espèce à l’autre, tout comme les solvants efficaces pour en extraire les vertus. Seulement sur les côtes de Bretagne, on recense jusqu’à 700 espèces d’algues brunes. « C’est un réservoir d’actifs marins dont on ne connaît pas encore tout le potentiel », a-t-elle affirmé.

     

    Des molécules d’algues sont déjà utilisées dans la fabrication de différents produits (de la bière aux pharmaceutiques). Toutefois, les scientifiques continuent de découvrir de nouvelles applications possibles. Ainsi, une chercheuse de l’Université Laval, Laurie-Ève Rioux, est venue mardi présenter une molécule d’algue capable de régénérer le derme de la peau qui pourrait être utilisée dans le traitement des grands brûlés.

     

    En manger comme des légumes

     

    Karine Berger, une diététiste affiliée elle aussi au Centre Merinov, est quant à elle venue plaider pour qu’on leur donne davantage de place dans notre assiette. « Qui consomme des algues régulièrement, à part dans les sushis ? », a-t-elle demandé à l’assistance avant de déplorer que « peu d’épiceries en offrent au Québec. »

     

    En Chine et au Japon, on en consomme depuis 10 000 ans, a-t-elle souligné avant d’ajouter que les algues composaient pas moins de 10 % de la ration alimentaire quotidienne du Japonais moyen ! En France, une étude aurait par ailleurs démontré que 20 % de la population en consomme au moins une fois par mois.

     

    Mme Berger suggère que les algues soient considérées comme des légumes, qu’on peut congeler et intégrer à une multitude de plats ainsi que dans des sauces par exemple. D’aucuns en mangent déjà dans la soupe miso, mais on trouve dans certains pays des pâtes à base d’algue, du beurre ou encore du vinaigre en contenant.

     

    Au-delà du potentiel commercial et économique pour le Québec, la santé plaide en faveur de l’utilisation des algues, souligne Mme Berger. Les algues contiennent des anti-oxydants qui peuvent aider à prévenir certains cancers, comme celui du colon, ou encore des maladies oculaires. Elles contiennent aussi des quantités impressionnantes de vitamines A et E (jusqu’à 50 % de nos besoins quotidiens). On y trouve aussi des concentrations importantes d’acide folique et de fer, notamment.

     

    Mais les consommateurs en veulent-ils ? Pour jauger leur intérêt, Mme Berger a fait des tests auprès de groupes à qui on a fait goûter des portions de riz pilaf avec et sans algues et l’équivalent pour une soupe tonkinoise.

     

    Les réactions ont révélé que les consommateurs étaient ouverts et « vraiment désireux » de tester les algues comme légumes ou encore comme assaisonnements. Plusieurs ont remarqué que les algues faisaient ressortir les saveurs des plats. Cela pourrait en faire d’intéressants substituts au glutamate monosodique (GMS), a-t-elle signalé.

     

    L’expérience a enfin révélé que les principaux freins à la consommation étaient l’accessibilité et les appréhensions liées à un produit qui, disons-le, n’est pas d’emblée appétissant lorsqu’on le trouve sur les berges du fleuve.

     

    En revanche, les participants se sont montrés intéressés par la possibilité de soutenir des produits locaux et surtout par les bénéfices des produits pour leur santé.

     

    Enfin, il ne semble pas que les algues dans le fleuve soient contaminées à des polluants qu’elles retransmettraient ensuite aux humains. Mme Berger a affirmé que les concentrations de plomb, d’arsenic ou encore de cadmium étaient dans les normes. Par contre, étant donné le caractère marginal de la filière au Québec, il n’y a pas actuellement de réglementation forçant les producteurs à le garantir, a-t-elle ajouté.













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