Technologie: Howard Dean, le docteur se porte bien
Avec le soutien apporté à Howard Dean par Al Gore, celui que personne ne s'attendait à voir s'emparer de l'investiture démocrate continue d'étonner et de bousculer l'establishment du parti. Quels que soient les résultats de Dean qui, à moins d'une erreur monumentale durant les primaires, affrontera George «Dubya» Bush lors de l'élection présidentielle, nombreux seront ceux qui, une fois la poussière retombée, examineront de près son utilisation des nouvelles technologies.
Contrairement à ce que certains stratèges politiques peuvent s'imaginer, il n'y a pas de recettes préfabriquées pour remporter une victoire «à la Dean». Son utilisation d'Internet ne relève pas de la pensée magique. Dans le fond, l'utilisation des nouvelles technologies par Dean et son équipe est fort simple. Les stratèges Internet de Dean ont tout simplement utilisé le Web et ses outils pour faciliter l'organisation de bonnes vieilles assemblées de cuisine tout en permettant à des groupes d'intérêts de se mobiliser et de s'exprimer.
Cependant, certains croient, à tort, qu'il suffit d'utiliser tel ou tel logiciel pour répéter ses exploits, quand ce ne sont pas les vendeurs du temple qui tentent de mystifier leurs interlocuteurs en leur promettant des miracles en utilisant uniquement leurs produits.
Or, il n'en est rien. Et le plus bel exemple de cela nous a été révélé par Jack Layton du NPD et son équipe de joyeux lurons torontois qui ont tenté de reproduire l'expérience Dean, sans savoir que le principal enjeu auquel Dean a dû faire face n'était pas la technologie, mais plutôt un enjeu social. Un enjeu de participation et d'autonomisation.
Toujours les humains
Ce ne sont pas les ordinateurs et le logiciel qui comptent. Ce sont toujours des humains qui font le succès d'une campagne et ce sont toujours eux qui votent le jour de l'élection. Il n'y a qu'à voir «le succès» du site «Drapeau à vendre» qui a vécu le temps d'une conférence de presse, pour comprendre à quel point, contrairement à Dean, les stratèges de Layton n'ont rien compris à son utilisation de technos. Il ne suffit pas de placer un bouton MeetUp sur une page Web pour qu'aussitôt, les membres affluent. Avant même de penser technologies, il convient de penser humain.
Ce qui frappe le visiteur lorsqu'il visite la constellation de sites et de carnets Web affiliés à l'ex-gouverneur du Vermont, c'est cette diversité d'opinions et d'idées qui fusent de toutes parts. Contrairement aux partis politiques traditionnels qui ont l'habitude de tout contrôler et de ne pas laisser le moindre détail au hasard, Dean a pris le pari de laisser tout et chacun s'exprimer, quitte à devoir gérer quelques dérapages.
Audacieuse l'équipe du Docteur ? Assurément. Les stratèges de Dean ont surtout compris qu'on ne pouvait créer une communauté sur la Toile. Celle-ci se devait d'exister dès le départ, les outils technologiques n'étant là que pour la soutenir et lui permettre de s'exprimer librement. Alors que la radio, la télévision et les médias imprimés ne sont qu'un seul et même haut-parleur destiné à répandre la bonne nouvelle, Internet permet à chacun des participants de cette communauté de devenir lui-même un haut-parleur et de répandre la bonne nouvelle. Quitte, encore une fois, à laisser aller tout contrôle.
Un risque
Or, Dean est allé encore plus loin. Il a sciemment abdiqué toute forme de contrôle sur cette communauté en prenant le risque de la laisser s'exprimer sur tous les enjeux de cette élection à venir tout en faisant de chacun des participants de cette communauté un «évangéliste de Dean», dont la mission est de convertir d'autres citoyens à la «cause».
Toutefois, alors qu'il est archiconnu que les partis politiques sont des machines à contrôler tous les aspects d'une campagne, même les plus anodins, l'idée d'une certaine «anarchie» ne peut que rebuter une machine politique. Pourtant, si on observe bien la constellation de sites tournant autour de l'étoile du bon Docteur, il est facile de constater que Dean a su capitaliser sur cette anarchie, tout en contrôlant son propre environnement. Et finalement, après plus d'une année de campagne en ligne, on a beau chercher ces fameux dérapages, ceux-ci se font plutôt rares, pour ne pas dire inexistants.
Pour mettre en place une telle structure, l'équipe de Dean s'est inspirée largement de réflexions provenant d'ouvrages tels Small Pieces Loosely Joined de David Weinberger, de l'essai The Cluetrain Manifesto, de Moral Politics de George Lakoff, de Bowling Alone de Robert Putman et du phénomène des SmartMobs tel que décrit par Howard Rheingold.
Une autre raison du succès de la campagne Dean est l'avance qu'il a su prendre tôt dans la campagne. En effet, Dean a saisi qu'il ne pouvait créer de communauté instantanée, et que seul le temps jouait en sa faveur. Sa campagne a donc démarré modestement, sans tambour ni trompette, bien avant celles de ses adversaires.
Donnant donnant
Cependant, en menant constamment une campagne proche de la base, Dean a réussi à séduire une classe de citoyens qui, traditionnellement, ne s'intéressait pas à la politique et qui ne votait pas le jour des élections. Il a su donner à ces citoyens des outils et l'aide nécessaire pour qu'ils puissent par la suite s'en emparer et participer à leur tour. En retour, ces citoyens, sachant qu'ils sont lus et écoutés par l'équipe de Dean et qu'ils participent activement à la campagne de leur candidat, savent sortir leur chéquier ou leur carte de crédit quand Dean leur demande de les aider à financer sa campagne.
Et aujourd'hui, à quelques semaines du début des primaires, comme la tortue de la fable, son avance semble pratiquement insurmontable et sa victoire quasi assurée, bien qu'en politique, il ne faille rien tenir pour acquis. Parlez-en à Super Mario.
Contrairement à ce que certains stratèges politiques peuvent s'imaginer, il n'y a pas de recettes préfabriquées pour remporter une victoire «à la Dean». Son utilisation d'Internet ne relève pas de la pensée magique. Dans le fond, l'utilisation des nouvelles technologies par Dean et son équipe est fort simple. Les stratèges Internet de Dean ont tout simplement utilisé le Web et ses outils pour faciliter l'organisation de bonnes vieilles assemblées de cuisine tout en permettant à des groupes d'intérêts de se mobiliser et de s'exprimer.
Cependant, certains croient, à tort, qu'il suffit d'utiliser tel ou tel logiciel pour répéter ses exploits, quand ce ne sont pas les vendeurs du temple qui tentent de mystifier leurs interlocuteurs en leur promettant des miracles en utilisant uniquement leurs produits.
Or, il n'en est rien. Et le plus bel exemple de cela nous a été révélé par Jack Layton du NPD et son équipe de joyeux lurons torontois qui ont tenté de reproduire l'expérience Dean, sans savoir que le principal enjeu auquel Dean a dû faire face n'était pas la technologie, mais plutôt un enjeu social. Un enjeu de participation et d'autonomisation.
Toujours les humains
Ce ne sont pas les ordinateurs et le logiciel qui comptent. Ce sont toujours des humains qui font le succès d'une campagne et ce sont toujours eux qui votent le jour de l'élection. Il n'y a qu'à voir «le succès» du site «Drapeau à vendre» qui a vécu le temps d'une conférence de presse, pour comprendre à quel point, contrairement à Dean, les stratèges de Layton n'ont rien compris à son utilisation de technos. Il ne suffit pas de placer un bouton MeetUp sur une page Web pour qu'aussitôt, les membres affluent. Avant même de penser technologies, il convient de penser humain.
Ce qui frappe le visiteur lorsqu'il visite la constellation de sites et de carnets Web affiliés à l'ex-gouverneur du Vermont, c'est cette diversité d'opinions et d'idées qui fusent de toutes parts. Contrairement aux partis politiques traditionnels qui ont l'habitude de tout contrôler et de ne pas laisser le moindre détail au hasard, Dean a pris le pari de laisser tout et chacun s'exprimer, quitte à devoir gérer quelques dérapages.
Audacieuse l'équipe du Docteur ? Assurément. Les stratèges de Dean ont surtout compris qu'on ne pouvait créer une communauté sur la Toile. Celle-ci se devait d'exister dès le départ, les outils technologiques n'étant là que pour la soutenir et lui permettre de s'exprimer librement. Alors que la radio, la télévision et les médias imprimés ne sont qu'un seul et même haut-parleur destiné à répandre la bonne nouvelle, Internet permet à chacun des participants de cette communauté de devenir lui-même un haut-parleur et de répandre la bonne nouvelle. Quitte, encore une fois, à laisser aller tout contrôle.
Un risque
Or, Dean est allé encore plus loin. Il a sciemment abdiqué toute forme de contrôle sur cette communauté en prenant le risque de la laisser s'exprimer sur tous les enjeux de cette élection à venir tout en faisant de chacun des participants de cette communauté un «évangéliste de Dean», dont la mission est de convertir d'autres citoyens à la «cause».
Toutefois, alors qu'il est archiconnu que les partis politiques sont des machines à contrôler tous les aspects d'une campagne, même les plus anodins, l'idée d'une certaine «anarchie» ne peut que rebuter une machine politique. Pourtant, si on observe bien la constellation de sites tournant autour de l'étoile du bon Docteur, il est facile de constater que Dean a su capitaliser sur cette anarchie, tout en contrôlant son propre environnement. Et finalement, après plus d'une année de campagne en ligne, on a beau chercher ces fameux dérapages, ceux-ci se font plutôt rares, pour ne pas dire inexistants.
Pour mettre en place une telle structure, l'équipe de Dean s'est inspirée largement de réflexions provenant d'ouvrages tels Small Pieces Loosely Joined de David Weinberger, de l'essai The Cluetrain Manifesto, de Moral Politics de George Lakoff, de Bowling Alone de Robert Putman et du phénomène des SmartMobs tel que décrit par Howard Rheingold.
Une autre raison du succès de la campagne Dean est l'avance qu'il a su prendre tôt dans la campagne. En effet, Dean a saisi qu'il ne pouvait créer de communauté instantanée, et que seul le temps jouait en sa faveur. Sa campagne a donc démarré modestement, sans tambour ni trompette, bien avant celles de ses adversaires.
Donnant donnant
Cependant, en menant constamment une campagne proche de la base, Dean a réussi à séduire une classe de citoyens qui, traditionnellement, ne s'intéressait pas à la politique et qui ne votait pas le jour des élections. Il a su donner à ces citoyens des outils et l'aide nécessaire pour qu'ils puissent par la suite s'en emparer et participer à leur tour. En retour, ces citoyens, sachant qu'ils sont lus et écoutés par l'équipe de Dean et qu'ils participent activement à la campagne de leur candidat, savent sortir leur chéquier ou leur carte de crédit quand Dean leur demande de les aider à financer sa campagne.
Et aujourd'hui, à quelques semaines du début des primaires, comme la tortue de la fable, son avance semble pratiquement insurmontable et sa victoire quasi assurée, bien qu'en politique, il ne faille rien tenir pour acquis. Parlez-en à Super Mario.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

