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    prix de la recherche au collégial

    Jusqu’où peuvent mener les hasards de la vie

    25 octobre 2014 | Claude Lafleur - Collaborateur | Science et technologie
    Le professeur de philosophie et d’éthique appliquée au Collège régional de Lanaudière à L’Assomption, Luc Desautels
    Photo: Christian Barette Le professeur de philosophie et d’éthique appliquée au Collège régional de Lanaudière à L’Assomption, Luc Desautels
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    « Je suis particulièrement ravi de recevoir le prix de l’Acfas en recherche au collégial, puisqu’il montre qu’il se fait de la recherche fort intéressante dans les cégeps, déclare le lauréat, Luc Desautels. Ce prix montre aussi qu’il est possible de faire une carrière de chercheur au collégial et que les cégeps forment un bassin qui mérite d’être mis à contribution. »

     

    Professeur de philosophie et d’éthique appliquée au Collège régional de Lanaudière à L’Assomption, M. Desautels se questionne dans ses recherches sur la réussite des étudiants et sur les problèmes éthiques que rencontrent ses collègues.

     

    L’étonnant parcours d’un décrocheur

     

    Luc Desautels est un décrocheur… et deux fois plutôt qu’une ! Ainsi, lorsque, à la fin des années 1960, le Séminaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, où il étudiait, a été converti en cégep public, il a été recalé. « Alors que la moitié des élèves de mon niveau sont passés directement au cégep, moi, je suis resté collé en secondaire V, dit-il. Cela m’a tant insulté que j’ai décroché de l’école ! » Le jeune Desautels travaille alors à la tenue de livres du commerce familial, « pour m’apercevoir assez vite que je ne souhaitais surtout pas y passer ma vie ! », se rappelle-t-il.

     

    Il s’inscrit alors au cégep en sciences humaines. « Mais je n’avais pas les idées claires quant à mon orientation, dit-il, et j’ai changé de profil quelques fois… » Par conséquent, il abandonne à nouveau ses études pour « profiter de l’époque des hippies et des mouvements de jeunesse… »

     

    Ce n’est que trois ans plus tard qu’il reprend ses études, terminant son cégep puis s’inscrivant en théologie au Collège universitaire dominicain d’Ottawa. « Là, j’ai vraiment été mordu, dit-il, et j’ai obtenu un baccalauréat et amorcé une maîtrise. »

     

    Entre-temps, il se marie et a un premier enfant. « Il a alors fallu que je trouve le moyen de gagner notre vie », raconte-t-il. Durant deux ans, Luc Desautels enseigne la religion à l’école secondaire Saint-Joseph d’Hull. « On n’a toutefois pas renouvelé mon contrat, puisque, entretemps, je m’étais joint au comité de formation d’un syndicat ! Et, comme c’était un collège privé, on n’a guère apprécié la chose… », dit-il en riant.

     

    Le jeune professeur met par la suite du temps avant de se replacer, profitant d’une année de chômage forcé pour achever son mémoire de maîtrise. Finalement, en 1983, le Collège de L’Assomption l’embauche ; il passera 30 ans à enseigner d’abord la religion puis la philosophie. « Mais, comme la théologie et la philosophie sont deux disciplines différentes, je suis retourné aux études afin d’obtenir un certificat », ajoute-t-il.

     

    « Je vous raconte tout cela pour illustrer à quel point le “ sort ” peut parfois se venger, lance-t-il en riant. Moi qui avais lâché deux fois l’école, voilà que je n’ai quasiment plus jamais cessé d’étudier ! »

     

    Comment débattre entre collègues

     

    Mais le « sort » n’en avait pas fini avec lui pour autant ! C’est ainsi que, au début des années 2000, Luc Desautels tombe sur un article du Devoir qui présente la Chaire d’éthique appliquée de l’Université de Sherbrooke que vient de fonder Jean-François Malherbe. « Cet article a tant piqué ma curiosité que j’ai sollicité un rendez-vous avec le prof Malherbe, raconte M. Desautels. Et c’est ainsi que je me suis inscrit au doctorat en philosophie, dans le but de réfléchir aux enjeux éthiques de ma profession. »

     

    Dans le cadre de ce doctorat, il cherche à voir ce qui motive les étudiants de philosophie à suivre attentivement (ou non) leurs cours. « J’ai mené une enquête dans 13 collèges publics et privés, auprès de 600 étudiants, précise-t-il. J’en suis venu à observer que ce qui motive le plus les étudiants, ce sont les liens qu’ils perçoivent entre la matière enseignée et leur vie. Autrement dit : plus un étudiant se sent engagé dans le processus d’apprentissage, plus il se montre intéressé et meilleurs sont ses résultats. Bref : moins d’enseignement magistral et davantage d’enseignement participatif. »

     

    Luc Desautels obtient son doctorat en 2005, à l’âge de 52 ans. « C’est dire que ce n’est que dans le dernier tiers de ma carrière que je me suis vraiment engagé en recherche », souligne-t-il.

     

    Son « sort » l’amène ensuite à croiser la route de Christiane Gohier, chercheuse au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante de l’Université du Québec. De concert avec celle-ci et avec sa directrice de thèse (France Jutras, de l’Université de Sherbrooke), il explore à présent les problèmes éthiques rencontrés par les professeurs de cégep.

     

    Comme exemple de problème éthique, il cite le cas d’un étudiant qui, ayant de sérieuses difficultés d’élocution, se serait inscrit dans un programme où l’une des compétences à développer est l’animation de discussions en groupe. « Que fait-on dans un tel cas quand vient le temps de l’évaluation ? », demande-t-il.

     

    « Notre première recherche nous a permis de constater que ce qui préoccupe le plus les profs de cégep, c’est justement la relation avec les étudiants — en particulier les cas difficiles d’évaluation des apprentissages — ainsi que les relations entre collègues : que fait-on avec les cas difficiles ? »

     

    Le trio de chercheurs tente à présent de voir comment les enseignants discutent entre eux des enjeux éthiques, et ce, afin de cerner les meilleures pratiques.

     

    « Nous avons observé des “ conditions gagnantes ” pour discuter de problèmes éthiques », rapporte le chercheur. Il s’avère ainsi que la composition du groupe est un facteur déterminant : le fait que les professeurs proviennent de différents programmes et de plusieurs cégeps et qu’ils soient d’âge varié favorise nettement les échanges. « Discuter entre collègues d’un même département peut poser des difficultés, puisqu’il y a parfois des clans et des “ cas problèmes ” », relate M. Desautels. Par contre, discuter au sein d’un groupe diversifié offre un lieu neutre où on a de meilleures chances d’éviter les « guéguerres de clocher » et les conflits de personnalité. Ne s’agirait-il pas là d’un constat qui pourrait s’appliquer à bien d’autres milieux de travail ?













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