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    Prix Léo-Pariseau

    L’ovule au coeur des préoccupations

    25 octobre 2014 | Marie-Hélène Alarie - Collaboratrice | Science et technologie
    Ces jours-ci débutera une étude clinique pancanadienne afin de déterminer pourquoi la fécondation in vitro chez la femme ne fonctionne qu’une fois sur trois.
    Photo: Alain Jocard Agence France-Presse Ces jours-ci débutera une étude clinique pancanadienne afin de déterminer pourquoi la fécondation in vitro chez la femme ne fonctionne qu’une fois sur trois.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Sa carrière est lancée avec la naissance de neuf veaux-éprouvettes. C’était il y a 30 ans. Depuis, la fécondation de l’ovule et le développement embryonnaire sont au coeur des recherches de Marc-André Sirard. Veaux, vaches et cochons, c’est bien beau, et si ces recherches s’appliquaient à la fertilité de la femme ? Incursion dans le monde de l’ovule.


    « L’important, c’est l’ovule ! » Marc-André Sirard le répétera plusieurs fois durant l’entrevue. Ici, on parle autant de l’ovule de la vache que de celui de la femme. Le parcours de Marc-André Sirard oscille entre les deux. Après des études en médecine vétérinaire, il fait son doctorat en fécondation in vitro humaine, tout en défendant une thèse portant sur les bovins. Il obtient ensuite un poste dans une faculté d’agriculture, tout en souhaitant que ses recherches puissent trouver des applications chez l’humain.

     

    Commencer sa carrière en fabriquant neuf veaux-éprouvettes, c’est frapper un grand coup. C’est aussi l’idéal pour se faire remarquer, ce qui n’a pas été long pour le jeune professeur, qui sera agrégé en mode accéléré pour développer la Chaire de recherche Semex du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, le CRSNG : « Semex est un amalgame des centres d’insémination des vaches à travers le Canada. J’ai reçu un mandat de dix ans pour développer des technologies tant du côté mâle que femelle. » Finalement, tout a tellement bien fonctionné qu’en 2000 Semex et Marc-André Sirard ont reçu le prix canadien Synergie pour l’innovation.

     

    En 1995, le Dr Sirard fonde le Centre de recherche en reproduction, une conséquence de l’expérience des dix années précédentes : « Après mon postdoctorat, j’ai recruté des chercheurs intéressés par les nouvelles technologies de la fécondation in vitro. Avec l’appui de l’équipe de gynécologie du Centre hospitalier de l’Université Laval, on était en mesure de former un petit centre de recherche à Québec. Le centre a grossi jusqu’à devenir un des plus grands au Canada. » Le moment était bien choisi, puisque rallier médecine humaine et médecine vétérinaire facilitera grandement la recherche.

     

    L’impact de l’environnement

     

    Pour Marc-André Sirard arrive en 2008 la direction du réseau stratégique du CRSNG, EmbryoGENE : « C’est une grande étape, parce que c’est ici qu’on a réussi à fédérer tous les gens intéressés par la génomique et l’épigénomique, qui devient aujourd’hui presque mon principal sujet de travail. Et qu’est-ce que cet épigénomique ? Ce sont tous les effets de l’environnement sur notre santé et sur la santé de nos enfants. Il y a dix ans à peine, on ignorait encore que l’environnement et notre style de vie avaient de l’influence sur la santé de la génération suivante. Ce qui est vrai tant chez les animaux que chez l’humain. » Ce réseau réunit plus de 20 chercheurs, 7 universités et 8 entreprises. C’est en utilisant le modèle bovin et porcin qu’on a cherché à comprendre et à minimiser les conséquences des technologies de la reproduction in vitro. « On a découvert que l’embryon qui a passé une semaine in vitro n’aime pas ça et s’en souvient ! Ça ne signifie pas que tous les enfants ou les animaux sont tous malades, mais il y a des précautions à prendre pour minimiser les effets. »

     

    C’est en 2001 que le Dr Sirard obtient la première chaire de reproduction au Canada, la Chaire de recherche du Canada en génomique de la reproduction. Cette nomination vient récompenser les travaux qu’il a amorcés cinq ans plus tôt au centre de recherche. Rapidement, on se rend compte que, pour comprendre l’ovule, on a besoin d’un outil puissant, comme l’amplification des gènes. Grâce à cet outil, il ne faut plus maintenant que cinq ovules pour interroger 25 000 gènes, alors qu’auparavant il fallait 5000 ovules pour une analyse sommaire de leurs protéines. Rappelons que nous sommes au début des années 2000, une époque où, dans les médias, on commence à peine à entendre parler de génome et de génomique…

     

    Puis, au fil des ans, des découvertes faites dans le cadre d’EmbryoGENE viennent nourrir les recherches de cette chaire : « Claude Robert, un jeune chercheur, a développé dans le réseau EmbryoGENE des outils moléculaires qui nous permettent d’étudier le génome des embryons. Il y a le monde de la souris avec lequel nous sommes en compétition, mais, dans le monde des gros animaux et de l’humain, on peut affirmer que nous sommes en avance. Les gens ne s’aperçoivent pas à quel point le fonctionnement des ovules et des ovaires d’une vache ressemble à celui d’une femme. » Sauf que, contrairement à la femme, la vache, elle, n’est jamais ménopausée.

     

    Les mystères de la fécondation in vitro

     

    En 30 ans de recherches sur l’ovule, Marc-André Sirard, tout en tentant d’en améliorer la qualité, a cherché à savoir pourquoi les ovules ne sont pas toujours viables, que ce soit chez la vache ou chez la femme. Ces jours-ci débutera une étude clinique pancanadienne afin de déterminer pourquoi la fécondation in vitro chez la femme ne fonctionne qu’une fois sur trois : « Il n’y a pas beaucoup de pratiques médicales où on peut se contenter d’un taux de réussite de 33 % ! Les médecins n’ont pas suffisamment d’outils pour déterminer pourquoi la fécondation n’a pas fonctionné. Ce qu’on propose, c’est de récupérer des cellules qui cohabitent avec l’ovule. Ces cellules nous donnent de l’information sur l’environnement dans lequel se trouvait l’ovule. On cherchera à savoir si on a donné trop d’hormones, si on a induit l’ovulation trop tôt ou trop tard pour ainsi aider le médecin à ajuster son traitement. »

     

    « Les organes ont tous les mêmes structures, la même fonction et la même origine, qu’on soit animal ou homme. Si l’homme tire clairement la frontière entre l’animal et lui, en biologie ce n’est pas aussi évident. Tous les gènes sont présents et tous les morceaux sont les mêmes, souvent c’est la régulation qui diffère. Par exemple et en simplifiant énormément, on peut dire que notre cerveau n’a rien de plus que celui d’un animal, mais, plutôt que d’arrêter de se développer, il continue à le faire. » Pour Marc-André Sirard, les animaux « sont un modèle extraordinaire pour nous rappeler qu’on est… des animaux. On se croit supérieur, mais on s’aperçoit que nous sommes des machines biologiques, mais des machines quand même. Quand on étudie les animaux, on se comprend mieux et on apprend à faire la différence entre ce qui est l’effet de notre intelligence et ce qui est programmé. On devient aussi plus conscient de l’influence de notre environnement. » Bref, la biologie contrôle à peu près tout et le reste n’est qu’illusion…

    Ces jours-ci débutera une étude clinique pancanadienne afin de déterminer pourquoi la fécondation in vitro chez la femme ne fonctionne qu’une fois sur trois. Le chercheur Marc-André Sirard












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