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Technologie: Pour une véritable société branchée

Mon cher Mario. Tu permets le tutoiement? Remarque, c'est un grand privilège ici, au Québec, que l'on tutoie ses hommes politiques. Le dernier à voir eu cet honneur, c'est René. Même M. Bourassa n'a jamais eu cet honneur. Et pourtant, tu en es le clone quasi-identique.

Bref, mon cher Mario, suite à ta victoire de lundi dernier, tu nous as bien dit que les prochains mois seraient une occasion pour toi et ton équipe d'enrichir le programme de ton parti pour présenter de véritables choix aux hommes et aux femmes du Québec. Permets-moi donc, en toute modestie — une fois n'est pas coutume — de t'exposer ce que pourrait être une véritable vision d'un Québec branché et innovateur.

Dès le départ, je me dois de te féliciter. Alors que ton site Internet est un modèle de clarté et de simplicité (le lien vers ton programme est indiqué dès notre arrivée dans la page d'accueil), ceux de tes amis des "vieux partis", bien que visuellement agréables à l'oeil, n'offrent pas du tout d'interactivité avec les internautes. Toi, tu réussis à me surprendre avec le portail ADQ, un "blogue" (ou un cybercarnet), oui, un "blogue" où toute la communauté des adéquistes se retrouve et échange. Commentaires, opinions, débats, calendrier des activités : on sent que ça bouge et que c'est dynamique. Et que surtout, ton parti et ses organisateurs ont compris ce qu'était le médium Internet. Quand aux "vieux partis"É, chut ! ne les réveillons surtout pas. Comme le disent nos amis du sud, "the lights are on, but nobody's home".

Un gouvernement branché modèle
Être un gouvernement modèle branché, ce n'est pas seulement se contenter de faire un site qui "pousse" de l'information vers les citoyens, malgré toute la pertinence des renseignements mis en ligne actuellement. Les nouvelles technologies permettent d'aller beaucoup plus loin, et de nombreux gouvernements de par le monde ont compris que celles-ci permettaient de sauver de l'argent, tout en étant au service du citoyen.

Comprends-tu Mario, comment se fait-il que nous ne puissions pas encore renouveler notre permis de conduire par Internet ? Cela me dépasse. Et ce n'est qu'un exemple de services qu'un gouvernement branché modèle pourrait offrir à ses citoyens. Être au service du citoyen, me semble que c'est la mission première d'un gouvernement, non ? Regarde du côté du fédéral et son "gouvernement en ligne", et redonnons à César ce qui lui appartient. Tu as là un bon exemple, malgré plusieurs lacunes, de ce que pourrait être un gouvernement branché modèle.
Mais tu sais Mario, tu pourrais pousser encore plus loin le concept de gouvernement modèle. Que dirais-tu, en plus d'être véritablement au service des citoyens dans Internet, de te servir du médium pour être à l'écoute de ceux-ci comme jamais un gouvernement ne l'a été ? Tu as déjà compris, avec ton portail ADQ et son blogue, que l'apport de la communauté est essentiel. Pourquoi ne pas pousser encore plus loin le concept avec un véritable forum permanent de la démocratie ou les citoyens pourraient s'exprimer sur tous les sujets les concernant ? Que quelques fonctionnaires par ministère puissent être assignés à répondre et à échanger avec les citoyens. Avoue que cela est beaucoup mieux et plus participatif qu'un simple "écrivez-nous" au bas d'une page Web. D'autant plus qu'on ne sait jamais si notre missive ne tombera pas dans la grande poubelle virtuelle. Et de plus, avec un forum de la démocratie, pour le personnel politique et les ministres, y a-t-il une meilleure façon de prendre le pouls de la population et d'être à l'écoute de celle-ci ? En plus, on économise sur les frais de lobbyistes.

Halte au chantage logiciel
Alors que de nombreux gouvernements sur cette planète accordent toute la crédibilité voulue au mouvement des logiciels à code source libre (Open Source), au Québec, nous en sommes encore à nous applaventrir devant les éditeurs de logiciels à code propriétaire, toujours prêts à se soumettre à leurs diktats, leur licence restrictive, ainsi qu'à leur politique de prix.
La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Chine ainsi que plusieurs autres gouvernements ont compris qu'ils devraient commencer à intégrer le logiciel libre dans leurs opérations "tant pour des raisons de budget et de sécurité que d'indépendance stratégique".

Et ne laisse surtout pas les gourous technocrates t'aveugler par leur techno-jargon en te disant que l'Open Source nuit à l'innovation et que les progiciels disponibles sont de moindre qualité. Linux, OpenOffice, Mozilla : les exemples de logiciels aussi performants que leur contrepartie commerciale sont nombreux. Même ton blogue est un logiciel à code source libre. De plus, ne les laisse pas t'asticoter en arguant qu'il n'y a pas d'argent à faire avec du logiciel à code source libre.

Bien au contraire, imagine qu'au lieu d'envoyer des montants colossaux chez les éditeurs de logiciels à code source propriétaire, tu décides de normaliser avec des logiciels libres : en plus d'économiser, tu pourrais te permettre de reverser une partie de l'argent ainsi sauvé à des sociétés d'ici pour qu'elles puissent adapter ces logiciels à tes besoins particuliers. Bref, tu ferais travailler tes citoyens, et non pas ceux d'outre-frontières, et en plus, une fois les modifications et les enrichissements faits aux progiciels, le produit pourrait être reversé à ta communauté. C'est cela l'Open Source. Et c'est cela l'innovation.

La Cité du multimédia : le Québec au complet
Ne nous leurrons pas Mario. Depuis l'éclatement de la bulle Internet, les entreprises aux plana d'affaires farfelus, qui pensent à acheter des chaises design à 1000 $ pièce avant même la première vente, Dieu merci, c'est maintenant chose du passé. Un nouveau modèle se profile à l'horizon pour les sociétés oeuvrant dans le domaine des NTIC. "Small is beautiful". Mais malheureusement, une fenêtre s'est fermée, et les projets de Montréal technopole des NTIC au même titre que Silicon Valley ou la région de Boston, il faut oublier cela.

La Cité du multimédia, cet environnement artificiel dont les tarifs d'occupation suffiraient à mettre en faillite un Rockefeller, n'eut été des subventions généreuses, n'a jamais réussi à attirer les entreprises d'ailleurs. Ubisoft ? Pas folle Ubisoft, elle n'est pas du tout établie dans la Cité, et ses dirigeants ne sont pas chauds pour y déménager.

Tout ce que l'on a réussi à faire avec ce programme, c'est un "grand dérangement" d'entreprises qui auraient très bien pu continuer à croître là où elles étaient, tout en créant le même nombre d'emplois ou presque. Mais évidemment, politiquement, ça paraît très bien de venir couper des rubans dans des belles briques toutes rénovées. Si on m'avait dit que le projet de Cité était avant tout un projet immobilierÉ

Et c'est reparti de la même façon pour la Cité du commerce électronique : des 2600 emplois qui devaient potentiellement voir le jour, il faudra mettre une croix sur plus de 700 d'entre eux. La firme qui devait créer ceux-ci, Ideas & Associates, vient de remercier ses 14 employés moins d'un mois après l'annonce en grande pompe par Jean-Bernard.

Alors, on fait quoi ? Du béton et de la brique encore une fois ? Pourquoi ne pas être visionnaire et se dire que dans un pays où les réseaux haute vitesse sont disponibles dans presque toutes les villes de moyenne importance, la Cité du multimédia ne serait pas la province au complet. Cessons de concevoir le tout en béton, et pensons dès le départ emplois et innovations. Une ville technopole ? Non, le pays est la technopole, de Gaspé à Rouyn, en passant par Montréal. Et que l'on cesse de penser béton et subventions. Et que l'on donne plutôt des outils pratiques comme la haute vitesse partout et des crédits à la recherche et à l'innovation.

Lobby subventionné
En passant, puisque l'on cause d'emplois et d'entreprises, faudrait bien revoir cette monstruosité d'avoir un lobby des entreprises oeuvrant en NTIC subventionné par le gouvernement. Un lobby subventionné par des fonds publics ? Toc toc ! Un nouveau concept plutôt novateur, ça. Si l'industrie n'est pas capable de se prendre en mains elle-même, il y a comme un problème, non ? Elle est où son indépendance dans tout ça ?

Tu vois Mario, juste en faisant tout cela, tu réussirais à faire du Québec une véritable société branchée. Et pourtant, il y a plein d'autres idées sur lesquelles réfléchir, plein d'autres projets à mettre en oeuvre. Je ne t'ai pas parlé d'un projet d'établir dans la Cité du commerce électronique, ou n'importe où au Québec, un clearinghouse mondial des taxes et des douanes.
Ou encore d’éducation. Ou d’un réseau de veille intégré, un genre de " think thank " québécois.

NTIC et éducation
Tiens, laisse moi te citer un des visionnaires québécois, Clément Laberge, sur l’éducation et les NTIC, dans un texte publié dans le Bulletin d'information de la Fédération des
Syndicats de l'Enseignements :
" Nous avons un énorme défi à relever dans les prochaines années : trouver une façon d'allier les nouvelles technologies et la réforme des programmes. Le contexte est idéal — les nouvelles technologies sont des outils merveilleux pour favoriser des changements, pour soutenir de nouvelles pratiques et pour faciliter la collaboration entre les acteurs d'un changement d'une telle envergure. Malheureusement, nos réalisations des cinq dernières années, dans le cadre du Plan Marois ne nous seront pas d'un très grand secours pour relever ce défi. "

" Certains vous diront que pour y arriver, nous aurons besoin de plus d'ordinateurs, de processeurs plus puissants, de favoriser une marque de commerce ou une autre — Windows, Mac ou Linux. Peut-être cela a-t-il une certaine importance, mais je crois plutôt que c'est de visionnaires et de leaders dont nous aurons le plus dramatiquement besoin. De gens pour nous aider à comprendre concrètement le potentiel de ces technologies et la nécessité d'en faire usage ; des gens pour nous stimuler et nous guider dans les exigences que cela pourra comporter. "

" Des gens qui comprennent que s'il est fondamental que des enseignants sachent que le maintien de notre régime démocratique exige que les enfants maîtrisent certaines technologies, il est totalement dépourvu intérêt, pour eux, de savoir de combien d'ordinateurs disposent les écoles ontariennes, californiennes ou françaises. "

" Où en sommes-nous après cinq ans d'implantation des nouvelles technologies dans les écoles du Québec ? Probablement aussi loin que pouvait nous amener une opération planifiée et dirigée par des bureaucrates, aussi bien intentionnés soient-ils. Rien n'est perdu et la situation n'est pas dramatique, mais les progrès sont insuffisants là où
ils comptent le plus : aux mains des élèves. "

" Il est temps de remercier ceux et celles qui nous ont accompagnés au cours des cinq dernières années et de demander que soit confiée aux enseignants la seconde étape de l'implantation des nouvelles technologies dans les écoles — celle au terme de laquelle l'école ne sera plus jamais comme avant. "

" Au cours de cette seconde étape, il faudra faire davantage confiance aux jeunes — aux plus brillants et aux plus lucides — afin qu'ils nous aident à comprendre leurs technologies et ce qu'elles provoquent comme changements dans les rapports qu'ils entretiennent avec la connaissance et avec l'apprentissage. "

" S'il est vrai que nous faisons tout ça POUR eux, il faudra le faire AVEC eux. Cinq ans plus tard, il faut bien admettre que cela a jusqu'à présent été notre plus grand oubli. "

Un " think thank " québécois
Je ne sais si cela t’a été dit, mais de plus en plus, pour être compétitif à l’échelle planétaire, la mise en place d’un réseau de veille intégré à large bande au Québec s’impose. Un type comme Michel Cartier, un apôtre de la veille technologique a bien essayé, au terme de plusieurs rencontres avec les différentes instances gouvernementales, d’instaurer un tel réseau. Mais en vain. Il semble que pour Cartier, il soit plus facile de conseiller l’Élysée, à Paris, où il a été reçu avec les honneurs, que le Parlement québécois. Nul n’est prophète en son pays.

Pourtant, d’autres gouvernements ont mis en place de tels réseaux de veille, avec succès. Par exemple, Tony Blair, le premier ministre d’Angleterre a bien compris les avantages de la veille technologique, pour faire que son pays demeure concurrentiel à l’échelle mondiale, et ce, dans plusieurs domaines : éducation, affaires, etc. La veille n’est pas miraculeuse, elle n’impose pas de solutions toutes faites, mais elle permet de prévoir, d’accuser le coup quelquefois, et de réajuster le tir. Comme tu le vois, la mise en place d’un réseau de veille intégré à large bande serait tout à fait dans l’intérêt du Québec.

La culture comme dénominateur
Même la culture a sa place sur l’échiquier des NTIC. À partir de ce concept que sont les maisons de la culture, que dirais-tu d’étendre ce concept et d’être le premier gouvernement qui mettrait en place un réseau de maisons de la culture numérique.

Car vois-tu, les villes numériques de demain pourront être regroupées autour d'un dénominateur commun, et ce dénominateur, c'est la culture. La francophonie, pour s'imposer dans un monde lui aussi, tout numérique, et résister aux attaques de la culture McDonald anglo-saxonne, devra miser sur sa culture. Cette culture numérique, elle existe et est bien vivante dans toute la francophonie, qu'elle sorte de l'environnement architectural kafkaïen de la Cité du Multimédia montréalaise, de Rouyn-Noranda, de Paris ou de Bourges.

Partout, ces artistes qui exploitent en partie ou en tout l'univers numérique, auront besoin de lieu où s'exprimer.

Il suffit d'une simple volonté politique concertée pour que la francophonie s'unisse et décide de fonder une seule maison de la culture, un lieu virtuel, ou se grefferont des succursales bien réelles ou les artistes de toutes les régions de la francophonie pourront s'exprimer, et où le public de toutes ces régions pourront non seulement assister aux performances de ceux-ci, mais aussi, idéalement, s'emparer eux-mêmes de ces outils numériques.. Des succursales où il sera permis de regarder de Chicoutimi, des artistes performant simultanément et en temps réel, à Nice et Ouagadougou.

Des lieux ou un citoyen de Bourges ou de Québec pourra contempler des oeuvres de francophones de San Francisco, assister à la lecture d'un poète bruxellois, "emprunter un cédérom culturel" de la succursale de Paris ou tout simplement naviguer dans l'univers de créateurs francophones de Saint Boniface, au Manitoba. Qui sait si, et qu'il nous soit permis de rêver, si le grand spectacle annuel du Festival de jazz international de Montréal, ce cadeau offert aux Montréalais et qui rassemble depuis toujours des centaines de milliers de spectateurs, ne pourrait pas être soudainement un événement planétaire, dans un environnement optimal, celui d'une maison de la culture culture numérique. Alors Mario, qu'attendons-nous pour créer, avec toute la francophonie, cette maison de la culture francophone?






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