50 ans après la découverte de l'ADN - Une seule molécule peut modifier les pratiques scientifiques
Les 4 et 5 décembre, les biologistes se donnent rendez-vous au Centre Mont-Royal pour échanger sur les récentes percées des principales biotechnologies et leurs enjeux éthiques. Ce 28e congrès annuel, organisé par l'Association des biologistes du Québec (ABQ), soulignera au passage le 50e anniversaire de la découverte de l'ADN.
La plupart des chercheurs québécois impliqués dans le domaine des biotechnologies appartiennent à l'Association des microbiologistes du Québec et s'intéressent davantage aux conférences scientifiques internationales qu'à celles données sur leur propre terrain.
Pour attirer les biotechnologistes à son 28e congrès annuel et — pourquoi pas — les recruter, l'ABQ leur a concocté un événement sur mesure, autour du thème «Les biotechnologies,
50 ans après la découverte de l'ADN», en collaboration avec l'Université du Québec à Montréal (UQAM).
Des outils pour tous
«Seuls 5 % des mem- bres de l'ABQ oeuvrent dans le domaine des biotechnologies, même s'il s'agit d'un champ important de la biologie, observe Pierre Yves Robidoux de l'Institut de recherche en biotechnologie-CNRC et coprésident du congrès. Les membres sont traditionnellement impliqués dans des sphères conventionnelles de la biologie telles que l'écologie, la toxicologie ou l'environnement.» Toutefois, précise celui dont les principales activités portent sur la toxicologie environnementale, les nouvelles biotechnologies représentent un intérêt certain pour l'ensemble des biologistes, qui intègrent de plus en plus les outils moléculaires à leurs travaux. «Les nouvelles biotechnologies influenceront assurément notre choix d'outils d'analyse et nos objectifs de recherche et d'évaluation pour atteindre une efficacité et une meilleure compréhension des mécanismes.»
Bien qu'il ne s'attende pas à ce que des annonces révolutionnaires viennent pimenter le congrès, Pierre Yves Robidoux insiste sur le fait que ce sera là l'occasion pour les chercheurs de prendre le pouls des derniers développements en matière de biotechnologies. «Le congrès s'adresse à des gens qui n'ont pas nécessairement de "background" en biologie moléculaire. Il se veut relativement général tout en étant assez précis pour intéresser les chercheurs qui oeuvrent dans le domaine.» Et, heureux hasard, on célèbre cette année le 50e anniversaire de la découverte de la structure de l'ADN.
La conférence d'ouverture de Tom Hudson, directeur du Centre de génomique de Montréal, portera d'ailleurs sur ce sujet. «Le congrès ne tournera pas essentiellement autour de cet anniversaire, précise M. Robidoux. On veut présenter les quatre différents aspects des biotechnologies selon quatre grands thèmes — les biotechnologies médicales, agroalimentaires, végétales et environnementales. On a aussi ajouté une partie sur la bioéthique, sous forme de panel.» Autre coïncidence, la Commission de l'éthique de la science et de la technologie prévoyait lancer en décembre un avis officiel sur les enjeux éthiques des OGM. Le jeudi 4 décembre sur l'heure du dîner, le docteur Édith Deleury, membre de la Commission, profitera de l'événement pour faire connaître la teneur de cet avis aux chercheurs et aux médias.
Un programme ambitieux
Une quarantaine de conférenciers prendront la parole au cours des deux journées de congrès. On entendra entre autres le directeur du département d'infectiologie à l'Université Laval, Michel Bergeron, faire état de sa technique révolutionnaire pour identifier une source d'infection virale à partir de tests à base d'ADN. La directrice de l'Institut du cancer de l'Université de Montréal, Anne-Marie Mes-Mason, s'attardera au diagnostic personnalisé chez les patients atteints du cancer. Barbara Bisakowski, du CRDA, se penchera sur la production des arômes naturels en isolant les gènes responsables.
Jacques Galipeau, de l'Institut Lady Davis, entretiendra quant à lui l'assemblée à propos de la production de porcs transgéniques. «Il y a énormément de recherche sur les porcs à cause des xénogreffes, remarque Éric Rassart, coprésident du congrès et professeur au département de sciences biologiques à l'UQAM. Il n'y a pas suffisamment de gens qui donnent leurs organes pour les greffes, ce qui fait qu'on est en train de considérer des animaux dont la taille des organes s'apparente à celle de l'humain. Le porc demeure différent sauf si on le modifie petit à petit pour le rendre plus compatible, d'où l'intérêt de faire des porcs transgéniques.» Il s'agit donc ici de biotechnologie médicale et non de biotechnologie agroalimentaire. «Le but de la manipulation génétique n'est pas de produire de la viande de porc de meilleure qualité!», insiste Éric Rassart.
Manipulations génétiques
En somme, toutes les biotechnologies passent par la manipulation de l'ADN, d'où le titre du congrès. Parmi les exemples les plus concluants, il y a la fameuse chèvre-araignée. «En insérant dans le génome de la chèvre un gène qui code pour la protéine du fil d'araignée, on arrive à lui en faire produire dans son lait», illustre M. Rassart.
Il faut dire aussi qu'entre biologie moléculaire et biotechnologie, les frontières ne sont pas claires. «Les gens ont tendance à considérer les biotechnologies comme un fourre-tout!», remarque le professeur. La définition qu'il en donne demeure fort simple: l'utilisation d'organismes vivants à des fins de production de biens et services utiles à l'humain.
Dans ce cas, faut-il avoir peur des biotechnologies, comme le suggèrent certains philosophes dont Francis Fukuyama, auteur du livre La fin de l'homme: les conséquences de la révolution biotechnique, aux Éditions de La Table ronde? À cette interrogation, les deux coprésidents répondent que tout est une question de contrôle et de connaissance.
«Il faut les considérer avec objectivité et reconnaître le progrès», dit Éric Rassart. «Elles sont bonnes ou mauvaises, selon le point de vue où on se place, croit pour sa part Pierre Yves Robidoux. Le clonage est une chose, l'utilisation des biotechnologies dans nos activités de recherche en est une autre.» En ce sens, dit-il, la bioéthique suscite l'intérêt même si on ne la saisit pas toujours très bien. L'atelier du vendredi regroupera des biologistes, mais aussi des spécialistes du droit, de la théologie
et de la philosophie. Le débat sera lancé.
Le congrès sera peut-être aussi l'occasion pour les biologistes québécois de constater que, malgré les moyens restreints des centres de recherche et la taille réduite des équipes, ils n'ont surtout pas à rougir des avancées de leurs recherches.
«On est en avance sur certains points, note Pierre Yves Robidoux. On travaille à petite échelle, mais on n'a rien à envier aux autres. On fait beaucoup avec peu, on utilise le même genre d'outils et notre travail est aussi intéressant que celui des Américains et des Européens.» À bon entendeur!
La plupart des chercheurs québécois impliqués dans le domaine des biotechnologies appartiennent à l'Association des microbiologistes du Québec et s'intéressent davantage aux conférences scientifiques internationales qu'à celles données sur leur propre terrain.
Pour attirer les biotechnologistes à son 28e congrès annuel et — pourquoi pas — les recruter, l'ABQ leur a concocté un événement sur mesure, autour du thème «Les biotechnologies,
50 ans après la découverte de l'ADN», en collaboration avec l'Université du Québec à Montréal (UQAM).
Des outils pour tous
«Seuls 5 % des mem- bres de l'ABQ oeuvrent dans le domaine des biotechnologies, même s'il s'agit d'un champ important de la biologie, observe Pierre Yves Robidoux de l'Institut de recherche en biotechnologie-CNRC et coprésident du congrès. Les membres sont traditionnellement impliqués dans des sphères conventionnelles de la biologie telles que l'écologie, la toxicologie ou l'environnement.» Toutefois, précise celui dont les principales activités portent sur la toxicologie environnementale, les nouvelles biotechnologies représentent un intérêt certain pour l'ensemble des biologistes, qui intègrent de plus en plus les outils moléculaires à leurs travaux. «Les nouvelles biotechnologies influenceront assurément notre choix d'outils d'analyse et nos objectifs de recherche et d'évaluation pour atteindre une efficacité et une meilleure compréhension des mécanismes.»
Bien qu'il ne s'attende pas à ce que des annonces révolutionnaires viennent pimenter le congrès, Pierre Yves Robidoux insiste sur le fait que ce sera là l'occasion pour les chercheurs de prendre le pouls des derniers développements en matière de biotechnologies. «Le congrès s'adresse à des gens qui n'ont pas nécessairement de "background" en biologie moléculaire. Il se veut relativement général tout en étant assez précis pour intéresser les chercheurs qui oeuvrent dans le domaine.» Et, heureux hasard, on célèbre cette année le 50e anniversaire de la découverte de la structure de l'ADN.
La conférence d'ouverture de Tom Hudson, directeur du Centre de génomique de Montréal, portera d'ailleurs sur ce sujet. «Le congrès ne tournera pas essentiellement autour de cet anniversaire, précise M. Robidoux. On veut présenter les quatre différents aspects des biotechnologies selon quatre grands thèmes — les biotechnologies médicales, agroalimentaires, végétales et environnementales. On a aussi ajouté une partie sur la bioéthique, sous forme de panel.» Autre coïncidence, la Commission de l'éthique de la science et de la technologie prévoyait lancer en décembre un avis officiel sur les enjeux éthiques des OGM. Le jeudi 4 décembre sur l'heure du dîner, le docteur Édith Deleury, membre de la Commission, profitera de l'événement pour faire connaître la teneur de cet avis aux chercheurs et aux médias.
Un programme ambitieux
Une quarantaine de conférenciers prendront la parole au cours des deux journées de congrès. On entendra entre autres le directeur du département d'infectiologie à l'Université Laval, Michel Bergeron, faire état de sa technique révolutionnaire pour identifier une source d'infection virale à partir de tests à base d'ADN. La directrice de l'Institut du cancer de l'Université de Montréal, Anne-Marie Mes-Mason, s'attardera au diagnostic personnalisé chez les patients atteints du cancer. Barbara Bisakowski, du CRDA, se penchera sur la production des arômes naturels en isolant les gènes responsables.
Jacques Galipeau, de l'Institut Lady Davis, entretiendra quant à lui l'assemblée à propos de la production de porcs transgéniques. «Il y a énormément de recherche sur les porcs à cause des xénogreffes, remarque Éric Rassart, coprésident du congrès et professeur au département de sciences biologiques à l'UQAM. Il n'y a pas suffisamment de gens qui donnent leurs organes pour les greffes, ce qui fait qu'on est en train de considérer des animaux dont la taille des organes s'apparente à celle de l'humain. Le porc demeure différent sauf si on le modifie petit à petit pour le rendre plus compatible, d'où l'intérêt de faire des porcs transgéniques.» Il s'agit donc ici de biotechnologie médicale et non de biotechnologie agroalimentaire. «Le but de la manipulation génétique n'est pas de produire de la viande de porc de meilleure qualité!», insiste Éric Rassart.
Manipulations génétiques
En somme, toutes les biotechnologies passent par la manipulation de l'ADN, d'où le titre du congrès. Parmi les exemples les plus concluants, il y a la fameuse chèvre-araignée. «En insérant dans le génome de la chèvre un gène qui code pour la protéine du fil d'araignée, on arrive à lui en faire produire dans son lait», illustre M. Rassart.
Il faut dire aussi qu'entre biologie moléculaire et biotechnologie, les frontières ne sont pas claires. «Les gens ont tendance à considérer les biotechnologies comme un fourre-tout!», remarque le professeur. La définition qu'il en donne demeure fort simple: l'utilisation d'organismes vivants à des fins de production de biens et services utiles à l'humain.
Dans ce cas, faut-il avoir peur des biotechnologies, comme le suggèrent certains philosophes dont Francis Fukuyama, auteur du livre La fin de l'homme: les conséquences de la révolution biotechnique, aux Éditions de La Table ronde? À cette interrogation, les deux coprésidents répondent que tout est une question de contrôle et de connaissance.
«Il faut les considérer avec objectivité et reconnaître le progrès», dit Éric Rassart. «Elles sont bonnes ou mauvaises, selon le point de vue où on se place, croit pour sa part Pierre Yves Robidoux. Le clonage est une chose, l'utilisation des biotechnologies dans nos activités de recherche en est une autre.» En ce sens, dit-il, la bioéthique suscite l'intérêt même si on ne la saisit pas toujours très bien. L'atelier du vendredi regroupera des biologistes, mais aussi des spécialistes du droit, de la théologie
et de la philosophie. Le débat sera lancé.
Le congrès sera peut-être aussi l'occasion pour les biologistes québécois de constater que, malgré les moyens restreints des centres de recherche et la taille réduite des équipes, ils n'ont surtout pas à rougir des avancées de leurs recherches.
«On est en avance sur certains points, note Pierre Yves Robidoux. On travaille à petite échelle, mais on n'a rien à envier aux autres. On fait beaucoup avec peu, on utilise le même genre d'outils et notre travail est aussi intéressant que celui des Américains et des Européens.» À bon entendeur!
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