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    À la découverte de la petite voix intérieure

    Une chercheuse de l’UQAM s’intéresse à la provenance de la parole qui se fait entendre en nous

    Lucile Rapin est spécialiste en sciences cognitives.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Lucile Rapin est spécialiste en sciences cognitives.

    On a tous une petite voix dans notre tête, une voix qui nous parle. Les scientifiques l’appellent la parole intérieure ou encore la parole silencieuse et imagée. Mais d’où vient-elle ? Quelle forme a-t-elle ? Quel est son rôle ? Pour la première fois, une équipe de chercheurs, dont Lucile Rapin, spécialiste en sciences cognitives et postdoctorante à l’UQAM, va tenter de caractériser cette voix qui permet de se parler à soi-même.

     

    Les scientifiques savent déjà, par contre, que la parole intérieure peut prendre différentes formes. En fait, il y a deux principaux types de voix en nous dont l’une est plus concrète et l’autre plus abstraite. « Quand on se dit, j’ai soif, j’ai envie d’aller boire une bière ou encore, je dois aller faire l’épicerie, il me manque du pain dans mon frigo, c’est une voix sur laquelle on a un contrôle et elle est volontaire. Mais la voix qu’on entend lorsqu’on a des pensées vagabondes avant de s’endormir, celle-là, on ne la contrôle pas », explique d’emblée Mme Rapin qui a récemment publié un article sur la question dans la revue Behavioural Brain Research.

     

    Formes variées

     

    Quelle que soit la forme qu’elle prend, cette parole intérieure est toujours la même, avec le même ton de notre voix, à moins qu’on décide nous-mêmes de la changer. « Le cerveau a priori est capable de générer une autre voix que la nôtre. La preuve, c’est qu’on est capables de générer les voix de nos proches, qui ne sont pas la nôtre », souligne la chercheuse qui a travaillé pendant quelques années avec les schizophrènes qui, eux, affirment entendre des voix qui ne sont pas la leur. « Nous, quand on se parle à nous-mêmes et même quand on a des pensées vagabondes, on va être capable de se dire, c’est notre voix. Le schizophrène, lui, aura une altération cérébrale qui fera en sorte qu’il ne sera plus capable de faire cette distinction. Il n’aura plus le contrôle de sa propre voix, il produira une voix qui lui donnera l’impression qu’elle est externe parce que son cerveau n’est plus capable de lui dire que la voix qu’il entend, c’est lui qui la produit. »

     

    Mais rassurez-vous, s’il vous arrive parfois d’entendre sonner votre téléphone sans que ce soit le cas ou encore d’avoir l’impression que quelqu’un crie votre nom dans la rue, mais qu’il n’y a personne, il n’y a rien d’alarmant. Il arrive à tout le monde d’avoir des hallucinations auditives sans nécessairement être atteint d’une maladie mentale. « Les gens sains d’esprit qui vont entendre des voix autres que la leur vont se dire “c’est dans ma tête” et vont poursuivre leur chemin, mais un schizophrène, encore une fois, ne sera pas en mesure de le faire », note Mme Rapin.

     

    Hallucinations auditives

     

    Au cours des prochaines années, la recherche pour caractériser la parole intérieure permettra tout de même de mieux expliquer notamment d’où viennent ces hallucinations auditives et ce qui se passe dans notre cerveau quand on a l’impression d’entendre une voix et notre propre voix.

     

    Avec ses confrères de l’Université de Grenoble en France, Mme Rapin effectuera des tests d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour mieux déterminer les régions activées du cerveau et utilisera un électroencéphalogramme pour mieux analyser la dynamique des réseaux cérébraux. À l’aide d’études de connectivité, les chercheurs pourront alors obtenir une image complète de la dynamique cérébrale liée à la parole intérieure. « On sait déjà que la parole intérieure active certaines régions cérébrales qui sont similaires à celles qu’on utilise quand on parle, mais il y a aussi l’activation de certaines régions du cerveau qui permettent l’inhibition et on pourra voir comment tous ces réseaux interagissent », indique-t-elle.

     

    À plus ou moins long terme, les chercheurs espèrent être en mesure d’aider et de mieux traiter les personnes atteintes de problèmes cognitifs et de troubles d’apprentissage. « On sait que la parole intérieure aide à la résolution de problèmes, au calcul mental, à la mémorisation, alors ça nous permettra de mieux traiter les gens en travaillant sur leur parole intérieure », avance Mme Rapin.

     

    D’ici là, il n’y a cependant pas de méthode magique pour mieux maîtriser notre parole intérieure qui peut parfois être fatigante. La lecture, la relaxation, le yoga peuvent toujours aider à vous changer les idées, mais cette parole est assez difficile à faire taire. Comme le souligne si bien Lucile Rapin : « C’est plus facile de la contrôler que de l’empêcher de se manifester. »













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