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    Mutations numériques

    «On ne subit pas l'avenir, on le fait»

    Photo: John Bazemore Associated Press

    Le numérique est partout dans notre vie. C’est devenu un cliché de le dire, tant tout, ou presque, est régi par le numérique. Comme Dieu, il est présent dans tout, dans le visible comme dans l’invisible. Comme Dieu, il voit tout. Nous ne pouvons échapper à son regard, comme nous l’ont montré les révélations d’Edward Snowden à propos de la surveillance des conversations téléphoniques exercée par les États-Unis.

     

    Ce numérique, on en découvre depuis quelques années les effets pervers. L’omnipuissance de ses outils a ouvert la porte au contrôle de notre vie, tantôt par des gouvernements intrusifs qui invoquent des raisons de sécurité, tantôt par de grands conglomérats, tels Apple et Google, au nom d’impératifs commerciaux. D’où les appels, de plus en plus insistants, à l’adoption d’un encadrement pour garantir le respect de notre vie privée.

     

    Mais qui donc aurait voulu s’opposer au pouvoir de l’imagination dont allait naître ce monde nouveau, et meilleur sans aucun doute, qui est le nôtre aujourd’hui ? Nous avons vécu une révolution tranquille, et nous n’avons pas toujours eu conscience des bouleversements qui allaient en résulter.

     

    Parce que cette révolution est loin d’être terminée et qu’elle nous rejoint tous dans notre vie, ne serait-il pas temps de réfléchir collectivement aux enjeux liés à toutes ces mutations, pour nous donner ce qui serait en quelque sorte ce plan numérique qu’appelait de ses voeux, à l’automne 2012, un groupe de treize acteurs du monde numérique ? Ils s’étonnaient que la société québécoise n’ait pas amorcé une telle démarche dans un esprit de prévoyance et de développement.

     

    Michel Cartier, un précurseur de la révolution numérique au Québec, résumait la démarche en quelques mots : « On ne subit pas l’avenir, on le fait ! » En d’autres mots, cessons d’être passifs. Avec ses collègues, il rappelait que la connectivité numérique est « un espace qui nous force à inventer une nouvelle façon de vivre ensemble ».

     

    L’appel lancé par le groupe des treize n’a pas été entendu. L’Institut de gouvernance numérique a repris le flambeau. Durant la dernière campagne électorale, il s’est joint à d’autres organismes pour lancer le manifeste Pour un Québec numérique libre et ouvert, accueilli aussi dans l’indifférence par la classe politique. Dans le cadre de ces élections, le Parti québécois préconisait la stratégie culturelle numérique destinée aux milieux culturels que venait tout juste d’adopter le gouvernement Marois. La Coalition avenir Québec proposait de faire émerger du Saint-Laurent une « vallée de l’innovation ». Le Parti libéral, pour sa part, n’avait pas de propositions. Dans son premier budget, le gouvernement Couillard a certes maintenu la stratégie culturelle numérique du gouvernement précédent, mais il a frappé durement le secteur du numérique, qui subit une diminution de 20 % des programmes de crédits d’impôt aux entreprises.

     

    Le numérique, c’est l’économie immatérielle. C’est le secteur de croissance qui progresse le plus. C’est un volume d’affaires de plus de 25 milliards de dollars au Québec. On peut penser, au gouvernement, que la réduction de 20 % des crédits d’impôt ne bridera pas cette croissance qui est portée par le désir de créer et d’innover. Mais elle ne la stimulera pas non plus.

     

    Pour témoigner de cet esprit créatif, Le Devoir est allé dans quelques universités québécoises et écoles spécialisées pour voir la place que prend le numérique dans la formation. Une aventure qui a commencé dès le début des années 1980, alors que l’UQAM a inscrit le multimédia dans ses programmes. Aujourd’hui, cela se passe à l’École des médias de la Faculté de communications de cette université, à l’Institut national de l’image et du son, à l’École des arts numériques, de l’animation et du design, dans les facultés de science et jusque dans les facultés de musique. On y prépare demain.

     
     
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