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Les mécanismes de l'effet placebo

Pauline Gravel   15 novembre 2003  Science et technologie
Plusieurs prétendent qu'il aurait un rôle à jouer dans l'efficacité de toutes les interventions thérapeutiques. Le pouvoir jusqu'à récemment insoupçonné de l'effet placebo fascine de plus en plus les scientifiques qui cherchent à identifier ses modalités d'expression et les modifications biologiques qu'il induit dans l'organisme.

À la demande de l'Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies (l'un des instituts de recherche en santé du Canada, IRSC), une équipe de chercheurs s'est constituée dans le but de comprendre l'effet placebo et d'en élucider les mécanismes sous-jacents, ainsi que les circonstances particulières qui mènent à son expression dans l'espoir d'améliorer la qualité des soins aux malades.

Les chercheurs qui désirent étudier de près l'effet placebo se butent toutefois à des règles d'éthique qui risquent de compliquer, voire de compromettre certaines de leurs expérimentations. Les lignes directrices édictées par les trois conseils de recherche du Canada stipulent que l'emploi de placebo dans le cadre d'études cliniques n'est pas acceptable lorsque d'autres médicaments ou traitements conventionnels sont disponibles. Un placebo ne peut être utilisé que si ceux-ci n'existent pas ou ne sont pas plus efficaces que le placebo, ou si le patient est réfractaire à ces médicaments.

D'aucuns soulignent le danger d'administrer un placebo à une personne dépressive qui pourrait peut-être se suicider si elle ne reçoit pas de traitement efficace.

Autre exigence éthique : le patient doit être informé de tout ce qu'il recevra ou subira au cours de l'étude. Mais certains chercheurs ont constaté que lorsque le sujet d'une étude clinique est prévenu qu'il risque de recevoir un placebo, l'effet placebo s'amenuise considérablement.

« Sans réellement mentir, nous manipulerons ce que nous dirons aux sujets de nos études, ou du moins nous limiterons la quantité d'informations que nous leur transmettrons afin de préserver le pouvoir de l'effet placebo. Nous ne révélerons aux sujets ce qu'ils auront vraiment reçu qu'à la fin de l'étude », explique Gilles Lavigne, professeur à la faculté de médecine dentaire de l'Université de Montréal et directeur de la recherche qui sera menée sur l'effet placebo au sein de l'Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies.

Les chercheurs se pencheront aussi sur les mécanismes neurophysiologiques qui sous-tendent l'effet placebo. Sur cette piste, Predrag Petrovic, du groupe de recherche en neurophysiologie cognitive de l'Institut Karolinska, en Suède, a pour sa part découvert que l'injection d'un placebo à une personne à laquelle on promettait un analgésique pour soulager sa douleur entraînait une libération de dopamine — un neuromédiateur du cerveau — et d'endorphines endogènes, ces substances qui miment l'effet de la morphine, tel qu'en témoignait une liaison accrue des récepteurs aux opioïdes dans le cerveau.

Le neurologue Jon Stoessl, du Pacific Parkinson's Research Centre de l'Université de Colombie-Britannique, a quant à lui relevé que l'injection d'un placebo à des patients souffrant de Parkinson stimulait l'activité du système dopaminergique, lequel intervient dans les mécanismes de récompense présents dans le cerveau humain et qui joueraient vraisemblablement un rôle dans l'expectative du soulagement promis par l'intervention thérapeutique proposée au malade.

Gilles Lavigne vérifiera quant à lui si les attentes d'un patient sont maintenues durant le sommeil. L'anticipation d'un soulagement ou d'une douleur, par exemple, se perd-elle durant l'état d'inconscience dans lequel nous nous trouvons lorsque nous dormons ?

Serge Marchand, professeur à l'Université de Sherbrooke, tentera d'évaluer la durée de l'effet placebo et de préciser les circonstances dans lesquelles il se manifeste avec le plus de force.
 
 
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