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    Facebook, nécropole du futur?

    Le cyberespace et les nouveaux rites funéraires

    Alors que nos lointains ancêtres érigeaient pour leurs morts des monuments comme les pyramides de Gizeh, Facebook, avec ses pages à l’honneur de défunts, fait aujourd’hui office de nécropole contemporaine.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Patrick Baz Alors que nos lointains ancêtres érigeaient pour leurs morts des monuments comme les pyramides de Gizeh, Facebook, avec ses pages à l’honneur de défunts, fait aujourd’hui office de nécropole contemporaine.

    Les médias socionumériques ne cessent de se redéfinir à la lumière des nouveaux usages de leurs utilisateurs, remettant en question au passage les notions des sphères publique et privée. En effet, des rituels très intimes, comme le deuil, sont dorénavant visibles dans ces nouveaux espaces communicationnels. La mort, grand tabou dans nos sociétés occidentales, y a fait son apparition elle aussi. Et Facebook lui a construit un espace pour l’exposer…

     

    En effet, avec les centaines de millions d’utilisateurs qui se sont inscrits sur Facebook dans les dernières années, il était inévitable que la question de l’administration des profils des personnes décédées se pose. C’est ainsi que le populaire réseau social a créé la nouvelle fonctionnalité de « page commémorative » permettant, à la demande des proches qui souhaitaient reprendre le contrôle du profil de la personne défunte, de conserver un espace virtuel pour honorer sa mémoire.

     

    D’autre part, la création d’un groupe ouvert consacré à la mémoire d’une personne défunte semble également être une nouvelle pratique liée au deuil. Dans son mémoire Les usages d’un groupe Facebook en situation de deuil : une étude de cas, David Myles relève quatre formes d’usages.

     

    La carte de souhaits

     

    Dans les jours qui suivent le décès, il est fréquent que les personnes qui n’avaient pas de liens étroits avec le défunt utilisent la plateforme du groupe sur Facebook pour offrir leurs sympathies et condoléances. Selon Myles, il s’agit d’une façon d’être symboliquement présent et de signifier aux proches un soutien moral.

     

    D’autre part, il apparaît que lors d’événements comme Noël et le jour de l’An, des personnes plus proches du défunt adressent des souhaits aux autres membres du groupe ou encore au défunt lui-même.

     

    Le journal intime

     

    Une autre forme d’usage rapportée par Myles est celle du journal intime, où un parent exprime son chagrin, la douleur de sa perte, sa difficulté d’accepter la réalité, rédigée sous forme de lettre. Si les bienfaits de l’écriture thérapeutique sont largement documentés, il serait intéressant d’approfondir les motivations de l’auteur à parler publiquement de son deuil et d’en publier ses réflexions les plus intimes sur les médias sociaux. En effet, l’auteur a pleinement conscience du mode de diffusion public, donc que ses écrits seront lus par des proches, mais aussi par de parfaits inconnus. Quels avantages ou quelle satisfaction en retire-t-il ? La question demeure entière.

     

    La prière

     

    Peut-on prier sur Facebook ? interroge Myles dans son mémoire. Traditionnellement, la prière se pratique dans un lieu de culte ou encore en privé, dans l’intimité de sa chambre, par exemple. Pour l’auteur, le média ne semble pas modifier la nature de la prière, la seule distinction observée est qu’elle n’est plus formulée mentalement ou verbalement, mais plutôt présentée sous forme écrite.

     

    Dans le cadre de son étude, Myles a constaté que toutes les prières publiées sur le groupe Facebook étudié sont dirigées vers la personne défunte et que la majorité d’entre elles lui demande de « protéger » ou de « veiller sur » la personne qui lui adresse une prière.

     

    La mnémothèque

     

    Honorer la mémoire de la personne défunte peut également prendre la forme d’une mnémothèque dont l’objectif est de rassembler des documents, essentiellement des photos et des vidéos, en un lieu virtuel et accessible à tous les proches, peu importe où ils se trouvent dans le monde.

     

    La plupart de ces documents visuels mettent en scène le défunt dans divers contextes (voyage, anniversaires, etc.), ou encore lors de certaines de ses réalisations, comme des diplômes ou des certificats, et peuvent susciter des échanges, des occasions de partager des souvenirs ou des anecdotes à son sujet. Facebook, nécropole de demain ?


    Cathy Bazinet, Agence Science-Presse













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