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    Prix Wilder-Penfield - Le jeune homme timide est devenu oncologue émérite

    16 novembre 2013 |Claude Lafleur | Science et technologie
    Phil Gold a amorcé une véritable révolution dans la détection précoce des cancers.
    Photo: Rémy Boily Phil Gold a amorcé une véritable révolution dans la détection précoce des cancers.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    On croise parfois des personnages qui sont hors du commun, des personnalités fulgurantes et inspirantes. Le Dr Phil Gold est de ceux-là. Non seulement a-t-il réalisé l’une des grandes percées dans le traitement du cancer, mais, à 77 ans, il est toujours aussi actif et passionné. Il vient de se voir décerner le Prix Wilder-Penfield pour sa longue et fructueuse carrière de chercheur et d’enseignant.

     

    Ce chercheur de l’Université McGill est reconnu mondialement pour avoir réalisé, au début des années 1960, la plus importante découverte en oncologue prédictive.

     

    Il a en effet repéré le premier indicateur biologique qui permet de détecter la présence d’une grande variété de tumeurs à partir d’un simple test sanguin. Phil Gold a ainsi amorcé une véritable révolution dans la détection précoce des cancers. Son biomarqueur est surtout le moyen le plus efficace de détecter la récidive d’un cancer. Bien que cette découverte remonte à 40 ans, c’est aujourd’hui encore l’outil du genre le plus utilisé au monde.

     

    « Voilà qui m’étonne et me déçoit un peu, lance en riant le chercheur. En effet, j’étais convaincu, à l’époque où nous avons fait notre découverte [1964], que par la suite on trouverait de meilleurs biomarqueurs. » Certes, des chercheurs d’un peu partout ont identifié nombre de biomarqueurs, mais celui du Dr Gold demeure le plus utilisé.

     

    Phil Gold est actuellement professeur titulaire aux Départements de médecine et de physiologie de l’Université McGill. Il a été directeur du Département de médecine et médecin-chef de l’Hôpital général de Montréal, en plus d’avoir fondé le Centre de recherche sur le cancer McGill.

     

    Une simple idée… brillante

     

    « It was a lot of fun ! », ne peut s’empêcher de lancer l’éminent savant en repensant à sa longue carrière. Non seulement continue-t-il d’enseigner, mais il effectue encore des recherches cliniques, toujours avec autant de passion et d’enthousiasme.

     

    À l’école, c’était pourtant un élève timide qui adorait jouer au hockey, tout en passant le plus clair de son temps à la bibliothèque. Élève studieux et brillant, il apprenait davantage par lui-même qu’en classe. « Un jour, je suis allé voir le principal pour lui demander la permission de ne plus aller en classe, raconte-t-il. Je préférais étudier à la bibliothèque. Celui-ci m’a dit oui. Voilà qui m’a permis de lire énormément… De lire des tas de trucs en littérature, en histoire et bien sûr en sciences. »

     

    Lorsqu’il entreprend ses études universitaires, à la fin des années 1950, c’est l’âge d’or de la physiologie. Or l’Université McGill, où il entre, se trouve au coeur de la recherche en ce domaine grâce à d’éminents spécialistes. Le jeune Gold a donc la chance d’étudier avec des sommités.

     

    Toutefois, non content de se consacrer à la physiologie, il entreprend en parallèle des études de médecine ! Et, alors qu’il effectue son stage de résidence comme médecin, il amorce ses propres recherches.

     

    « Un jour, je suis allé voir Sam Freedman [un éminent spécialiste en physiologie] avec une idée en tête, raconte-t-il. Celui-ci m’a demandé de lui dire de combien d’espace j’aurais besoin pour faire mes recherches dans son labo… Et il me l’a accordé ! Je réalisais donc ma résidence le jour et mes travaux le soir, c’était vraiment l’fun ! », dit-il joyeusement.

     

    Ce que personne ne savait alors, c’était que le jeune chercheur avait une idée brillante. « Je voulais savoir s’il y avait une différence particulière entre les cellules normales et les cellules cancéreuses », explique-t-il.

     

    Toutefois, à la différence des autres recherches en cours, il a l’idée de comparer les cellules normales et cancéreuses d’un même individu, afin de s’assurer que, s’il trouve une différence, celle-ci ne sera pas dû au fait qu’il s’agit d’individus différents.

     

    Or, coup de chance, il repère une telle différence, un certain antigène, une molécule capable d’engendrer une réponse immunitaire. Puis, en poursuivant ses travaux sur des foetus, il observe le même antigène. Il baptise par conséquent celui-ci ACE, pour « antigène carcino-embryonnaire », soit l’antigène du cancer (carcino) embryonnaire.

     

    En fait, l’ACE est présent chez tout le monde, même lorsqu’on est en bonne santé. Toutefois, en temps normal, l’ACE ne se trouve qu’en très petite quantité, mais il devient plus abondant lorsqu’apparaît un cancer. C’est ainsi que le Dr Gold a fait une percée majeure dans la lutte contre le cancer, en permettant la détection de la maladie bien avant l’apparition des premiers symptômes.

     

    À l’époque où il effectue sa découverte et dans les années suivantes, ses collègues et lui ont la conviction qu’on « réglera le cas du cancer d’ici de l’an 2000 ». Les recherches progressent d’ailleurs rapidement, une foule de découvertes s’enchaînent et une multitude de thérapies sont mises au point. Toutefois, hélas, le cancer continue de faire des ravages. Pourquoi donc ? « En réalité, c’est une maladie beaucoup plus complexe qu’on l’imaginait alors, explique Phil Gold. C’est une maladie à couches multiples ; chaque fois qu’on découvre quelque chose, la Nature nous soumet autre chose », dit-il en riant.

     

    Il se dit pourtant absolument convaincu qu’on parviendra à vaincre le cancer, et même bientôt. « Comme le dit l’un de mes collègues, la question n’est pas tant de savoir quand, mais à quel coût ? », dit-il.

     

    De fait, il existe déjà nombre de traitements, mais certains ont un coût exorbitant. « Certaines molécules coûtent 100 000 $ par année et par patient, rapporte-t-il. Or il nous faut trouver le moyen de traiter tout le monde à un coût raisonnable. »

     

    « Je suis convaincu qu’on y parviendra, que nous finirons par développer une médecine plus efficace, dit-il. Et, ce qui nous manque en ce moment, ce n’est pas tant l’argent — bien sûr que l’argent est toujours un problème — mais bien davantage de bonnes idées. Il faut songer à faire les choses autrement, à sortir de notre mode de pensée. Et, pour cela, nous avons quantité de jeunes chercheurs brillants. J’ai par conséquent très confiance en l’avenir ! »


    Collborateur













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