Technologie: Adieu Microsoft?
Les progrès du mouvement OpenSource placent la compagnie de Bill Gates devant une implacable alternative
Avec la vague OpenSource qui continue de déferler sur plusieurs administrations publiques sur la planète, il semble bien que le Microsoft que nous connaissons aujourd'hui soit condamné à changer radicalement ou à périr.
Audacieux? Prédire qu'un jour, dans dix ou quinze ans, ce qui est aujourd'hui la société la plus dominante de l'industrie du logiciel sera appelée à n'être qu'un simple souvenir? Et pourtant. Qui se souvient encore d'une société appelée Lotus qui a contribué à mettre au monde le PC et, par la bande, Microsoft? Qui se souvient d'AstonTate, éditrice de ce qui était il y a peu de temps encore, la norme, c'est-à-dire la base de données dBase?
Et qui aurait gagé en 1995, il y a moins de 10 ans de cela, que l'industrie du disque serait en crise? Le monde d'aujourd'hui va de plus en plus vite et, ce qui était hier encore la norme, n'est souvent plus qu'aujourd'hui, un souvenir.
Suite ou système
Or, c'est à la suite de l'invitation de Microsoft cette semaine, lors de la présentation de la nouvelle suite Office 2003, que cette constatation m'est apparue clairement.
Un gros morceau la nouvelle suite Office 2003. Une magnifique suite bureautique. À vrai dire, non. Il semble qu'on ne puisse plus parler ici d'une suite bureautique. De l'aveu même des dirigeants de Microsoft, on devrait plutôt décrire Office 2003 comme un système. Un système de travail collaboratif et d'échange. Un système qui intègre un très controversé mécanisme de gestion de droits numériques. Un système conçu pour tirer parti d'un environnement 100 % Microsoft. Qui se harnache directement au système d'exploitation serveur Windows Server 2003 ainsi qu'à plusieurs autres applications serveurs. Un système créé pour bouter dehors la compétition.
Or, dans les entreprises ainsi que dans les administrations publiques, la tendance qui s'affirme consiste de plus en plus à avoir des systèmes ouverts, qui puissent communiquer facilement et sans complications avec la plus grande biodiversité informatique possible.
Bref, qu'il le veuille ou non, Microsoft est confronté à cette tendance, et la montée en flèche de l'OpenSource et des normes ouvertes ne fera rien pour aider le géant de Redmond.
Méconnaissance
Et comment réagit Microsoft? En ignorant les signaux que les consommateurs lui envoient, et en affichant sa totale méconnaissance des fondements même de la philosophie OpenSource.
La semaine dernière, à l'occasion du symposium annuel de la firme-conseil Gartner. Steve Ballmer, le président de Microsoft, prononçait un discours où il déclarait en substance qu'il ne comprenait pas pourquoi des progiciels écrits par une communauté de personnes n'ayant rien en commun sauf la passion de coder, pouvaient surpasser des professionnels du progiciel tel Microsoft, dont la seule mission est de produire le meilleur logiciel possible. «Nous avons un plan d'action, nous connaissons et nous savons ce que désirent les consommateurs et les entreprises, ils savent où et quand nous rejoindre.»
Bullshit! Comme le déclarait avec justesse le chroniqueur Bob Cringely, Ballmer ne saisit strictement rien à l'OpenSource, et il a tendance à confondre la passion qu'a la communauté OpenSource à produire le meilleur progiciel possible, et les velléités de ses programmeurs qui, n'ayant supposément pas le choix dans un marché de plus en plus compétitif, se doivent quasiment de mettre leur tête sur le billot.
Il n'y a qu'à lire les diverses entrevues qui concernent Linus Torvalds, le père putatif du système d'exploitation Linux, pour se rendre compte du contraire. Il est arrivé maintes fois que Tolvalds refuse une contribution d'un collaborateur parce qu'elle n'était pas à la hauteur de ses attentes (très élevées) et qu'elle n'offrait pas ce gage de qualité et de sécurité auquel il s'attend. Torvalds, encore plus que quiconque, est obsédé par la qualité du système d'exploitation Linux, au point de refuser des compromis qui lui sont proposés pour favoriser le déploiement accéléré de Linux sur le bureau. Et en plus, pour les membres de la communauté des développeurs du logiciel libre, il n'y a aucune pression commerciale pour sortir à tout prix la prochaine version d'un produit. Lentement, lentement, mais sûrement.
Perte de productivité
Or, malgré tous les actes de contrition possibles, Microsoft ne peut faire oublier que c'est à cause de la faiblesse de son système d'exploitation et sa propension à submerger le consommateur et les responsables réseaux d'entreprises de ses multiples correctifs que bien des alertes virales, responsables de centaines de millions de «dommages» en perte de productivité et en temps pour remettre les systèmes en place, ont eu lieu.
Que le président de Microsoft se fasse penaud (une fois n'est pas coutume) et jure à qui veut l'entendre que la sécurité est aujourd'hui la préoccupation première chez Microsoft, ne fera pas oublier tous les problèmes qu'ont eu à affronter ses clients. Des clients qui, soit dit en passant, ont toujours payé le gros pour acquérir ses produits.
Malheureusement pour Microsoft, une machine s'est mise en branle. Lorsque la confiance d'un consommateur, d'une entreprise ou d'une administration publique est ébranlée, il est plutôt difficile de la regagner. D'autant plus, encore une fois, quant on paie fort cher des produits supposément les meilleurs et que l'on jouit d'une situation de quasi-monopole.
Bien que l'on ne compte plus les entreprises, souvent de très grandes sociétés, qui font maintenant confiance au logiciel libre et qui reconnaissent les vertus des normes libres et de l'interopérabilité, c'est aujourd'hui les administrations publiques d'un peu partout dans le monde, et le monde de l'éducation qui commence à réagir.
Guide
Par exemple, cette semaine, la Commission européenne a publié un guide pour aider les administrateurs publics à migrer vers l'OpenSource. À partir d'expériences réalisées dans le passé, et de plusieurs études publiées sur le sujet, le guide IDA Open Source Migration Guidelines se veut un outil des plus pratiques pour aider les administrateurs publics à planifier une migration harmonieuse des logiciels propriétaires aux logiciels libres. Bref, celui-ci couvre un large éventail de problématiques et de situations bien réelles, tout en proposant une gamme de solutions permettant de passer de Windows ou de tout autre système d'exploitation propriétaire vers un environnement totalement libre.
Il en est de même dans le monde de l'éducation. En ce moment, au Québec, plusieurs partenaires se sont regroupés pour développer le projet Mille. En collaboration avec le Centre de recherches informatiques de Montréal, trois commissions scolaires québécoises ainsi que le réseau RESCOL veulent démontrer que le libre peut être un choix viable et économiquement avantageux. Et le projet va bon train.
Après une première étape où les partenaires ont dévoilé un rapport sur l'état de la situation, comprenant un inventaire complet de tous les logiciels libres pertinents à la réalisation du projet, ainsi que la description de toutes les licences, la prochaine phase portera sur le déploiement à une large échelle d'une infrastructure entièrement conçue en logiciel libre.
Or, ce ne sont que deux exemples parmi tant d'autres. Que dire de l'initiative du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine, ce titan qui émerge, qui ont décidé de former un partenariat pour développer leur propre version d'un système d'exploitation libre et qui sera utilisé dans leurs administrations publiques respectives. Honnêtement, et peut-être me trompai-je, mais je perçois la dernière initiative de Microsoft, de créer cet environnement quasiment en vase clos, comme une tentative désespérée du géant de Redmond de freiner la montée de l'OpenSource.
Bref, à moins que Microsoft ne profite de l'occasion, j'estime qu'il lui faudra de deux à trois ans pour changer radicalement son modèle d'affaires (et ils ont prouvé dans le passé que c'était possible avec le virage Internet). Dans 10 à 15 ans, le Microsoft que nous connaissons aujourd'hui ne sera plus le même; ou peut-être aura-t-il cessé d'exister.
Quelqu'un prend-il un pari?
Audacieux? Prédire qu'un jour, dans dix ou quinze ans, ce qui est aujourd'hui la société la plus dominante de l'industrie du logiciel sera appelée à n'être qu'un simple souvenir? Et pourtant. Qui se souvient encore d'une société appelée Lotus qui a contribué à mettre au monde le PC et, par la bande, Microsoft? Qui se souvient d'AstonTate, éditrice de ce qui était il y a peu de temps encore, la norme, c'est-à-dire la base de données dBase?
Et qui aurait gagé en 1995, il y a moins de 10 ans de cela, que l'industrie du disque serait en crise? Le monde d'aujourd'hui va de plus en plus vite et, ce qui était hier encore la norme, n'est souvent plus qu'aujourd'hui, un souvenir.
Suite ou système
Or, c'est à la suite de l'invitation de Microsoft cette semaine, lors de la présentation de la nouvelle suite Office 2003, que cette constatation m'est apparue clairement.
Un gros morceau la nouvelle suite Office 2003. Une magnifique suite bureautique. À vrai dire, non. Il semble qu'on ne puisse plus parler ici d'une suite bureautique. De l'aveu même des dirigeants de Microsoft, on devrait plutôt décrire Office 2003 comme un système. Un système de travail collaboratif et d'échange. Un système qui intègre un très controversé mécanisme de gestion de droits numériques. Un système conçu pour tirer parti d'un environnement 100 % Microsoft. Qui se harnache directement au système d'exploitation serveur Windows Server 2003 ainsi qu'à plusieurs autres applications serveurs. Un système créé pour bouter dehors la compétition.
Or, dans les entreprises ainsi que dans les administrations publiques, la tendance qui s'affirme consiste de plus en plus à avoir des systèmes ouverts, qui puissent communiquer facilement et sans complications avec la plus grande biodiversité informatique possible.
Bref, qu'il le veuille ou non, Microsoft est confronté à cette tendance, et la montée en flèche de l'OpenSource et des normes ouvertes ne fera rien pour aider le géant de Redmond.
Méconnaissance
Et comment réagit Microsoft? En ignorant les signaux que les consommateurs lui envoient, et en affichant sa totale méconnaissance des fondements même de la philosophie OpenSource.
La semaine dernière, à l'occasion du symposium annuel de la firme-conseil Gartner. Steve Ballmer, le président de Microsoft, prononçait un discours où il déclarait en substance qu'il ne comprenait pas pourquoi des progiciels écrits par une communauté de personnes n'ayant rien en commun sauf la passion de coder, pouvaient surpasser des professionnels du progiciel tel Microsoft, dont la seule mission est de produire le meilleur logiciel possible. «Nous avons un plan d'action, nous connaissons et nous savons ce que désirent les consommateurs et les entreprises, ils savent où et quand nous rejoindre.»
Bullshit! Comme le déclarait avec justesse le chroniqueur Bob Cringely, Ballmer ne saisit strictement rien à l'OpenSource, et il a tendance à confondre la passion qu'a la communauté OpenSource à produire le meilleur progiciel possible, et les velléités de ses programmeurs qui, n'ayant supposément pas le choix dans un marché de plus en plus compétitif, se doivent quasiment de mettre leur tête sur le billot.
Il n'y a qu'à lire les diverses entrevues qui concernent Linus Torvalds, le père putatif du système d'exploitation Linux, pour se rendre compte du contraire. Il est arrivé maintes fois que Tolvalds refuse une contribution d'un collaborateur parce qu'elle n'était pas à la hauteur de ses attentes (très élevées) et qu'elle n'offrait pas ce gage de qualité et de sécurité auquel il s'attend. Torvalds, encore plus que quiconque, est obsédé par la qualité du système d'exploitation Linux, au point de refuser des compromis qui lui sont proposés pour favoriser le déploiement accéléré de Linux sur le bureau. Et en plus, pour les membres de la communauté des développeurs du logiciel libre, il n'y a aucune pression commerciale pour sortir à tout prix la prochaine version d'un produit. Lentement, lentement, mais sûrement.
Perte de productivité
Or, malgré tous les actes de contrition possibles, Microsoft ne peut faire oublier que c'est à cause de la faiblesse de son système d'exploitation et sa propension à submerger le consommateur et les responsables réseaux d'entreprises de ses multiples correctifs que bien des alertes virales, responsables de centaines de millions de «dommages» en perte de productivité et en temps pour remettre les systèmes en place, ont eu lieu.
Que le président de Microsoft se fasse penaud (une fois n'est pas coutume) et jure à qui veut l'entendre que la sécurité est aujourd'hui la préoccupation première chez Microsoft, ne fera pas oublier tous les problèmes qu'ont eu à affronter ses clients. Des clients qui, soit dit en passant, ont toujours payé le gros pour acquérir ses produits.
Malheureusement pour Microsoft, une machine s'est mise en branle. Lorsque la confiance d'un consommateur, d'une entreprise ou d'une administration publique est ébranlée, il est plutôt difficile de la regagner. D'autant plus, encore une fois, quant on paie fort cher des produits supposément les meilleurs et que l'on jouit d'une situation de quasi-monopole.
Bien que l'on ne compte plus les entreprises, souvent de très grandes sociétés, qui font maintenant confiance au logiciel libre et qui reconnaissent les vertus des normes libres et de l'interopérabilité, c'est aujourd'hui les administrations publiques d'un peu partout dans le monde, et le monde de l'éducation qui commence à réagir.
Guide
Par exemple, cette semaine, la Commission européenne a publié un guide pour aider les administrateurs publics à migrer vers l'OpenSource. À partir d'expériences réalisées dans le passé, et de plusieurs études publiées sur le sujet, le guide IDA Open Source Migration Guidelines se veut un outil des plus pratiques pour aider les administrateurs publics à planifier une migration harmonieuse des logiciels propriétaires aux logiciels libres. Bref, celui-ci couvre un large éventail de problématiques et de situations bien réelles, tout en proposant une gamme de solutions permettant de passer de Windows ou de tout autre système d'exploitation propriétaire vers un environnement totalement libre.
Il en est de même dans le monde de l'éducation. En ce moment, au Québec, plusieurs partenaires se sont regroupés pour développer le projet Mille. En collaboration avec le Centre de recherches informatiques de Montréal, trois commissions scolaires québécoises ainsi que le réseau RESCOL veulent démontrer que le libre peut être un choix viable et économiquement avantageux. Et le projet va bon train.
Après une première étape où les partenaires ont dévoilé un rapport sur l'état de la situation, comprenant un inventaire complet de tous les logiciels libres pertinents à la réalisation du projet, ainsi que la description de toutes les licences, la prochaine phase portera sur le déploiement à une large échelle d'une infrastructure entièrement conçue en logiciel libre.
Or, ce ne sont que deux exemples parmi tant d'autres. Que dire de l'initiative du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine, ce titan qui émerge, qui ont décidé de former un partenariat pour développer leur propre version d'un système d'exploitation libre et qui sera utilisé dans leurs administrations publiques respectives. Honnêtement, et peut-être me trompai-je, mais je perçois la dernière initiative de Microsoft, de créer cet environnement quasiment en vase clos, comme une tentative désespérée du géant de Redmond de freiner la montée de l'OpenSource.
Bref, à moins que Microsoft ne profite de l'occasion, j'estime qu'il lui faudra de deux à trois ans pour changer radicalement son modèle d'affaires (et ils ont prouvé dans le passé que c'était possible avec le virage Internet). Dans 10 à 15 ans, le Microsoft que nous connaissons aujourd'hui ne sera plus le même; ou peut-être aura-t-il cessé d'exister.
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