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Technologie: Comment simplifier la vie des citoyens et réaliser des économies

Michel Dumais   20 octobre 2003  Science et technologie
Avec la mise à mort de GIRES, c'est retour à la case départ pour le gouvernement du Québec. Cependant, ne nous leurrons pas, quel que soit le futur projet d'informatisation que le gouvernement mettra en place, il en coûtera tout autant, sinon plus, que GIRES.

Pour la quasi-totalité des gouvernements occidentaux, la course à l'informatisation et à la mise en place d'administration publique en ligne ou de gouvernement en ligne répond à un besoin de simplifier la vie des citoyens, mais surtout, de réaliser des économies. Économiser de l'argent. Vision simpliste et surtout, irréalisable.

Prenons GIRES, ce mégachantier destiné à unifier les multiples systèmes informatiques (souvent désuets) du gouvernement. Maintenant que, 200 et quelques millions de dollars plus tard, nous sommes revenus à la case départ, cela ne veut pas dire que le prochain grand projet que proposera le Conseil du trésor sera bon marché. Bien au contraire. N'en doutez point, il en coûtera beaucoup plus cher. Et encore, il n'est pas dit que les dirigeants en place y mettront véritablement le prix. Car il y a un prix à vouloir informatiser un gouvernement. Et il ne s'évalue pas uniquement en fonction de matériels et de logiciels.

En effet, pour le professeur en communications, Michel Cartier, le prix à payer se situe à des années-lumière de la quincaillerie. «Sommes-nous prêts à y mettre les moyens en termes de culture, de formation et d'architecture de l'information? Avons-nous une vision de ce que pourrait être un véritable gouvernement en ligne? Tous voient l'informatique comme un outil, mais l'arrivée d'Internet a sensiblement changé la donne. Dans notre société en rupture, Internet est de plus en plus un important moteur de changement.»

Il n'y a qu'à voir comment les groupes d'intérêts se sont emparés du réseau des réseaux pour comprendre les propos de Cartier. Les altermondialistes, les multiples groupes de pression, et même, des aspirants candidats à la présidence des États-Unis. Tous utilisent à fond les possibilités offertes par Internet.

Bref, un gouvernement en ligne, un véritable e-gouvernement et non pas une simple administration publique en ligne, devra prendre le risque de s'ouvrir beaucoup plus à ses citoyens. Pour Cartier, «il est terminé le temps où un portail gouvernemental ne fait qu'informer. Oui, il est important de renseigner le citoyen, mais, si on veut éviter l'enlisement démocratique, il est aussi temps de lui redonner la parole. De prendre le risque d'entamer un véritable dialogue avec lui. Les Scandinaves ont pris ce beau risque, avec des succès qui ne se démentent pas».

Pour les serviteurs de l'État, l'arrivée de ces grands systèmes peut-être aussi source d'inquiétude. Outre le fait que plusieurs voient l'informatisation comme une façon d'abolir (encore) des postes, d'autres constatent (avec raison) que, très souvent, l'implantation de tels systèmes se fait en négligeant les notions les plus élémentaires de formation.

Rappelons-nous ce fameux plan Marois d'informatisation des écoles québécoises. Des dizaines des millions investis dans de la quincaillerie, mais quelques miettes à peine pour la formation des maîtres. Une catastrophe? Assurément, quand on sait que, dans plusieurs écoles, de nombreux ordinateurs sont restés inutilisés, faute de professeurs formés.

Ne répétons pas la même erreur avec ce qui sera sans aucun doute, un colossal chantier au cours des prochaines années: ne surtout pas négliger la formation, car après tout, ce n'est pas la présidente du Conseil du trésor qui aura à faire tourner la machine.

Pour Cartier, les exemples à suivre sont sans contredit le portail américain FirstGov ou le «gouvernement en ligne» du Gouvernement canadien. Une stratégie d'architecture de l'information bien implantée, des investissements faits aux bons endroits, les principes mis en oeuvre par leurs dirigeants sont à rappeler:
- la simplicité avant tout, le bon vieux principe KISS (keep it simple stupid) si cher aux Américains;
- réagir rapidement aux événements et aux pressions politiques;
- si votre proposition n'est pas claire, communiquez, communiquez, communiquez. Et dans le doute, recommencez;
- vous devez avoir l'appui non seulement du plus haut niveau de l'administration, mais aussi de ceux qui auront à faire marcher la machine;
- toujours se souvenir que tout projet gouvernemental, même s'il est destiné au grand public et qu'il est totalement apolitique, est et demeure un projet politique;
- moins vous bousculerez de personnes, moins vous aurez de résistance;
- toujours prévoir le facteur WIIFM (what's in it for me).

Cependant, l'échec de GIRES met en lumière l'utilisation de progiciels propriétaires fort onéreux comme Oracle, qui obligent le gouvernement à faire affaire par la suite avec un seul fournisseur. Rappelons-nous que le Conseil du trésor est le véritable gardien des données publiques. La libre utilisation de celles-ci ne doit surtout pas être liée à l'utilisation d'un progiciel ou d'un contrat donné à une société?

«Un enjeu important, de dire Michel Cartier, encore plus que l'interopérabilité des systèmes, sera la mise en place de mécanismes utilisant des normes ouvertes. Un des moyens d'y parvenir sera d'examiner les solutions offertes par les logiciels libres qui tous, presque sans exceptions, utilisent des normes ouvertes.»

Pour faire face à ces défis, il est capital d'avoir la bonne personne en place. En cela, il faut applaudir à la décision du gouvernement en place d'avoir nommé, à l'instar du gouvernement fédéral, un véritable dirigeant principal de l'information (CIO), en la personne de Robert Desbiens, un ancien vice-président de Cisco Canada.

Tout comme la Présidente du Conseil du trésor du gouvernement canadien, qui a eu la présence d'esprit de nommer Michelle D'Auray comme dirigeant principal de l'information pour gérer (avec succès) les services de gouvernement en ligne comme une entreprise, la présidente du Conseil du trésor du Québec a la chance de compter sur quelqu'un qui est fort au courant des enjeux culturels, technologiques et économiques à la mise en place d'un gouvernement en ligne et de l'informatisation de l'État.

Il reste à voir si Monsieur Desbiens se saisira de l'occasion qui lui est offerte de rejoindre et même devancer les autres initiatives de gouvernement en ligne. Il pourra y arriver pour autant qu'il réussisse à faire comprendre à ses patrons que le mégachantier technologique qu'il se prépare à mettre en place ne coûtera pas moins cher que le précédent.
 
 
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  • LUCILLE MURRAY
    Inscrite
    lundi 20 octobre 2003 09h09
    Avons-nous les moyens de revenir à la case départ
    Après avoir lu quelques articles au sujet du mégachantier dont on semble faire table rase après avoir dépensé 200 millions, la première question qui me vient à l'esprit est:

    Avons-nous les moyens de tout raser et serait-il possible que quelqu'un, quelque part, nous explique clairement pourquoi mettre de côté GIRES...

    Merci.

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