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    Stocker le gaz carbonique dans le sous-sol québécois

    La majeure partie du bassin des basses terres du Saint-Laurent comprises de part et d’autre du fleuve entre Montréal et Québec contient un grès poreux situé à au moins 800 mètres sous terre.
    Photo: Ville de Québec La majeure partie du bassin des basses terres du Saint-Laurent comprises de part et d’autre du fleuve entre Montréal et Québec contient un grès poreux situé à au moins 800 mètres sous terre.
    Le bassin des basses terres du Saint-Laurent constitue un bon réservoir pour stocker le gaz carbonique émis par les grandes industries québécoises, ont conclu des chercheurs de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) à la suite d’une évaluation du potentiel de séquestration géologique du sous-sol québécois commandée par le gouvernement du Québec.

    L’équipe de Michel Malo, de l’INRS -Eau Terre Environnement, a fait part des résultats de cette évaluation dans le cadre d’un colloque qui avait lieu jeudi au congrès de l’Acfas à l’Université Laval de Québec.


    Pour qu’un sous-sol soit propice à la séquestration souterraine du CO2, la roche qui absorbera cet important gaz à effet de serre doit présenter une bonne porosité, elle doit être enfouie à une profondeur suffisante sans être excessive, et elle doit être recouverte d’une couche de roche imperméable et étanche. Qui plus est, les grandes sources émettrices de CO2 doivent être situées à proximité.


    Grès poreux


    Or il s’avère que la majeure partie du bassin des basses terres du Saint-Laurent comprises de part et d’autre du fleuve entre Montréal et Québec contient un grès poreux situé à au moins 800 mètres sous terre, une profondeur à laquelle la pression est telle que le CO2 gazeux passe sous une forme liquide plus dense que l’eau, appelée phase supercritique. « Alors qu’une tonne de gaz carbonique occupe un volume de 400 mètres cubes, en phase supercritique cette tonne de CO2 se réduit à un volume de 3 m3 », précise M. Malo.


    Les grès du groupe de Potsdam dans lequel on stockerait le CO2 possèdent une porosité de 3 à 6 %. « Le grès est comme une éponge dotée de trous microscopiques qui ont une certaine connectivité entre eux. Ce sont dans ces pores que le CO2 ira se loger. Dans les Basses-Terres du Saint-Laurent, ces pores sont remplis d’eau salée, qui provient de la formation géologique elle-même, qui s’est déposée dans un bassin sédimentaire marin, lequel s’est compacté et solidifié en gardant un peu d’eau. Une partie du CO2 se dissoudra dans cette eau salée, et l’autre poussera la saumure dans la roche et occupera les pores », explique M. Malo.


    La porosité de ce grès est supérieure à la porosité minimale de 2 % requise pour la séquestration, mais elle n’atteint pas celle de la roche du projet industriel norvégien de Sleipner en mer du Nord, qui s’élève à 20 %. « Quand la porosité est moindre, il faut injecter le CO2 plus lentement et plus longtemps », précise le géologue.


    Dans les basses terres du Saint-Laurent, le grès du groupe de Potsdam est recouvert d’un shale, une roche sédimentaire très étanche qui empêchera le CO2 de s’échapper vers l’extérieur. De plus, le bassin des Basses-Terres comprend une multitude de puits de gaz et de pétrole (plus de 250) qui peuvent servir d’ouverture pour injecter le CO2 en profondeur.


    Secousses sismiques


    En conclusion, le bassin des basses terres du Saint-Laurent pourrait permettre de stocker toutes les émissions industrielles du Québec pendant 40 ans. « Mais comme on ne pourra acheminer le CO2 émis par les alumineries, comme celle du Saguenay, qui sont trop éloignées du bassin, la capacité de stockage pourrait être nettement supérieure », dit M. Malo.


    L’équipe de L’INRS espère maintenant réaliser un projet-pilote, mais celui-ci coûterait entre 25 et 30 millions, et le financement n’est pas au rendez-vous. Les prochaines recherches auxquelles s’attellera l’équipe de l’INRS prochainement visent à évaluer les risques environnementaux associés à de tels projets. « Des puits peuvent laisser échapper du CO2, lequel a toujours tendance à remonter à la surface. Mais heureusement, le CO2 n’est pas un gaz explosif. Il y a aussi la possibilité que le CO2 que l’on enfonce sous terre aille contaminer des sources d’eau potable. Et les surpressions auxquelles le CO2 est maintenu pourraient induire de petites secousses sismiques. Mais ces deux risques sont très peu probables », commente M. Malo













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