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Prix Marcel-Vincent - Au service de l'innovation

Des travaux qui visent à faciliter la prise de décisions fondées sur les données probantes de la science

estelle zehler   27 septembre 2003  Science et technologie
Désormais professeur au département de management de l'Université Laval, après avoir enseigné de longues années au département de science politique, Réjean Landry est également titulaire de la Chaire sur le transfert de connaissances et l'innovation de la Fondation canadienne de recherches sur les services de santé. Dès le début de sa carrière, il place la recherche au coeur de ses préoccupations: «J'ai toujours été préoccupé par l'application et la pertinence des résultats de la recherche.» Ainsi ne suffit-il pas que l'objet des chercheurs soit en adéquation avec les besoins de la société. Les connaissances mises à jour doivent également faire l'objet d'un transfert du monde scientifique vers les différentes sphères sociales susceptibles de les utiliser. Ce mouvement permet alors aux entreprises, aux organisations publiques et privées — et ce, qu'il s'agisse du secteur manufacturier ou de celui des services — d'innover. L'innovation s'entend comme l'amélioration ou le développement de produits ou de services, ou encore de leurs procédés de fabrication ou leurs procédures.

Transfert des connaissances

Le questionnement de Réjean Landry porte précisément sur les facteurs qui sont à la base du transfert de connaissances et de l'innovation. Jusqu'à récemment, l'innovation était généralement l'apanage des ingénieurs. La recherche-développement, l'utilisation de technologies de pointe, la qualification du personnel, le secteur d'activité sont autant de variables qui alimentent les explications traditionnelles. Or, si celles-ci conservent leur pertinence explicative, elles ne sont toutefois pas suffisantes pour obtenir une perception éclairée de l'ensemble du phénomène. «Nous avons démontré que ces facteurs restaient importants, mais que d'autres facteurs, dont certains en marge, devaient être considérés. Cette combinaison de variables correspond à un processus social.» Le moteur de l'innovation ne réside pas dans des agents isolés, mais résulte bien plus des interactions instaurées par les différents agents. Le recours aux sciences sociales, tant au niveau de la théorie que de la pratique, s'explique dans cette perspective.

Le modèle d'interaction comporte des variables sociales et institutionnelles, présentées sous forme de capitaux. Ainsi, précise Réjean Landry: «Le capital social est constitué de deux ingrédients. Il prend consistance d'abord dans l'ensemble des relations qu'une entreprise ou un gestionnaire d'organisme public entretient avec les acteurs autour de lui, proches ou lointains. Le second ingrédient est indispensable au premier puisqu'il réside en une confiance mutuelle.» Le potentiel de transfert de connaissances et d'innovation de toute organisation est décuplé par la qualité du réseautage construit, par le biais de réseaux formels et informels. Les liens externes sont sources d'information, de questionnement. Dans le domaine de la santé, par exemple, les réseaux diversifiant les acteurs, tels des universitaires, des chercheurs, des intervenants de terrain, c'est-à-dire des personnes qui travaillent dans les hôpitaux, les CLSC ou toute autre organisation, auront une forte incidence sur le développement et l'amélioration des services. Dans le secteur manufacturier, les connexions incluront, par exemple, des clients, des fournisseurs, des experts-conseils, des foires-expositions, des concurrents, des réunions professionnelles, des universités. Le capital institutionnel renvoie, quant à lui, aux institutions qui soutiennent les activités d'innovation, tels des ministères, des organismes régionaux de développement, des consultants.

Prises de décisions

Les problématiques retenues par Réjean Landry dans ses recherches peuvent sembler des plus théoriques. Elles n'en sont pas moins destinées à une finalité pratique: «Mes travaux visent à faciliter la prise de décisions fondées sur les données probantes de la science (evidence-based decision-making).» Ainsi a-t-il opté pour l'instauration de partenariats avec des organisations susceptibles d'utiliser ses connaissances et ses résultats. Ce faisant, il pose les bases d'un transfert progressif des connaissances qui s'effectuera tout au long de l'avancée des travaux de recherche. Outre le partenariat de terrain privilégié par le chercheur, ses recherches se distinguent également par la taille colossale des enquêtes menées. En effet, les impacts des différents facteurs explicatifs sont testés empiriquement grâce à la méthode des sondages et des analyses statistiques.

L'équipe de M. Landry mène actuellement une enquête visant à comprendre les facteurs qui poussent les chercheurs des facultés de médecine canadiennes à transférer leurs résultats à l'extérieur. Outre les publications traditionnelles auxquelles il est tenu de se livrer, qu'est-ce qui pousse un chercheur à entreprendre des efforts supplémentaires pour diffuser ses résultats à des hôpitaux, des ministères, des entreprises privées? Les liens avec le milieu extra-universitaire, la participation à des réunions d'associations professionnelles prennent une place de choix dans ces mécanismes. La présence «d'étoiles de la recherche» est également requise, soit des chercheurs prolixes en matière de publications et aux réseaux externes bien fournis.

Réjean Landry préconise plusieurs pistes pour soutenir l'innovation et le transfert de connaissances. «Il est primordial, bien que cela ne soit pas facile, d'améliorer les réseaux à la fois des chercheurs, mais également des entreprises et du secteur public. Il faut saisir davantage toutes les occasions de contacts et d'échanges et également créer des nouveaux réseaux.» Faute d'y consacrer les énergies et les ressources nécessaires, les agents cantonnés dans leur bureau ou leur atelier se replieront sur eux-mêmes. Certes, les énergies à investir sont importantes. Elles le sont pour la petite entreprise qui doit assurer sa production, pour l'organisme de santé qui ne peut cesser de prodiguer des soins à la population, pour le chercheur dont les subventions dépendent de ses publications. Cela est difficile, sachant que la construction de ces ponts nécessite des années d'efforts. Cependant, sortir de son environnement est le meilleur biais pour optimiser son exposition à l'information.

Pour sa part, Réjean Landry a établi de nombreux ponts dans toutes les directions en développant des interactions dans les sphères publique et privée. «J'ai eu la chance d'être dans le milieu universitaire, un milieu de grande liberté, explique-t-il. Je suis entouré, plus que jamais, de personnes d'une qualité remarquable — doctorants, chercheurs post-doctoraux, etc.» Il accorde une grande importance à la formation des étudiants, en mettant l'accent sur la capacité d'utiliser les connaissances universitaires. Au-delà de l'obtention d'un diplôme, il les pousse autant à devenir des chercheurs compétents qu'à développer leurs réseaux. En dépassant les modèles économétriques auxquels était soumis le domaine du transfert de connaissances et de l'innovation et, singulièrement, en l'ouvrant aux sciences sociales et à l'analyse statistique, Réjean Landry entend concrètement intervenir dans ces processus.
 
 
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