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    La vie après la mort

    Un projet de recherche a permis de soumettre trois momies du Musée Redpath à un examen de tomodensitométrie à l’Institut et Hôpital neurologiques de Montréal

    En collaboration avec des anthropologues ontariens et un ingénieur du Collège John Abbott, une artiste judiciaire de Montréal a reconstitué le visage qu’avaient avant leur mort les trois momies égyptiennes du musée Redpath de l'Université McGill.
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir En collaboration avec des anthropologues ontariens et un ingénieur du Collège John Abbott, une artiste judiciaire de Montréal a reconstitué le visage qu’avaient avant leur mort les trois momies égyptiennes du musée Redpath de l'Université McGill.
    Grâce aux plus récentes technologies d’imagerie médicale et connaissances en médecine légale, des anthropologues ontariens, un ingénieur et une artiste judiciaire de Montréal ont redonné à trois momies égyptiennes le visage qu’elles avaient avant leur mort.

    Les trois momies égyptiennes reposent discrètement derrière des vitrines au Musée Redpath de l’Université McGill depuis 124 ans pour l’une et 88 ans pour les deux autres. L’une est allongée au fond d’un cercueil de bois recouvert de scènes de vie égyptiennes peintes en couleur. Une autre est exposée à visage découvert et les bras étendus le long du corps. La troisième porte un mas que facial.


    En 2011, dans le cadre d’un vaste projet de recherche sur les momies me né par une équi pe d’anthropologues de l’Université Western à London, en Ontario, les trois momies sont soumises à un examen de tomodensitométrie à l’Institut et Hôpital neurologiques de Montréal, qui fournit aux chercheurs des images tridimensionnelles des momies, en très haute résolution. Ces clichés permettent de distinguer notamment le squelette, les muscles, le cerveau s’il est toujours là, les cheveux et les bandelettes enveloppant le corps.


    « Nous avons créé une immense base de données incluant les radiographies et les examens tomodensitométriques réalisés sur diverses momies exposées à travers le monde, explique Andrew Wade, anthropologue à l’Université Western Ontario. Ces données nous permettent de fai re des comparaisons et de cons tater les changements survenus au cours du temps et selon les régions dans les pratiques de momification.


    « Nous pouvons ainsi voir ce que les Égyptiens jugeaient important de faire pour leurs morts afin de leur offrir la meilleure vie qui soit après la mort. »


    Pour les Égyptiens, le processus de momification con sistait à retirer l’eau du corps à l’aide d’une mixture de sels de natron et de bicarbonate de soude qu’on insérait dans tous les orifices du corps. Souvent, on retirait le cerveau par une narine, explique M. Wade.


    « Les Égyptiens croyaient que le cerveau n’était qu’un mucus sans importance. Pour eux, les émotions et les idées venaient du coeur », rappelle l’anthropologue.


    L’examen tomodensitométrique a aussi permis de découvrir une boule de lin insérée entre deux dents, dans la bouche d’une momie. « Cette compresse était probablement imbibée d’une médication servant à soulager la douleur émanant du nerf sous-jacent. L’individu est probablement mort d’une infection dentaire », ajoute M. Wade


    Pour les besoins de la recherche, l’âge des momies a aussi été déterminé par des méthodes scientifiques. « Depuis l’arrivée des trois momies à Montréal, en 1889 pour l’une et en 1859 pour les deux autres, on affirmait qu’elles dataient du Nouvel Empire (entre 1550 et 1070 avant Jésus-Christ), époque durant laquelle Toutânkhamon fut pharaon, car les momies ont été achetées au XIXe siècle sans qu’on ait aucun détail sur leur site d’origine », explique Barbara Lawson, conservatrice de la Galerie des cultures du monde au Musée Redpath.


    La datation au radiocarbone des bandelettes enroulées autour des deux momies provenant de Thèbes a ainsi permis d’infirmer cette hypothèse et de découvrir que la momie de sexe masculin remonte à la période ptolémaïque (entre 332 et 30 avant J.-C.), tandis que celle de sexe féminin date de la fin de l’Empire romain (entre 230 et 380 après J.-C.).


    L’examen en tomodensitométrie a révélé des détails de la coiffure de la troisième momie qui ont permis de la situer au milieu de l’Empire romain (entre 96 et 161 après J.-C.). « Le style de coiffure de cette momie est similaire à celui adopté par les Romains », précise M. Wade.


    Le style gréco-romain du cartonnage (constitué de papier mâché, de plâtre et de papyrus) recouvrant cette momie ajoute un autre indice en ce sens, affirme Mme Lawson.

     

    Reconstruction faciale


    La reconstruction faciale des momies a d’abord débuté par la préparation d’un crâne. Pour ce faire, l’ingénieur en technologie physique Mark Ewanchyna, du collège John Abbott, a transmis à une imprimante 3D les données tomodensitométriques décrivant le crâne de chaque momie.


    « De six à dix heures ont été nécessaires à l’imprimante pour façonner un crâne constitué d’une poudre de plâtre fragile comme la craie. Il a ensuite été nécessaire de le solidifier en le recouvrant d’une colle époxy », explique M. Ewanchyna.


    Les crânes ont ensuite été acheminés à l’artiste judiciaire Victoria Lywood, du collège John Abbott, qui les a métamorphosés en têtes presque vivantes, tant leur visage et leur chevelure semblent véridiques.


    Pour en arriver à des reconstitutions faciales aussi conformes à l’apparence que devaient avoir les trois individus momifiés, Mme Lywood s’est appuyée sur les informations que lui ont fournies les anthropologues, ainsi que sur des données scientifiques publiées par deux chercheurs du Département de médecine légale de l’Université Tanta, en Égypte.


    Les deux scientifiques ont mesuré à l’aide d’un appareil échographique l’épaisseur des tissus mous (muscles, graisses et peau) recouvrant les os du crâne de 204 Égyptiens (120 hommes et 84 femmes) âgés entre 20 et 35 ans.

     

    Des portraits


    Des mesures ont été prises à différents points stratégiques du visage, tels qu’au niveau de la glabelle (entre les deux sourcils), des mâchoires, des pommettes, des lèvres, du nez, etc.


    « Mes reconstitutions ne sont pas des créations, mais des dessins techniques », souligne Mme Lywood, tout en ajoutant qu’une multitude d’éléments anatomiques du crâne ont aussi guidé son travail.


    « Une petite pointe à l’intérieur de l’orbite nous indique où les paupières étaient attachées. Des éléments de l’os du nez permettent aussi de déterminer l’orientation et la forme du nez. Nous savons également que la largeur du nez sera en moyenne de cinq tiers plus grande que celle de la cavité nasale. Nous obtenons ainsi une reconstitution approximative du visage de la personne », explique-t-elle.


    À l’aide de tous ces repères, Victoria Lywood a d’abord dessiné un portrait du visage de chaque momie. Et dans un deuxième temps, elle a commencé à appliquer de l’argile sur le crâne d’é poxy afin de reproduire les tissus mous qui donnent au visage son relief caractéristique. Des dessins historiques montrant la coiffure adoptée à l’époque où vivait la momie lui ont aussi servi d’inspiration.


    Ces reconstitutions faciales au regard stupéfiant seront exposées auprès des momies au Musée Redpath à partir de la mi-février. Le musée situé sur le campus de l’Université McGill est ouvert au public.

    En collaboration avec des anthropologues ontariens et un ingénieur du Collège John Abbott, une artiste judiciaire de Montréal a reconstitué le visage qu’avaient avant leur mort les trois momies égyptiennes du musée Redpath de l'Université McGill. Une des momies qui reposent au musée Redpath de l’Université McGill, à Montréal. Une momie est introduite dans le scanner qui permet de réaliser un examen de tomodensitométrie. À gauche, la conservatrice de la Galerie des cultures du monde au musée Redpath, Barbara Lawson, aux côtés de l’anthropologue Andrew Wade, examine une image tridimensionnelle du crâne d’une momie, image obtenue par densitométrie.
     
     
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