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    Des tonnes de sulfate de fer déversées dans le Pacifique

    Une expérience de géo-ingénierie a été effectuée en toute illégalité au large des côtes canadiennes

    Pour réaliser son projet, Russ George a proposé à la communauté amérindienne vivant sur une île de l’archipel Haida Gwaii, au large de la Colombie-Britannique, un « projet de restauration des populations de saumons », lesquelles déclinaient dans cette région du Pacifique.
    Photo : La Presse canadienne (photo) Jonathan Hayward Pour réaliser son projet, Russ George a proposé à la communauté amérindienne vivant sur une île de l’archipel Haida Gwaii, au large de la Colombie-Britannique, un « projet de restauration des populations de saumons », lesquelles déclinaient dans cette région du Pacifique.
    Un important projet de géo-ingénierie ayant consisté à déverser cent tonnes de sulfate de fer dans l’océan Pacifique a été mené discrètement au large des côtes de la Colombie-Britannique par un homme d’affaires états-unien qui espérait ainsi générer de lucratifs crédits-carbone. Des fonctionnaires du gouvernement canadien étaient apparemment au parfum de ce projet qui contrevient à deux traités internationaux et qui pourrait avoir des effets néfastes sur l’écosystème marin.

    C’est ECT Group, un office de surveillance des nouvelles technologies, qui a découvert le pot aux roses et en a averti le journal britannique The Guardian, lequel a mené une enquête qui a permis de confirmer que le projet a été réalisé en juillet dernier avec l’assentiment de la population autochtone de l’archipel Haida Gwaii, anciennement appelé archipel des îles de la Reine-Charlotte.


    Le promoteur de ce projet est un homme d’affaires californien, Russ George, qui n’en était pas à sa première tentative de géo-ingénierie, c’est-à-dire d’utilisation d’une technologie visant à contrecarrer le réchauffement climatique. Au cours des dernières années, il a tenté de réaliser deux expériences de fertilisation océanique autour des îles Galapagos et des îles Canaries, mais les gouvernements équatorien et espagnol ont refoulé ses bateaux. Par cette technique de géo-ingénierie qui vise à enrichir en fer des régions de l’océan afin de favoriser la croissance du phytoplancton, qui par la photosynthèse absorbera du dioxyde de carbone (CO2) - ce qui en réduira le contenu dans l’atmosphère - et le séquestrera au fond des océans, Russ George espérait qu’en retirant du CO2 de l’atmosphère, il pourrait vendre des crédits sur le marché du carbone.


    Pour réaliser son dernier projet, cet entrepreneur peu scrupuleux a proposé à la communauté amérindienne vivant sur une île de l’archipel Haida Gwaii, au large de la Colombie-Britannique, un « projet de restauration des populations de saumons », lesquelles déclinaient dans cette région du Pacifique. Persuadé du bien-fondé du projet, le conseil du village d’Old Masset a accepté d’emprunter 2 millions de dollars de son fonds de réserve pour mettre sur pied la société Haida Salmon Restoration Corp. (HSRC) qui réaliserait le projet. La communauté autochtone n’a toutefois pas été prévenue que le projet comportait des risques environnementaux, et surtout qu’il violait des traités internationaux. « Pour convaincre la population locale, cet entrepreneur a fait valoir le fait qu’en enrichissant les océans en fer, on stimulera la chaîne trophique, ce qui permettra d’accroître les populations de poissons. Or, cet argument repose sur une « opinion » qui a été publiée dans la revue Fisheries Oceanography selon laquelle l’arrivée des cendres volcaniques en provenance d’Alaska dans la rivière Fraser aurait par leur contenu en fer induit l’éclosion de phytoplancton qui aurait favorisé la survie et la croissance des saumons sokeye », souligne l’océanographe Maurice Levasseur de l’Université Laval.

     

    Deux conventions


    Le déversement des 100 tonnes de poussière riche en fer provenant de l’Alberta dans le Pacifique à 300 km des îles Haida Gwaii enfreint la Convention des Nations unies sur la diversité biologique ainsi que la Convention de Londres sur le déversement de rebuts dans la mer, que le Canada a signées. « Russ George et son comparse, John Disney, président de HSRC, clament qu’ils tireront des crédits-carbone de ce projet, mais personne ne leur en accordera, car la fertilisation océanique est illégale », martèle Jim Thomas, chercheur à l’ECT Group du bureau de Montréal.


    De plus, « toutes les expériences de ce genre qui ont été effectuées par des chercheurs n’ont pas démontré jusqu’à maintenant que l’enrichissement en fer des océans induisait une grande capacité de séquestration du carbone », fait remarquer l’universitaire Maurice Levasseur qui a participé lui-même en 2002 à une expérience similaire, mais d’ampleur 100 fois moindre, dans la même région du Pacifique.


    Et c’est sans oublier les impacts négatifs qui risquent de se manifester à long terme et qui pourraient mettre en péril les écosystèmes marins, s’inquiètent les scientifiques.

     

    Un succès ?


    Lorsqu’ils ont été interrogés par certains médias, Russ George et John Disney ont présenté leur expérience comme un « formidable succès » puisqu’on peut voir sur de récentes images satellites une éclosion extraordinaire de phytoplancton couvrant une surface de 10 000 kilomètres carrés. John Disney a également affirmé sur les ondes de CBC que plusieurs organismes du gouvernement canadien - de l’Agence du revenu au Conseil national de recherche, en passant par Affaires autochtones et développement du Nord, Pêches et Océans, et Environnement Canada - étaient au courant de leur projet.


    Le gouvernement a répliqué à ces déclarations en affirmant avoir rencontré les promoteurs du projet, auxquels ils ont donné des fiches d’informations sur la fertilisation océanique, sur son illégalité et sur la nécessité d’obtenir un permis pour déverser du fer dans l’océan. « L’attitude du gouvernement canadien nous rend perplexe, car il affirme avoir rencontré les promoteurs du projet avant sa réalisation, mais il n’a pas surveillé pour autant s’il y avait des déversements en mer alors qu’il savait pourtant que Russ George est un géo-ingénieur connu qui avait tenté de mener à bien des projets similaires dans d’autres coins du monde. Le gouvernement canadien aurait dû être plus vigilant. De plus, le gouvernement a appris que le déversement avait eu lieu un mois et demi après la réalisation du projet, et il n’a rien fait de plus. Ce n’est que depuis que la controverse a éclaté dans les médias qu’Environnement Canada a affirmé qu’une enquête était en cours », raconte Jim Thomas d’ECT Group, avant d’ajouter que toute cette affaire a provoqué tout un émoi cette semaine à la 11e Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique qui a lieu en Inde et au cours de laquelle plusieurs pays espéraient resserrer le moratoire sur les technologies de géo-ingénierie. « Le Canada, qui est un des pays les plus favorables à la géo-ingénierie, s’y oppose et désire même un adoucissement du moratoire », précise Jim Thomas.

     
     
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