Découverte d’une exoplanète tout près de notre système solaire
En un peu plus de 16 ans de recherche, les astronomes ont confirmé l’existence de plus de 840 planètes extrasolaires et en ont dépisté plus de 2300 autres candidates dont l’existence doit être corroborée par d’autres équipes ou d’autres méthodes de détection. Le but avoué de cette chasse aux exoplanètes vise à découvrir une planète de même masse que la Terre qui orbiterait dans une zone habitable (à une distance de l’étoile où l’eau, si elle y est présente, se retrouverait à l’état liquide), autour de son étoile.
La nouvelle candidate possède donc une masse semblable à celle de la Terre et elle gravite autour d’une étoile comparable au Soleil, l’Alpha du Centaur B, l’une des trois étoiles du système le plus proche de notre Soleil, qui se situe à 4,4 années-lumière de la Terre.
Par contre, cette exoplanète se trouve beaucoup plus près de son étoile que la Terre l’est du Soleil. Située à 0,4 unité astronomique (une unité astronomique correspond à la distance entre la Terre et le soleil) de son étoile, elle effectue une orbite autour d’elle en 3,2 jours.
« Presque collée à son soleil, elle doit probablement ressembler à une sorte de Terre en fusion », affirme dans un communiqué de presse le directeur de l’Observatoire astronomique de l’Université de Genève, Stéphane Udry, qui est l’un des découvreurs. Ceux-ci rappellent toutefois dans leur publication que les planètes de petite masse se forment le plus souvent dans des systèmes multiplanétaires qui sont par ailleurs très communs. « Il y a donc de fortes probabilités que d’autres planètes gravitent autour d’Alpha du Centaur B, et peut-être même dans la zone habitable », écrivent-ils.
« On trouvera peut-être, dans deux ou cinq ans, qu’une autre planète de la taille de la Terre tourne autour de cette étoile dans la zone habitable, mais pour la détecter, il faudra des instruments au moins dix fois plus sensibles que ceux dont nous disposons aujourd’hui », affirme l’astronome Robert Lamontagne de l’Université de Montréal. La nouvelle exoplanète, qui fait l’objet d’un article dans Nature, a été détectée par la méthode des vitesses radiales qui permet de dépister une planète grâce aux petits mouvements que sa force de gravité induit sur son étoile. Ces mouvements se traduisent par des variations périodiques de la vitesse de l’étoile qui ont été déterminées par des observations répétées du spectre de l’étoile à l’aide d’HARPS (High Accuracy Radial Velocity Planetary Search), un spectrographe qui est installé sur le télescope de 3,6 m de l’European Southern Observatory situé à La Silla au Chili. Mis au point en Suisse, HARPS est aujourd’hui l’instrument le plus précis en son genre puisqu’il a pu mesurer une variation de 0,51 mètre par seconde de la vitesse de déplacement de l’étoile Alpha du Centaur B qui se trouve, rappelons-le, à 4,4 années-lumière du télescope.
Les chercheurs ont également dû faire face à une autre difficulté, celle d’extraire du spectre global de l’étoile enregistré par HARPS le signal associé à la planète. Il leur a donc fallu « éliminer tous les phénomènes périodiques générés par l’étoile elle-même qui brouillent notre vision », a précisé Xavier Dumusque, premier auteur de l’article. Or, ces phénomènes, ou effets parasites, sont nombreux et découlent notamment des oscillations sismiques, des mouvements de convection et de l’effet de gravité de son étoile soeur, l’Alpha du Centaur A, qui secouent périodiquement la surface de l’étoile.
Robert Lamontagne affirme ne pas remettre en cause la pertinence de l’article, mais il souligne le fait qu’il s’agit d’«une détection à la limite de ce qui est faisable avec les instruments actuels. L’existence de cette exoplanète doit être confirmée par d’autres mesures et par une autre équipe, car il y a eu par le passé quelques détections par la méthode des vitesses radiales qui n’ont pas été corroborées par d’autres équipes parce qu’elles avaient été effectuées dans les limites de l’instrument», prévient-il.








