Technologie: Téléphonie, le génie sort de sa bouteille
Skype conjugue téléphonie IP et P2P et sera le premier d'une série de progiciels qui feront trembler les entreprises de télécommunications
Les entreprises de télécommunications ne s'en doutent peut-être pas, mais le 29 août dernier, les concepteurs du progiciel d'échange de fichiers Kazaa ont décidé de s'attaquer à leur modèle d'affaires oligarchique en relâchant le logiciel Skype. Tout comme pour l'industrie du disque et celle du film, le génie vient de sortir de la bouteille, et il n'est pas question qu'il y retourne.
Pour Philippe Le Roux, stratège Internet, il ne fait aucun doute que le 29 août dernier, un nouveau génie vient d'être libéré de sa prison. Après l'industrie du disque qui tente «ad nauseam», mais en vain, de rectifier son modèle d'affaires rendu obsolète par le MP3 et Internet et l'industrie du film et de la vidéo qui commence à goûter à la même médecine, les grandes entreprises de télécommunications de la planète feront bientôt connaissance elles aussi avec le génie P2P.
Car il faut dire que depuis l'introduction des premiers logiciels utilisant les protocoles P2P, les Kazaa, Napster, LimeWire et autres outils du même acabit, les observateurs de la scène Internet ont tous vu dans leur boule de cristal que la véritable révolution du P2P restait à venir. D'ailleurs, dans ses prédictions annuelles, l'équipe de veilleurs de la firme VDL2 avait bien vu, mais sans trop savoir de quelle façon se manifesterait le génie, le potentiel que recelait le P2P.
«Cette approche qui renoue avec la racine de partage originelle de l'Internet va déboucher sur la mise en oeuvre d'applications qui vont bouleverser totalement certaines de nos façons de faire et dont on verra apparaître les prémices en 2002. Ce sera probablement autour du partage et de l'échange d'information, comme la veille, les outils de recherche ou de travail collaboratif.»
Bref, il semble bien que la téléphonie sera le prochain grand enjeu. Quant à s'attaquer à la suprématie de Google, ce sera pour une autre fois.
L'idée de concevoir un logiciel de communication utilisant les protocoles P2P n'est pas nouvelle. Il n'y a qu'à voir la popularité que connaissent les progiciels de messagerie personnelle comme ICQ ou MSN Messenger pour s'en convaincre. Cependant, les concepteurs de Skype sont parvenus à s'affranchir des limitations qui accablaient les autres technologies.
Contrairement aux autres produits actuellement sur le marché, Skype est un modèle de simplicité. Pas de configuration complexe et une interface utilisateur limpide, même pour un néophyte. Les murs coupe-feu et les autres dispositifs de protection qui réduisent au silence les technologies existantes n'ont aucun effet sur le bon fonctionnement de Skype. Quant à la qualité sonore, celle-ci dépasse tout ce qui se fait actuellement, y compris celle de la téléphonie traditionnelle.
Mais quid du secret des conversations? Selon les concepteurs de Skype, la confidentialité des conversations, garantie par l'utilisation d'un procédé de chiffrement, utilise le même algorithme que les organisations gouvernementales américaines.
En ce qui concerne la plateforme logicielle, Windows, les concepteurs de Skype ne font pas grand mystère sur la sortie de nouvelles moutures conçues pour le Mac, Linux, mais aussi et surtout, Palm OS et Pocket PC, deux systèmes d'exploitation de plus en plus populaire dans les nouveaux téléphones portables intelligents (Smartphone).
Un impact profond
Pour l'industrie des télécommunications, qui, depuis toujours, s'appuie sur une forte infrastructure centralisée, l'arrivée de progiciels comme Skype (car il y en aura d'autres, n'en doutez pas), aura un impact profond sur leur mode d'opération et leur modèle d'affaires oligarchique. Car après tout, cette nouvelle utilisation des technologies P2P n'a pas à se préoccuper d'enjeux de droits d'auteur. Les seuls enjeux ici sont reliés à l'utilisation d'un réseau et de coût à la minute.
Je vous laisse imaginer les impacts économiques incroyables qu'aura l'utilisation des technologies P2P, si soudainement, des centaines de milliers d'utilisateurs se désabonnent des plans de téléphonie interurbaine à la «Simplitel». Ou pire, si les entreprises de télécommunication cellulaire comme Microcel, Bell Mobilité ou Rogers voient une grande partie de leur clientèle se désabonner des forfaits «voix» pour ensuite s'abonner uniquement à des plans Internet sans fil et transmission de données.
Alarmiste pour rien le chroniqueur? Parlez-en à l'industrie du disque qui, en 1996, niait la nécessité de revoir son modèle d'affaires et qui aujourd'hui, se sent obligée aujourd'hui de traîner ses clients, y compris enfants et vieillards, devant les tribunaux. Parlez-en aux dirigeants de l'industrie du film et de la vidéo qui semble vouloir répéter les mêmes erreurs.
Au bon moment
Et les concepteurs de Skype semblent avoir judicieusement le bon moment pour lancer leur petite bombe. Les réseaux haute vitesse se sont démocratisés, l'Internet sans fil est maintenant une réalité et les technologies P2P et audio numérique sont maintenant au point.
Pour Philippe Le Roux, l'arrivée de Skype le conduit à concevoir l'équation suivante: «WiFi + téléphonie P2P = mort de la poule aux oeufs d'or.»
«Même si Skype n'est que le premier d'une longue série de logiciels et d'expérimentations diverses qui mèneront à l'établissement d'une norme mondiale, un fait demeure; la combinaison de la téléphonie IP et des technologies P2P sonneront la revanche des consommateurs sur une industrie qui les a toujours tenus en otage de réglementations et de standards fermés.»
Car même si la première version de Skype, lancée le 29 août 2003, est limitée aux appels de PC à PC, il n'y a aucun doute, et les géniteurs de Skype le déclarent haut et fort, il ne s'agit que d'une première étape. La seconde permettra de faire des appels de PC à téléphone conventionnel, ou l'inverse.
De plus, tout comme pour les réseaux de téléphonie IP que Bell met en place en ce moment et qui devraient être offerts bientôt aux consommateurs, il sera possible dans un futur rapproché, grâce aux technologies P2P, de faire de la vidéoconférence et du travail collaboratif en plus d'avoir accès à une messagerie unifiée. La seule différence: le coût.
En moins de 12 jours, 110 000 personnes ont téléchargé Skype, un chiffre supérieur à celui de Kazaa. Maintenant, il ne reste plus qu'à savoir si les entreprises de télécommunications oseront demander au génie de réaliser un voeu. Si j'étais un dirigeant de ces entreprises, je le ferais sans hésitation, de crainte de connaître le même sort que l'industrie du disque.
Pour Philippe Le Roux, stratège Internet, il ne fait aucun doute que le 29 août dernier, un nouveau génie vient d'être libéré de sa prison. Après l'industrie du disque qui tente «ad nauseam», mais en vain, de rectifier son modèle d'affaires rendu obsolète par le MP3 et Internet et l'industrie du film et de la vidéo qui commence à goûter à la même médecine, les grandes entreprises de télécommunications de la planète feront bientôt connaissance elles aussi avec le génie P2P.
Car il faut dire que depuis l'introduction des premiers logiciels utilisant les protocoles P2P, les Kazaa, Napster, LimeWire et autres outils du même acabit, les observateurs de la scène Internet ont tous vu dans leur boule de cristal que la véritable révolution du P2P restait à venir. D'ailleurs, dans ses prédictions annuelles, l'équipe de veilleurs de la firme VDL2 avait bien vu, mais sans trop savoir de quelle façon se manifesterait le génie, le potentiel que recelait le P2P.
«Cette approche qui renoue avec la racine de partage originelle de l'Internet va déboucher sur la mise en oeuvre d'applications qui vont bouleverser totalement certaines de nos façons de faire et dont on verra apparaître les prémices en 2002. Ce sera probablement autour du partage et de l'échange d'information, comme la veille, les outils de recherche ou de travail collaboratif.»
Bref, il semble bien que la téléphonie sera le prochain grand enjeu. Quant à s'attaquer à la suprématie de Google, ce sera pour une autre fois.
L'idée de concevoir un logiciel de communication utilisant les protocoles P2P n'est pas nouvelle. Il n'y a qu'à voir la popularité que connaissent les progiciels de messagerie personnelle comme ICQ ou MSN Messenger pour s'en convaincre. Cependant, les concepteurs de Skype sont parvenus à s'affranchir des limitations qui accablaient les autres technologies.
Contrairement aux autres produits actuellement sur le marché, Skype est un modèle de simplicité. Pas de configuration complexe et une interface utilisateur limpide, même pour un néophyte. Les murs coupe-feu et les autres dispositifs de protection qui réduisent au silence les technologies existantes n'ont aucun effet sur le bon fonctionnement de Skype. Quant à la qualité sonore, celle-ci dépasse tout ce qui se fait actuellement, y compris celle de la téléphonie traditionnelle.
Mais quid du secret des conversations? Selon les concepteurs de Skype, la confidentialité des conversations, garantie par l'utilisation d'un procédé de chiffrement, utilise le même algorithme que les organisations gouvernementales américaines.
En ce qui concerne la plateforme logicielle, Windows, les concepteurs de Skype ne font pas grand mystère sur la sortie de nouvelles moutures conçues pour le Mac, Linux, mais aussi et surtout, Palm OS et Pocket PC, deux systèmes d'exploitation de plus en plus populaire dans les nouveaux téléphones portables intelligents (Smartphone).
Un impact profond
Pour l'industrie des télécommunications, qui, depuis toujours, s'appuie sur une forte infrastructure centralisée, l'arrivée de progiciels comme Skype (car il y en aura d'autres, n'en doutez pas), aura un impact profond sur leur mode d'opération et leur modèle d'affaires oligarchique. Car après tout, cette nouvelle utilisation des technologies P2P n'a pas à se préoccuper d'enjeux de droits d'auteur. Les seuls enjeux ici sont reliés à l'utilisation d'un réseau et de coût à la minute.
Je vous laisse imaginer les impacts économiques incroyables qu'aura l'utilisation des technologies P2P, si soudainement, des centaines de milliers d'utilisateurs se désabonnent des plans de téléphonie interurbaine à la «Simplitel». Ou pire, si les entreprises de télécommunication cellulaire comme Microcel, Bell Mobilité ou Rogers voient une grande partie de leur clientèle se désabonner des forfaits «voix» pour ensuite s'abonner uniquement à des plans Internet sans fil et transmission de données.
Alarmiste pour rien le chroniqueur? Parlez-en à l'industrie du disque qui, en 1996, niait la nécessité de revoir son modèle d'affaires et qui aujourd'hui, se sent obligée aujourd'hui de traîner ses clients, y compris enfants et vieillards, devant les tribunaux. Parlez-en aux dirigeants de l'industrie du film et de la vidéo qui semble vouloir répéter les mêmes erreurs.
Au bon moment
Et les concepteurs de Skype semblent avoir judicieusement le bon moment pour lancer leur petite bombe. Les réseaux haute vitesse se sont démocratisés, l'Internet sans fil est maintenant une réalité et les technologies P2P et audio numérique sont maintenant au point.
Pour Philippe Le Roux, l'arrivée de Skype le conduit à concevoir l'équation suivante: «WiFi + téléphonie P2P = mort de la poule aux oeufs d'or.»
«Même si Skype n'est que le premier d'une longue série de logiciels et d'expérimentations diverses qui mèneront à l'établissement d'une norme mondiale, un fait demeure; la combinaison de la téléphonie IP et des technologies P2P sonneront la revanche des consommateurs sur une industrie qui les a toujours tenus en otage de réglementations et de standards fermés.»
Car même si la première version de Skype, lancée le 29 août 2003, est limitée aux appels de PC à PC, il n'y a aucun doute, et les géniteurs de Skype le déclarent haut et fort, il ne s'agit que d'une première étape. La seconde permettra de faire des appels de PC à téléphone conventionnel, ou l'inverse.
De plus, tout comme pour les réseaux de téléphonie IP que Bell met en place en ce moment et qui devraient être offerts bientôt aux consommateurs, il sera possible dans un futur rapproché, grâce aux technologies P2P, de faire de la vidéoconférence et du travail collaboratif en plus d'avoir accès à une messagerie unifiée. La seule différence: le coût.
En moins de 12 jours, 110 000 personnes ont téléchargé Skype, un chiffre supérieur à celui de Kazaa. Maintenant, il ne reste plus qu'à savoir si les entreprises de télécommunications oseront demander au génie de réaliser un voeu. Si j'étais un dirigeant de ces entreprises, je le ferais sans hésitation, de crainte de connaître le même sort que l'industrie du disque.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

