L’invention de la poterie est repoussée de plus de 2000 ans
La datation au radiocarbone d’ossements d’animaux disposés autour de contenants de céramique découverts dans une grotte de la Chine repousse de 2000 à 3000 ans l’invention de la poterie par les hommes, affirment les auteurs d’un article paru dans l’édition du 29 juin dernier de Science.
La poterie, qui correspond à la fabrication de récipients en pâte argileuse cuite, a révolutionné la diète des humains, ainsi que ses moyens de subsistance, en permettant l’entreposage des aliments, leur préparation et leur cuisson. Jusqu’à récemment, on croyait que la poterie avait fait son apparition durant la révolution néolithique grâce aux mains agiles de populations humaines sédentaires qui pratiquaient l’agriculture et l’élevage d’animaux domestiques.
Mais de nouvelles recherches ont permis de découvrir en Chine, au Japon et en Russie orientale des spécimens encore plus anciens datant des chasseurs-cueilleurs nomades ou semi-nomades, soit 10 000 ans avant l’émergence de l’agriculture. Des céramiques datant d’il y a 17 000 à 18 000 ans ont notamment été exhumées de la grotte Yuchanyan, dans la province du Hunan en Chine.
Cette fois, des archéologues de l’Université de Pékin, d’Eberhard Karls, à Tübingen en Allemagne, des universités de Boston et de Harvard aux États-Unis affirment détenir des céramiques ayant été trouvées dans la grotte de Xianrendong, dans la province chinoise de Jiangxi, qui datent de 19 000 à 20 000 ans, comme en témoigne la datation au radiocarbone de fragments d’os de cerf retrouvés à proximité de ces tessons de poterie. Cette époque « coïncide avec la période du dernier âge glaciaire, qui se caractérise par une diminution de la productivité des ressources alimentaires dans la région. Or, utilisée pour la cuisson, la poterie a permis de tirer beaucoup de calories d’aliments riches en amidon et de la viande », écrivent les auteurs de l’article.
La surface de ces poteries les plus anciennes du monde est unie ou marquée par l’empreinte d’un cordon. Certaines présentent des stries parallèles sur leurs surfaces intérieure et extérieure, probablement parce que celui qui les a fabriquées a voulu les lisser avec des brins d’herbe. Plusieurs tessons portent sur leur surface extérieure des signes de brûlé et de suie, qui portent à croire qu’on les a bien utilisés pour faire de la cuisson.
Les archéologues qui ont fait cette découverte affirment que « l’invention hâtive de la poterie dans cette région du monde pourrait avoir joué un rôle-clé dans les transformations démographiques et sociales qu’ont subies les populations humaines pour s’adapter aux changements climatiques qui avaient lieu en Asie de l’Est, adaptations qui ont abouti à la sédentarité et conséquemment à l’émergence de la culture du riz sauvage », avancent les chercheurs dans leur publication.








