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Recherche - Un financement essentiellement public

29 juin 2012 | Rémi Quirion - Scientifique en chef du Québec | Science et technologie
Une part non négligeable des recherches universitaires sont issues de contributions du privé.
Photo : Nati Harnik Associated Press Une part non négligeable des recherches universitaires sont issues de contributions du privé.
Certains grands quotidiens faisaient récemment état d’inquiétudes, de la part de chroniqueurs et de chercheurs, concernant la place de l’entreprise privée dans le financement de la recherche dans nos universités. On affirme que l’entreprise privée financerait très largement la recherche universitaire et en déterminerait même parfois les résultats.

En poste depuis septembre 2011, je viens de terminer une tournée des universités québécoises et une série de rencontres avec les collèges. Ces visites m’ont permis d’apprécier la très grande qualité de la recherche qui se fait, soit sur une base individuelle ou dans les centres et les équipes de recherche au Québec. J’ai également été à même de constater le riche potentiel des étudiants-chercheurs et de leur aspiration à une carrière en science. De ce fait, cette tournée m’a surtout permis de mesurer l’importance du financement public de la recherche pour notre société.


Un financement essentiellement public


Selon les plus récentes données au Québec, publiées par l’Institut de la statistique du Québec, seulement 9,1 % des 2,8 milliards de dollars consacrés à la recherche et développement (R et D) en 2009 dans les établissements d’enseignement supérieur proviennent de l’entreprise privée. Cette proportion est relativement stable depuis une dizaine d’années. La situation est assez similaire à l’échelle du Canada. Ici, je ne tiens pas compte du financement de la recherche universitaire provenant des organismes privés sans but lucratif, qui compte pour 8,6 % de la recherche universitaire. Que ce soit au Québec ou au Canada, une grande part de l’argent investi en recherche universitaire par les gouvernements prend la voie de programmes de bourses et de subventions très compétitifs, gérés par des organismes de recherche. Parmi ces organismes, on retrouve les trois conseils fédéraux et, plus particulièrement, les trois Fonds de recherche du Québec que je dirige à titre de scientifique en chef, soit le Fonds Nature et Technologies (sciences naturelles et du génie), le Fonds Santé (sciences de la santé) et le Fonds Société et Culture (sciences sociales et humaines, arts et lettres).


Dotés d’un budget global de 205 millions de dollars, ces trois Fonds allouent une grande part du financement accordé par le gouvernement du Québec pour la formation des étudiants-chercheurs (bourses) et la recherche universitaire et collégiale (subventions).


Place du privé


Quelle est la place de l’entreprise privée dans le budget global des Fonds ? En 2010-2011, les Fonds de recherche du Québec ont octroyé 137 millions de dollars en subventions de recherche. De ce montant, 34 millions de dollars ont été dédiés à la recherche en partenariat, c’est-à-dire à la recherche orientée par les besoins de connaissances et d’innovation de la société civile, de l’État ou de l’industrie.


De la recherche orientée et payée majoritairement par des ministères québécois et, dans une moindre mesure, par l’entreprise privée. En fait, la contribution de l’entreprise privée compte pour 14 % des 34 millions de dollars.


Précisons que les demandes de subventions de recherche orientée sont soumises au même processus d’évaluation par les pairs que celui des autres programmes, suivant des règles d’analyse rigoureuses, et aux comités d’éthique de la recherche, selon les plus hautes normes d’éthique et d’intégrité scientifique reconnues : le taux de succès avoisine généralement les 40 %.


De plus, quelles que soient les conclusions des recherches orientées, les chercheurs sont libres de diffuser leurs résultats, tant dans des revues scientifiques, dotées elles aussi de comité de pairs très stricts, qu’auprès du grand public.


Un investissement qui porte ses fruits


Qu’elle soit libre ou orientée par le secteur public ou l’entreprise privée, la recherche soutenue par les Fonds nous permet de mieux comprendre les phénomènes de toutes sortes et a des impacts significatifs pour la société québécoise. Par exemple, elle a conduit directement au développement d’un procédé de déphosphatation biologique des eaux usées qui a permis à des municipalités québécoises de faire des économies substantielles ; à la conception et à la mise en place du programme de développement des habiletés sociales Fluppy, répandu dans les maternelles du Québec, qui réduit les problèmes d’agressivité et de turbulence chez les enfants ; à plusieurs brevets liés à des technologies pour le diagnostic et le traitement de maladies cardiovasculaires, dont certains ont donné lieu à la création d’entreprises dérivées.


Ces quelques exemples parmi plusieurs autres nous montrent que l’effet des subventions de recherche en matière d’innovations pour la société prend plusieurs années, souvent de 15 à 20ans. C’est vrai au Québec comme ailleurs dans le monde. Il faut investir maintenant pour les innovations économiques et sociales de demain. Nombre de chercheurs mènent actuellement des recherches dites fondamentales, sans toujours soupçonner l’impact que leurs travaux pourraient avoir dans une ou deux décennies. La découverte du laser, appliquée aujourd’hui tant à la chirurgie qu’à la musique, nous le rappelle avec acuité.


Pour les étudiants, l’effet des subventions est beaucoup plus immédiat ! Grâce à elles, les centres ou équipes de recherche embauchent des étudiants pour participer à leurs travaux de recherche. Il s’agit de dizaines de millions de dollars versés en salaires et en bourses aux étudiants. À ce soutien s’ajoutent les 45 millions de dollars sous forme de bourses de formation à la recherche et de stages que les Fonds de recherche du Québec accordent chaque année à quelques milliers d’étudiants de maîtrise et de doctorat, de résidents et de stagiaires postdoctoraux. Pour plusieurs d’entre eux, la bourse obtenue des Fonds, à la suite d’une révision exigeante par des comités d’évaluation, trace la voie vers une carrière en recherche.


Par leurs programmes de bourses et de subventions, les Fonds de recherche du Québec assurent ainsi une relève en recherche, que ce soit pour une future carrière universitaire ou dans l’industrie, la fonction publique, les organisations non gouvernementales, etc. Ces programmes permettent surtout aux étudiants de concrétiser leur goût pour la recherche, de s’engager par exemple dans la découverte d’une molécule, la compréhension d’un comportement humain ou collectif, l’explication d’un phénomène naturel, la création d’une oeuvre unique. Bref, d’aspirer à une carrière de chercheur des plus stimulantes et être ainsi un acteur de premier plan de la société du savoir que le Québec est en train de se donner.


En définitive, le financement public de la recherche, libre ou orientée, est synonyme de découverte, d’avancement de connaissances et d’innovation pour le Québec. Le financement public de la formation à la recherche est un appui tangible aux étudiants-chercheurs en vue d’une carrière en science. Une carrière exaltante pour ceux qui s’y engagent et combien bénéfique pour la société québécoise. Il s’agit en fait d’un juste retour du balancier, car une carrière en recherche est un privilège que nous offre la société québécoise.

 
 
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