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Évolution: un pied polyvalent

4 avril 2012 16h21 | Pauline Gravel | Science et technologie
Quelques os de pied découverts en Éthiopie viennent encore une fois complexifier la généalogie du bipède. Ces nouveaux morceaux du casse–tête de l’évolution humaine sont décrits par le menu dans la dernière édition de la revue Nature.

Les huit petits os en question, métatarses et phalanges d’un pied droit, ont été exhumés par Yoannes Hailé-Selassié et ses collègues de la Case Western Reserve University à Cleveland en Ohio, de couches sédimentaires datant de 3,4 millions d’années. Ils appartenaient donc à un contemporain de l’espèce Australopithecus afarensis, celle de Lucy, dont les restes avaient été trouvés dans la même région de l’Afar en Éthiopie en 1974.

Toutefois, tandis que Lucy avait définitivement adopté — selon plusieurs paléoanthropologues — la démarche bipède, caractéristique humaine par excellence, le nouveau spécimen, dénommé BRT-VP-2 pour le moment, avait des pieds lui permettant encore de grimper aux arbres comme les singes. Contrairement aux pieds humains dont tous les orteils sont alignés vers l’avant, le pied de BRT-VP-2 comportait un gros orteil court et divergent par rapport aux autres orteils du pied. «Opposable», ce gros orteil lui permettait vraisemblablement de s’agripper aux branches et de grimper aux arbres à la manière des gorilles.

Les huit os de BRT-VP-2  présentent par ailleurs plusieurs adaptations associées à la bipédie. Notamment, les phalanges s’articulant avec les métatarses sont inclinées vers le haut, et les extrémités des métatarses sont larges et arrondies. «Ces caractéristiques qui sont typiques des homininés plus tardifs suggèrent que les jointures des orteils de BRT-VP-2 pouvaient se plier aisément et aider à pousser le corps vers l’avant à la fin d’un pas», indique Daniel Lieberman du département de biologie de l’évolution humaine de l’Université Harvard, dans un commentaire publié dans la même édition de Nature.

Par contre, le pied de BRT-VP-2 ne possédait pas d’arche longitudinale, qui chez les humains permet de transférer le poids du corps de l’intérieur vers la base du gros orteil et aide à pousser le corps vers l’avant et le haut à la fin d’un pas.

En fait, toutes ces caractéristiques font en sorte que le pied de BRT-VP-2 ressemble plus particulièrement à celui d’Ardipithecus ramidus, une espèce d’homininé ayant vécu un million d’années plus tôt que BRT-VP-2, il y a 4,4 millions d’années, et qui vraisemblablement pouvait grimper aux arbres et marchait droit sur ses deux jambes occasionnellement.

Selon Bruce Latimer, co-découvreur du fossile, l’homininé BRT-VP-2 avait conservé la capacité de saisir des objets avec son gros orteil et marchait sur ses deux jambes avec une démarche bizarre, pas vraiment humaine.

Bien qu’ils soient tentés de décréter que ces fossiles de pied appartiennent à une nouvelle espèce, les découvreurs ne se sont pas avancés jusque là. Mais ils s’activent à poursuivre leur recherche sur le terrain dans l’espoir de retrouver d’autres parties du squelette qui viendraient corroborer leur intenetion.

Somme toute, cette découverte nous apprend que les modes de locomotion des homininés étaient probablement plus diversifiés qu’on ne le pensait.

Pour le paléoanthropologue William Harcourt-Smith de la City University of New York (CUNY) et de l’American Museum of Natural History de New York, le fait que «différentes lignées d’homininé expérimentaient différents types de locomotion en position verticale est tout à fait logique». Le paléoanthropologue Jeremy DeSilva de l’Université de Boston fait remarquer pour sa part qu’ils se serait bien «attendu à trouver un tel pied chez un homininé beaucoup plus ancien, plutôt que chez un contemporain de Lucy, dont le pied est beaucoup plus évolué. Cette découverte montre que la bipédie a été testée à plusieurs reprises au cours de l’évolution humaine», dit-il.

Et oui, la bipédie ne serait pas apparue subitement.
 
 
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