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    Google resserre son emprise sur les données des internautes

    Google a donné le coup d'envoi de sa nouvelle politique de confidentialité qui devrait lui permettre à terme de resserrer son emprise sur les données des internautes abonnés à ses services
    Photo : Agence Reuters Google a donné le coup d'envoi de sa nouvelle politique de confidentialité qui devrait lui permettre à terme de resserrer son emprise sur les données des internautes abonnés à ses services
    Les craintes exprimées par les défenseurs des libertés civiles et les appels à la prudence lancés par plusieurs pays, dont le Canada, depuis le début de l'année n'y ont rien changé: hier, Google a donné le coup d'envoi de sa nouvelle politique de confidentialité qui devrait lui permettre à terme de resserrer son emprise sur les données des internautes abonnés à ses services. Une mise à jour nécessaire, dit la multinationale américaine, pour aider ses fidèles à «tirer plus du Web», mais qui s'accompagne de plusieurs zones troubles, estime toutefois le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, comme bien d'autres gardiens de la vie privée dans le monde.

    Critiqué, mais pas arrêté. Sur son blogue, Google a annoncé, à minuit 1 dans la nuit de mercredi à hier, l'entrée en vigueur de sa nouvelle politique en se montrant toutefois rassurante: il s'agit du «même cadre d'utilisation, avec le même contrôle», a résumé la compagnie de Mountain View, tout en soulignant que ces «changements» visent avec le temps à «améliorer [ses] produits», au bénéfice de ses usagers.

    En substance, le géant de la recherche, de la diffusion de vidéo et de la cartographie numérique vient avec cette refonte d'unifier en une seule politique de confidentialité les quelque 60 politiques associées jusqu'à hier à l'ensemble de ses services. Désormais, tous les produits de l'empire Google, de la messagerie (Gmail) au réseau social (Google+) en passant par YouTube, Google Maps, Google View et les autres entrent dans un seul cadre de gestion de la vie privée.

    «Cette nouvelle politique ne change pas nos critères de protection de la vie privée, ni la façon dont les informations personnelles sont partagées à l'extérieur de Google», a indiqué hier Alma Whitten, responsable de la sécurité chez Google sur le blogue de l'entreprise, tout en précisant qu'à l'avenir, «nous traiterons» chaque usager «comme un utilisateur unique à travers tous nos produits».

    En vertu de cette nouvelle politique, Google peut désormais centraliser les informations obtenues sur un usager dans l'ensemble des services qu'il utilise. Cette vision d'ensemble pourrait alors être mise à contribution pour guider les résultats de recherche dans le moteur de recherche, en fonction des conversations qui se sont déroulées sur Google+, sur Gmail ou encore des recherches effectuées sur YouTube. «Peut-être pourrons-nous vous dire que vous serez en retard à un rendez-vous en prenant en compte votre localisation, votre agenda ou encore les conditions de circulation», explique Google.

    «Si vous faites souvent des recherches sur Jamie Oliver [le chef cuisinier britannique], nous pourrons vous recommander des vidéos de Jamie Oliver quand vous recherchez des recettes sur YouTube ou encore nous pourrions mettre en ligne des publicités pour ses livres quand vous êtes sur un autre service Google», ajoute Alma Whitten. Notons toutefois que cette collecte unifiée de l'information ne concerne que les abonnés à des services Google qui naviguent dans le cyberespace tout en ayant activé un de leurs comptes.

    L'usage anonyme

    L'usage de manière anonyme des services de la multinationale reste possible lorsque ces comptes sont déconnectés. Les personnes qui ne possèdent pas de compte Google, sur l'un de ses services, ne sont pas affectées par ce changement de politique.

    N'empêche, pour John Simpson, du groupe américain de défense des consommateurs Consumer Watchdog, cette mise à jour n'a rien d'inspirant. «Appeler ça une politique de confidentialité, c'est du double langage orwellien [en référence au roman 1984], dit-il. Google ne vous dit pas qu'il va protéger votre intimité. Il vous explique comment il va rassembler des informations sur vous à partir de tous ses services, combiner tout cela et utiliser ce gros dossier numérique pour vendre plus de publicité.»

    Vendredi dernier, dans une lettre adressée à Google, le Commissariat à la protection de la vie privée a lui aussi fait part de ses inquiétudes à la multinationale américaine en rappelant que l'historique de recherche d'une personne peut contenir des informations «très sensibles», comme «l'endroit où il habite, ses intérêts, son âge, son orientation sexuelle, sa religion, ses problèmes de santé et bien plus», peut-on lire. «Les changements apportés [...] ne font pas en sorte que Google recueillera plus de renseignements sur ses utilisateurs qu'elle le fait actuellement. Par contre, ils créent de nouveaux moyens [en combinant les historiques] d'utiliser les renseignements qui pourraient rendre certains utilisateurs inconfortables.»

    Le Commissariat s'inquiète également de quelques zones opaques dans cette refonte qui reste floue, par exemple sur la durée de conservation des informations, qui n'offre pas une communication claire pour informer les internautes des outils à leur disposition pour esquiver cette surveillance passive et qui semble empêcher les usagers du système Android, utilisé pour les applications de Google en format mobile, de se soustraire à la collecte de données personnelles.

    La réaction européenne

    Les réponses apportées jusqu'à maintenant par la multinationale laissent toutefois l'organisme sur sa faim, a indiqué hier au Devoir Valérie Lawton, porte-parole du Commissariat, tout en soulignant qu'une nouvelle lettre va être envoyée afin d'exprimer les craintes du protecteur canadien de la vie privée. Craintes partagées d'ailleurs par plusieurs de ses homologues à travers le monde.

    Hier, la commissaire européenne à la justice a vertement dénoncé l'attitude de Google, et surtout son manque de transparence en matière d'utilisation des informations personnelles collectées. «Nous ne sommes pas en train de jouer à un jeu ici», a dit Viviane Reding dans une entrevue accordée au quotidien britannique The Guardian. «Toutes les compagnies qui veulent utiliser le marché européen — et ses 500 millions de citoyens — doivent le faire en respectant les traités en vigueur», ce que la nouvelle politique de Google ne ferait pas, selon elle.

    Mardi en France, la Commission nationale informatique et liberté (CNIL) avait réclamé le report de l'entrée en vigueur des nouvelles règles de confidentialité de Google en évoquant des inquiétudes liées à l'utilisation de données combinées collectées sur l'ensemble des services de la multinationale.

    Cette nouvelle salve contre Google et sa gestion de la confidentialité confirme les tensions qui se multiplient dans les univers numériques autour des questions liées à la vie privée. Hier, d'ailleurs, le Commissariat canadien à la vie privée a dévoilé les résultats de son enquête sur le réseau social canadien Nexopia, prisé par près de 1,6 million de jeunes au pays comme ailleurs. Dans les grandes lignes, l'organisme estime que les politiques de ce réseau originaire de l'Alberta ont des «lacunes en matière de protection des renseignements personnels»: des paramètres de contrôle inappropriés pour le jeune public cible, l'absence de consentements valables, une logique de conservation trop longue et une communication des informations avec de tierces parties sans consentement sont au nombre des récriminations.

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    Avec l'Agence France Presse
     
     
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