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Particules élémentaires - Un peu plus près du boson de Higgs

Pauline Gravel   14 décembre 2011  Science et technologie
Image montrant une collision de particules provoquée dans le Large Hadron Collider de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN).<br />
Photo : Agence France-Presse Fabrice Coffrini
Image montrant une collision de particules provoquée dans le Large Hadron Collider de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN).
Le Large Hadron Collider (LHC) a été construit sous la frontière franco-suisse principalement dans l'espoir de l'épingler, car jusqu'à maintenant il a toujours échappé à la traque des physiciens. Hier, ceux qui pourchassent l'insaisissable boson de Higgs au LHC ont affirmé avoir décelé des indices de son éphémère présence. Ils ne crient toutefois pas encore victoire, mais ils espèrent apporter la preuve définitive de leur prise dans un an.

Voilà plus de 40 ans que les physiciens espèrent observer le fameux boson de Higgs, qui tire son nom du physicien britannique Peter Higgs, lequel avait émis l'idée de son existence pour expliquer comment les particules produites au cours du Big Bang avaient acquis une masse.

Or, jusqu'à récemment, les physiciens n'avaient jamais pu voir cette particule, dont la théorie prédit l'existence. Tous les physiciens adhèrent à la théorie du modèle standard, qui décrit l'ensemble des particules élémentaires constituant la matière, mais dont «une des prédictions, celle de l'existence du boson de Higgs, n'a pas encore été confirmée. Tout le monde croit que le boson de Higgs existe, mais on cherche une preuve de son existence», souligne d'entrée de jeu David London, professeur au Département de physique de l'Université de Montréal.

On dit que le boson de Higgs est insaisissable en raison de sa grande instabilité, qui ne facilite pas la tâche des scientifiques qui tentent de confirmer expérimentalement son existence. Dès qu'il est produit, le boson de Higgs se désintègre aussitôt en d'autres particules. Et ce sont ses produits de désintégration que l'on essaie de détecter après avoir provoqué des collisions entre protons. «Lorsqu'un quark issu d'un premier proton percute un antiquark provenant de l'éclatement d'un autre proton apparaissent diverses particules, dont un boson z, lequel se désintègre en boson de Higgs. Ce dernier donne à son tour naissance à un quark b [pour bottom] et un antiquark b, qui tous les deux se décomposent en électron, positron, neutrino, antineutrino, quark c et antiquark c, que l'on capte dans les grands détecteurs du LHC», précise M. London.

Les deux grandes expériences menées au LHC à l'aide des détecteurs ATLAS et CMS ont présenté chacune de leur côté de fortes probabilités que le boson de Higgs ait une masse de 125 gigaéectronvolts (GeV), soit 125 fois celle d'un proton (1 GeV). «La signifiance statistique n'est toutefois pas suffisante pour permettre de conclure», a affirmé hier Guido Tonelli, porte-parole de l'expérience CMS, au cours d'une communication publique au CERN, l'organisation européenne pour la recherche nucléaire qui gère le LHC. «À ce stade, ce que nous voyons correspond soit à une fluctuation du bruit de fond, soit à la présence du boson. Des analyses plus fines et les données supplémentaires que nous fournira cette magnifique machine en 2012 nous donneront assurément la réponse.»

Une recherche difficile

La chasse au boson de Higgs n'est pas simple pour diverses raisons, explique M.London. «Aucun autre collisionneur n'était parvenu à produire des bosons de Higgs, car l'énergie des collisions qu'on y provoquait n'était pas suffisante», fait remarquer le physicien du Groupe de physique des particules de l'Université de Montréal.

Le LHC accélère deux faisceaux de protons à des vitesses approchant celle de la lumière avant de les diriger l'un contre l'autre, ce qui induit des collisions entre protons qui sont susceptibles de faire apparaître des bosons de Higgs qui auraient une masse de l'ordre de 125 GeV.

Deuxièmement, «les produits de la désintégration du boson de Higgs sont difficiles à détecter avec certitude, car le quark b et l'antiquark b qui en font partie peuvent aussi être produits par la désintégration d'autres particules, comme le boson z. Il faut donc non seulement pouvoir détecter les quarks b et antiquarks b, mais aussi mesurer leur énergie afin de s'assurer qu'ils proviennent bien d'un Higgs. Et comme la mesure de l'énergie de ces particules est approximative, il faut rassembler un nombre suffisant d'événements pour s'assurer qu'elles proviennent bien d'un Higgs et non du bruit de fond, lequel fait référence aux événements autres que ceux qui sont recherchés», explicite le chercheur.

David London se réjouit de l'annonce du CERN. Il n'avait bien sûr aucun doute sur l'existence du boson de Higgs, mais des preuves de son existence lui apparaissent nécessaires. «Lors d'un congrès de physique qui avait lieu en Inde cet été, les physiciens du LHC n'avaient toujours rien vu, rien trouvé à propos du boson de Higgs, tous leurs résultats étaient négatifs. Nous, les spécialistes des particules, étions profondément déçus, raconte-t-il. Cela veut donc dire que cet été, ils n'avaient pas accumulé assez de données, alors que maintenant les statistiques commencent à parler. Et quand le directeur du CERN nous dit de revenir dans un an, c'est qu'il croit qu'avec davantage de données, on disposera d'un signal statistiquement significatif.»

Si elle est confirmée, l'existence du boson de Higgs viendra essentiellement confirmer le modèle standard. «Subsisteront néanmoins d'autres interrogations, à savoir pourquoi les particules possèdent des masses différentes», soulève M. London, avant d'ajouter que la confirmation de l'existence d'un boson de Higgs ayant une masse de 125 GeV donnera aussi du poids à la «supersymétrie, un élément de la théorie des cordes qui prédit l'existence d'un boson de Higgs assez léger, c'est-à-dire de l'ordre de 125 GeV».

Quand on demande à David London pourquoi le boson de Higgs a été surnommé «particule divine», on sent tout de suite que la seule évocation de Dieu heurte l'esprit du physicien. «Aucun physicien n'y fait allusion, et ce n'est pas un physicien qui a lancé cette appellation qui veut probablement souligner le fait que le boson de Higgs donne une masse aux particules, et qu'il fait tout comme Dieu!», précise-t-il.

***

Mise à jour, le 14 décembre 2011

Une physicienne du CERN nous a rappelé aujourd'hui que c'est le livre intitulé «The God Particle: if the Universe is the answer, what is the question?» du physicien états-unien Leon M. Lederman, lauréat du prix Nobel de physique en 1988, qui est à l'origine du surnom attribué au boson de Higgs, surnom qui est principalement utilisé dans les médias. Pour la petite histoire, Lederman aurait plutôt souhaité titrer son livre «Goddamn Particle» étant donné que personne n'arrivait à la trouver, mais son éditeur en aurait décidé autrement. Chose certaine, plusieurs physiciens n'apprécient guère cette appellation car pour eux, le boson de Higgs n'a rien à voir avec la religion.
-Pauline Gravel
Image montrant une collision de particules provoquée dans le Large Hadron Collider de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN).<br />
Les scientifiques espèrent que le grand collisionneur du CERN leur permettra bientôt de prouver l’existence du boson de Higgs.<br />
 
 
 
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  • François Dugal - Abonné
    14 décembre 2011 08 h 16
    Les gars
    Lâchez pas, les gars!
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  • Simon Chamberland - Inscrit
    14 décembre 2011 09 h 53
    Enfin
    Je me souviens de mes cours de physique quantique où le prof disait que tant que ce boson n'était observé, le modèle standard n'allait être qu'une théorie parmi d'autres.

    C'est, pour moi, la nouvelle la plus intéressante du jours.
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  • Bernard Terreault - Abonné
    14 décembre 2011 11 h 00
    Avec les neutrinos ultra rapides
    "C'est, pour moi, la nouvelle la plus intéressante du jour" -- avec les récents neutrinos peut-être plus rapides que la lumière ! Drôle la nature humaine, qui compte des gens passionnés par des questions aussi ésotériques au lieu d'être intéressés par Ocupation Double ou les cours de la Bourse.
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  • Emmanuel - Inscrit
    14 décembre 2011 11 h 07
    Faire attention aux généralités
    "Tous les physiciens adhèrent à la théorie du modèle standard"

    Bien que beaucoup de physiciens adhèrent a ce modèle, les M-théoricien eux tendent à le critiquer. Stephen Hawking est même allé jusqu'à prédire qu'ils n'observerait pas le boson de higgs, les résultats préléminaires tendent à démontrer qu'il à tort, mais ça ne veut pas dire pour autant que toute la communauté scientifique est unie derrière ce modèle!

    Néanmoins, je suis content de voir cet article dans le devoir! Comme quoi qu'il n'y a pas que les sciences humaines dans notre société.
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  • 1bernard1 - Inscrit
    14 décembre 2011 11 h 11
    sceptique
    Je suis de plus en plus sceptique face à la recherche de ce niveau étant donné l'énorme dépense que cela implique: il y a en effet tout intérêt
    de trouver quelque chose d'intéressant l'ors de ces recherches sinon il y en a et plusieurs qui se verront couper les vivres. Ces scientifiques sont en plein conflit d'intérêt ce qui augmente grandement la chance de trouver ce que l'on voudrait trouver pour avoir ce que l'on veut avoir.Il y a beaucoup plus de basse politique et d'intérêt personnel à défendre que l'on pourrait et l'on voudrait le croire à priori derrière toutes ces recherches. Quelles seraient les conséquences si on ne trouvaient rien? investir d'avantage en espérant trouver quelque chose. Autre point, à ma première année de physique on m'avait bien dit que la science construisait des modèles de la réalité, mais, aujourd'hui, on ne parle plus de modèle, on nous dit que l'Univers est composé de tel ou tel façon comme si cela était la vérité, ce n'est pas la même chose, il y a un glissement dans les mentalités et cela devrait être surveiller de près.
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  • Gilles Théberge - Abonné
    14 décembre 2011 13 h 03
    Pourquoi ?
    Pourquoi parlez-vous du Boson de Higgs, alors que Higgs lui-même reconnaissait ne pas en être le découvreur ?

    Tel que l'on trouve la rubrique sur le sujet dans Wikipédia on apprends que :«Higgs n'en revendiquant lui-même nullement la paternité, il est plus pertinent de nommer cette particule « boson BEH », pour Brout, Englert et Higgs[5], ou « boson scalaire massif » [6] ou encore « boson scalaire de brisure spontanée de symétrie (BSS) » [7].».
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  • Mikel Moraline - Inscrit
    14 décembre 2011 14 h 28
    Moton de higgs et réflexion indigeste
    « Tout le monde croit que le boson de Higgs existe, mais on cherche une preuve de son existence » Je suis renversé. Serait-ce à dire que c’est la croyance qui conditionne toute la science!? J’ai toujours cru aveuglément que c’était le contraire. Mais après deux verres de vin, et cette grande découverte, on pourrait, par pur plaisir, aussi remplacer boson de Higgs par « Dieu » et dire que, scientifiquement, c’est l’essence qui précède l’existence.
    --
    P.S. (pour François) Les gens qui travaillent au LHC ne lisent généralement pas Le devoir, malgré le fait que ce soit un bon journal.
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  • Joyal Bruno - Abonné
    14 décembre 2011 15 h 51
    Croire en une hypothèse n'est pas anti-scientifique
    @Mikel: Il n'y a rien de déraisonnable au fait de croire à l'existence de quelque chose lorsque quantité d'indices nous la laissent présager. Il est faux de penser que cela biaise les recherches. Dans mon domaine, celui des mathématiques, la quasi totalité des gens croient que l'hypothèse de Riemann est vraie, même si nous n'en avons pas de preuve - des recherches empiriques extrêmement poussées n'ont jamais réussi à invalider cette profonde conjecture. Dans ce cas, croire que l'hypothèse est vraie est beaucoup plus raisonnable que de croire qu'elle est fausse, puisque TOUT semble indiquer qu'elle est vraie.

    Il en va de même en physique; les chercheurs en sciences pures ne "croient" généralement pas en quelque chose sans de très fortes raisons. Gardez en tête que ces gens ont des standards de rigueur très élevés lorsqu'il s'agit d'accepter un résultat ou même de se prononcer sur une hypothèse.
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  • Jean-Francois Cantin - Inscrit
    14 décembre 2011 16 h 16
    La physique n'est pas une science exacte
    Avec des citations comme "Tout le monde croit que le boson de Higgs existe, mais on cherche une preuve de son existence» et " et "c'est qu'il croit qu'avec davantage de données, on disposera d'un signal statistiquement significatif.»"
    Mr. London ne rends pas son domaine crédible. La science serait-elle alors basée sur des croyances et des évènements fortuits ? Mais puisque c'est le directeur du CERN qui le dit et qu'un professeur d'université demande de la croire sur parole, ne devrait-on pas accepter cela comme une vérité ?
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  • Yvan Dutil - Inscrit
    14 décembre 2011 16 h 17
    êtr ou ne pas etre tel est la question
    @1bernard1 "il y a en effet tout intérêt
    de trouver quelque chose d'intéressant l'ors de ces recherches sinon il y en a et plusieurs qui se verront couper les vivres. Ces scientifiques sont en plein conflit d'intérêt ce qui augmente grandement la chance de trouver ce que l'on voudrait trouver pour avoir ce que l'on veut avoir."

    En pratique, ne pas trouver le boson de Higg serait aussi sinon plus intéressant que de le trouver. Cela voudrais dire que le modèle standard a besoin d'être revu. On peut toujours partir sur des théories de la conspiration et croire que les observateurs vont inventer une particule pour garder leur job. Le problème, ce que lorsque l'on fait un truc pareil, les chances que l'on se fasse prendre sont quasiment de 100%. Et imaginer des scénarios de conspiration impliquant 3000 chercheurs est aussi assez improbable.
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  • Christian Ouellet - Inscrit
    14 décembre 2011 21 h 25
    @ tout le monde
    Ça va donner quoi dans la vie de tous les jours de savoir l’existence de cette particule.
    Qu’elles seront les applications possibles ?
    Serait ’il plus dangereux que la découverte de l’atome ?

    Quelqu’un assez bolé peut-il me répondre ?
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  • 1bernard1 - Inscrit
    15 décembre 2011 10 h 18
    Soyons sceptique...cela est bon pour la santé.
    @Yvan Dutil Si on ne trouve rien de concluant à partir des installations existantes, il faudra investir de nombreux autres milliards pour passer
    à l'étape suivante et ce jusqu'à ce que l'on soit satisfait de ce que l'on trouvera si l'on trouve, car un autre modèle implique d'autres recherches et ce jusqu'à quand? les milliards décideront finalement. Le monde scientifique est un monde extrêmement politisé, hiérarchisé ou beaucoup de réputations et le pouvoir qui en découle se joue au jour le jour. Croire que " l'homme et ses péchés" est absent de ce domaine est une illusion, il faut juste se demander comment il pourrait le faire sans se faire prendre; avec un appareillage aussi pointu et unique ou seulement quelques personnes ont un accès directes aux résultats, il est opportun de se poser la question. Pourquoi ce qui arrive dans de petits laboratoires universitaires ne se produirait pas à plus grande échelle? Soyons sceptique face à la science
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  •  
  • Dominique Châteauvert - Abonnée
    15 décembre 2011 13 h 47
    La gravité, une force d'attraction qui ressemble fort à l'amour
    Et si cette démarche arrivait à prouver l'existence d'une force qui n'appartient pas au domaine matériel, une force immatérielle qui permettait l'existence même de la gravité? Cela servirait-il à quelques chose?

    Voici ce qu'un grand sage descendant des Perses, ayant vécu presque toute sa vie en prison à cause de ses idées et croyances, a dit sur les planètes et sur cette force qu'est la gravité.

    "... L'amour est la loi la plus grande qui gouverne ce cycle puissant et divin, le pouvoir unique qui lie ensemble les divers éléments de ce monde matériel, la force magnétique suprême qui règle les mouvements des sphères de l'espace céleste. Par sa puissance infaillible et illimitée, l'amour révèle les mystères latents dans l'univers.
    L'amour est l'esprit de vie qui orne le corps de l'humanité, le fondateur de la vraie civilisation dans ce monde mortel et le flot de gloire impérissable qui se répand sur toute race et nation animées de sentiments élevés.
    (Abdu'l-Baha, cité dans "L'Art divin de vivre", p. 187-188)
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