Prix Armand-Frappier - Le coeur n'a qu'à bien se tenir!
«Notre Centre est maintenant reconnu de façon internationale»Récipiendaire du prix Armand-Frappier, le docteur Jean-Claude Tardif s'est appliqué à concevoir et à mettre en place le Centre de coordination des essais cliniques de l'Institut de cardiologie de Montréal, duquel il assure la croissance rapide depuis 1999.
Il faut le reconnaître, le docteur Tardif a parcouru beaucoup de chemin en peu de temps sur les routes de la science médicale pour qu'un pareil honneur lui échoie dans la fleur de l'âge, à 47 ans. Il s'intéresse d'ailleurs aux sciences de la nature dès ses études secondaires et collégiales. Il jette plutôt ce regard qui éclaire sur ce qui l'a motivé de prime abord dans son choix de carrière: «J'ai déjà dit qu'il y avait beaucoup de personnes très jeunes souffrant de maladies cardiaques, autant du côté de ma mère que de celui de mon père; plusieurs d'entre elles sont décédées en bas âge. J'imagine que cela a eu un effet sur moi.»
Il poursuit ses études en médecine à l'Université de Montréal. «Primo, j'ai reçu une formation dont je suis très content, qui est celle obtenue à l'Institut de cardiologie quand j'étais résident. On est chanceux quand on accède à une boîte comme celle-là, qui se compare dans d'autres domaines au Canadien de Montréal ou au Cirque du Soleil; c'était un endroit au Québec où on figurait parmi les meilleurs au monde et ce fut vraiment déterminant pour moi que d'y faire des stages.» En deuxième lieu, il se dirige vers Boston, où il profite encore là d'une formation marquante au New England Medical Center du Massachusetts.
Riches réalisations
Directeur du Centre de recherche de l'Institut de cardiologie, titulaire de la Chaire de recherche en athérosclérose de l'Université de Montréal, médecin et professeur, Jean-Claude Tardif apparaît aussi comme un concepteur et un bâtisseur; il a mis sur pied plusieurs organisations s'inscrivant dans la stratégie de développement intégrée qu'il applique. Le Centre de coordination des essais cliniques apparaît comme sa réalisation la plus remarquable. «C'est un projet qui a vu le jour de façon modeste en 1999, au moment où on se rendait compte qu'on menait certaines et qu'on participait à d'autres études cliniques, parfois appelées multicentriques, avec plusieurs centres à travers le monde; dans bien des cas, on ne contrôlait pas les données, parce que les dirigeants de ces études se trouvaient aux États-Unis ou ailleurs. On voulait changer ce modèle-là, qui ressemblait un peu à ce qui se passait dans le temps de M. Duplessis, où on donnait nos matières premières à d'autres qui les traitaient.»
Il relate la tournure des événements: «On a voulu devenir les dirigeants des opérations et on a commencé avec l'idée de vouloir conduire de grandes études cliniques internationales, mais en embauchant seulement trois personnes dans les tout premiers débuts. Graduellement, on a obtenu beaucoup de succès en réalisant des travaux innovateurs, de telle sorte que, au fil des subventions obtenues de la Fondation canadienne de l'innovation, du gouvernement du Québec et de partenariats avec l'industrie, on a mené de plus en plus d'études; en fait, on est passé de trois employés à deux cents personnes aujourd'hui dans le Centre, qui a grandi de façon exponentielle et qui est maintenant reconnu de façon internationale.»
Il cerne la nature des travaux effectués: «On teste des hypothèses chez des patients et pas seulement sur des animaux ou des cellules. On vérifie celles-ci à l'aide de grandes études cliniques, que ce soit dans le cas de l'infarctus, de l'insuffisance cardiaque ou de la mort soudaine; on tente de prévenir tout cela, que ce soit avec des médicaments pour le coeur ou avec d'autres approches, sans avoir recours à ceux-ci, comme les diètes ou le soutien psychologique; on recourt également à des interventions d'angioplastie et de chirurgie cardiaque, mais le dénominateur commun est que toutes ces façons d'agir reposent à la base sur des études cliniques.» Le Centre s'appuie présentement sur un réseau de partenaires composé de quelque 2000 hôpitaux situés dans environ 25 pays; il a pris une dimension planétaire.
À titre de chercheur, Jean-Claude Tardif s'est tourné vers l'athérosclérose, ou le blocage des artères causé par des plaques de gras, qui est la cause des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux (AVC): «Je dépense beaucoup d'énergie de ce côté et mon équipe travaille dans ce sens-là.»
Cela dit, il utilise une approche innovante dans ses travaux: «Notre but, c'est évidemment de sauver des vies en prévenant les infarctus et les AVC, mais en procédant d'une façon différente d'auparavant, quand on pratiquait la médecine en administrant à peu près toujours le même médicament à environ la même dose à tout le monde, sans tenir compte du bagage génétique, des différences entre les individus. De notre côté, ma grosse équipe et moi, on a décidé de prendre, il y a une dizaine d'années, un tournant qu'on a appelé celui de la médecine personnalisée, qui est maintenant davantage à la mode au Québec.»
Il précise sa vision de la problématique: «On ne veut plus traiter tout le monde de la même façon: on souhaite intégrer l'information génétique. Notre dénominateur commun est donc d'utiliser les biomarqueurs, la génomique et la génétique pour mieux individualiser les diagnostics et les traitements qui s'ensuivent. Il a fallu beaucoup de travail pour amener cela au chevet du patient.»
Un lieu de recherche en pleine évolution
Le Centre de coordination, parmi ses nombreux projets, entend se tourner encore davantage vers le monde, comme le rapporte Jean-Claude Tardif: «On est vraiment en train de s'internationaliser, et on axe notre travail là-dessus avec des bureaux qui sont situés en Asie; on a des employés en Inde, en Chine et on en a d'autres qui collaborent avec nous pour ouvrir de nouveaux sites en Afrique.»
En même temps, il se passe des choses sur le plan local: «On travaille pour relier notre Centre de coordination des essais cliniques aux médecins de première ligne, ce qui est nouveau au Canada. On veut rejoindre toute la population en s'associant avec les médecins de famille et avec toute la médecine communautaire; on ne parle pas juste des médecins, mais de tous les praticiens et des infirmières, qui interviennent directement en première ligne et non seulement dans les grands hôpitaux universitaires.»
Un autre projet se déroule en même temps qu'il figure dans les plans futurs: «On est en train de devenir beaucoup plus globaux et on s'intéresse, par exemple, à mener des études cliniques sur la démence et sur d'autres maladies. On voudrait de plus en plus aller vers les jeunes et on travaille beaucoup dans cette optique avec l'hôpital Sainte-Justine, parce qu'on désire se pencher beaucoup non seulement sur le coeur, mais sur des pathologies pédiatriques et autres.»
Pour l'ensemble de son oeuvre, le Centre bénéficie d'un précieux appui financier: «Je dois dire qu'on est appuyés massivement et qu'on le sent de façon tangible.»
***
Collaborateur du Devoir
Il faut le reconnaître, le docteur Tardif a parcouru beaucoup de chemin en peu de temps sur les routes de la science médicale pour qu'un pareil honneur lui échoie dans la fleur de l'âge, à 47 ans. Il s'intéresse d'ailleurs aux sciences de la nature dès ses études secondaires et collégiales. Il jette plutôt ce regard qui éclaire sur ce qui l'a motivé de prime abord dans son choix de carrière: «J'ai déjà dit qu'il y avait beaucoup de personnes très jeunes souffrant de maladies cardiaques, autant du côté de ma mère que de celui de mon père; plusieurs d'entre elles sont décédées en bas âge. J'imagine que cela a eu un effet sur moi.»
Il poursuit ses études en médecine à l'Université de Montréal. «Primo, j'ai reçu une formation dont je suis très content, qui est celle obtenue à l'Institut de cardiologie quand j'étais résident. On est chanceux quand on accède à une boîte comme celle-là, qui se compare dans d'autres domaines au Canadien de Montréal ou au Cirque du Soleil; c'était un endroit au Québec où on figurait parmi les meilleurs au monde et ce fut vraiment déterminant pour moi que d'y faire des stages.» En deuxième lieu, il se dirige vers Boston, où il profite encore là d'une formation marquante au New England Medical Center du Massachusetts.
Riches réalisations
Directeur du Centre de recherche de l'Institut de cardiologie, titulaire de la Chaire de recherche en athérosclérose de l'Université de Montréal, médecin et professeur, Jean-Claude Tardif apparaît aussi comme un concepteur et un bâtisseur; il a mis sur pied plusieurs organisations s'inscrivant dans la stratégie de développement intégrée qu'il applique. Le Centre de coordination des essais cliniques apparaît comme sa réalisation la plus remarquable. «C'est un projet qui a vu le jour de façon modeste en 1999, au moment où on se rendait compte qu'on menait certaines et qu'on participait à d'autres études cliniques, parfois appelées multicentriques, avec plusieurs centres à travers le monde; dans bien des cas, on ne contrôlait pas les données, parce que les dirigeants de ces études se trouvaient aux États-Unis ou ailleurs. On voulait changer ce modèle-là, qui ressemblait un peu à ce qui se passait dans le temps de M. Duplessis, où on donnait nos matières premières à d'autres qui les traitaient.»
Il relate la tournure des événements: «On a voulu devenir les dirigeants des opérations et on a commencé avec l'idée de vouloir conduire de grandes études cliniques internationales, mais en embauchant seulement trois personnes dans les tout premiers débuts. Graduellement, on a obtenu beaucoup de succès en réalisant des travaux innovateurs, de telle sorte que, au fil des subventions obtenues de la Fondation canadienne de l'innovation, du gouvernement du Québec et de partenariats avec l'industrie, on a mené de plus en plus d'études; en fait, on est passé de trois employés à deux cents personnes aujourd'hui dans le Centre, qui a grandi de façon exponentielle et qui est maintenant reconnu de façon internationale.»
Il cerne la nature des travaux effectués: «On teste des hypothèses chez des patients et pas seulement sur des animaux ou des cellules. On vérifie celles-ci à l'aide de grandes études cliniques, que ce soit dans le cas de l'infarctus, de l'insuffisance cardiaque ou de la mort soudaine; on tente de prévenir tout cela, que ce soit avec des médicaments pour le coeur ou avec d'autres approches, sans avoir recours à ceux-ci, comme les diètes ou le soutien psychologique; on recourt également à des interventions d'angioplastie et de chirurgie cardiaque, mais le dénominateur commun est que toutes ces façons d'agir reposent à la base sur des études cliniques.» Le Centre s'appuie présentement sur un réseau de partenaires composé de quelque 2000 hôpitaux situés dans environ 25 pays; il a pris une dimension planétaire.
À titre de chercheur, Jean-Claude Tardif s'est tourné vers l'athérosclérose, ou le blocage des artères causé par des plaques de gras, qui est la cause des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux (AVC): «Je dépense beaucoup d'énergie de ce côté et mon équipe travaille dans ce sens-là.»
Cela dit, il utilise une approche innovante dans ses travaux: «Notre but, c'est évidemment de sauver des vies en prévenant les infarctus et les AVC, mais en procédant d'une façon différente d'auparavant, quand on pratiquait la médecine en administrant à peu près toujours le même médicament à environ la même dose à tout le monde, sans tenir compte du bagage génétique, des différences entre les individus. De notre côté, ma grosse équipe et moi, on a décidé de prendre, il y a une dizaine d'années, un tournant qu'on a appelé celui de la médecine personnalisée, qui est maintenant davantage à la mode au Québec.»
Il précise sa vision de la problématique: «On ne veut plus traiter tout le monde de la même façon: on souhaite intégrer l'information génétique. Notre dénominateur commun est donc d'utiliser les biomarqueurs, la génomique et la génétique pour mieux individualiser les diagnostics et les traitements qui s'ensuivent. Il a fallu beaucoup de travail pour amener cela au chevet du patient.»
Un lieu de recherche en pleine évolution
Le Centre de coordination, parmi ses nombreux projets, entend se tourner encore davantage vers le monde, comme le rapporte Jean-Claude Tardif: «On est vraiment en train de s'internationaliser, et on axe notre travail là-dessus avec des bureaux qui sont situés en Asie; on a des employés en Inde, en Chine et on en a d'autres qui collaborent avec nous pour ouvrir de nouveaux sites en Afrique.»
En même temps, il se passe des choses sur le plan local: «On travaille pour relier notre Centre de coordination des essais cliniques aux médecins de première ligne, ce qui est nouveau au Canada. On veut rejoindre toute la population en s'associant avec les médecins de famille et avec toute la médecine communautaire; on ne parle pas juste des médecins, mais de tous les praticiens et des infirmières, qui interviennent directement en première ligne et non seulement dans les grands hôpitaux universitaires.»
Un autre projet se déroule en même temps qu'il figure dans les plans futurs: «On est en train de devenir beaucoup plus globaux et on s'intéresse, par exemple, à mener des études cliniques sur la démence et sur d'autres maladies. On voudrait de plus en plus aller vers les jeunes et on travaille beaucoup dans cette optique avec l'hôpital Sainte-Justine, parce qu'on désire se pencher beaucoup non seulement sur le coeur, mais sur des pathologies pédiatriques et autres.»
Pour l'ensemble de son oeuvre, le Centre bénéficie d'un précieux appui financier: «Je dois dire qu'on est appuyés massivement et qu'on le sent de façon tangible.»
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Collaborateur du Devoir







