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Révéler la conscience cachée

Près de 20 % des patients déclarés dans un état végétatif seraient conscients

Pauline Gravel   10 novembre 2011  Science et technologie
Un simple enregistrement EEG pratiqué au chevet du malade permet de révéler la conscience cachée, dont sont dotés près de 20 % des patients ayant été déclarés dans un état végétatif. Cette découverte effectuée par des chercheurs de l’Université de Western Ontario, de l’Université de Cambridge au Royaume-Uni et de l’Université de Liège en Belgique, et qui est publiée dans la revue The Lancet, révolutionnera probablement l’évaluation de ces patients que l’on croit privés de toute conscience.

L’un des auteurs de cet article, le neuroscientifique Adrian Owen de l’Université de Western Ontario avait démontré en 2006, alors qu’il travaillait à l’Université de Cambridge, que l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMF) permettait de révéler des signes de conscience chez des patients qui avaient pourtant été déclarés dans un état végétatif par un examen clinique traditionnel. Même quand elles sont éveillées, les personnes se trouvant dans un état végétatif ne semblent aucunement conscientes de leur environnement. Elles ne manifestent aucune réaction quand on tente d’établir un contact avec elles ou quand on leur commande de bouger un membre. Dans une expérience devenue célèbre, M. Owen et son équipe avaient demandé à des patients qui avaient été diagnostiqués dans un état végétatif et qu’on avait introduits dans un scanneur d’IRMF d’imaginer dans un premier temps qu’ils jouaient au tennis, et dans un second temps qu’ils se déplaçaient dans leur maison d’une pièce à l’autre. Chez 17 % de ces patients, le fait de penser à l’activité motrice associée au tennis avait induit une activation du cortex moteur, tandis que le fait de se visualiser errant dans leur domicile avait suscité la mise en branle des aires spatiales.

En 2010, l’équipe du professeur Steven Laureys, de l’Hôpital universitaire de Liège, qui figure parmi les auteurs du nouvel article paraissant dans The Lancet, avait même réussi à communiquer avec un patient plongé dans un état végétatif après lui avoir donné la consigne de penser au tennis lorsqu’il voulait dire «oui», et de s’imaginer dans sa maison quand il désirerait signifier son désaccord. «L’IRMF est une technique fantastique pour détecter des signes de conscience chez des patients qui n’ont aucun moyen d’expression, a déclaré lors d’une conférence de presse sur Internet Adrian Owen. Toutefois, ce ne sont pas tous les patients qui peuvent avoir accès à un appareil d’IRMF. Ce ne sont pas tous les hôpitaux qui en possèdent, car il s’agit d’un équipement très dispendieux.»

Pour remédier à ces inconvénients, Damian Cruse, de l’Université de Western Ontario, a mis au point un protocole d’électroencéphalographie (EEG) qui permet d’évaluer l’état de conscience d’un patient à son chevet et à moindre coût. Ce protocole prévoit d’enfiler sur la tête du patient un casque d’EEG portant une série d’électrodes, qui mesurent au niveau du scalp les signaux électriques générés par l’activité du cerveau. Les chercheurs ont procédé à des enregistrements d’EEG sur 16 patients se trouvant dans un état végétatif, ainsi que sur 12 individus sains servant de témoins, tandis qu’on demandait aux uns et aux autres de s’imaginer en train de serrer le poing de la main droite dans un premier temps, et de se tortiller les orteils des deux pieds dans un second temps. Les expérimentateurs ont observé que 3 des 16 patients avaient compris la commande et l’exécutaient, puisque les enregistrements d’EEG effectués sur leur scalp montraient une activation du cortex prémoteur — latéral dans le cas des mouvements de la main, et médian dans le cas des orteils — «très comparable» à celle survenant chez les individus sains. Cette activation du cortex prémoteur — qui assure la planification des mouvements — qui est apparue chez 19 % des patients, et qui était similaire à celle observée chez les personnes saines, signifiait donc que ces patients étaient conscients.

L’EEG permettra d’évaluer le niveau de conscience d’«un plus grand nombre de patients puisque nous pouvons la pratiquer au chevet du patient, et qu’elle est peu coûteuse et disponible dans la plupart des hôpitaux. Elle pourrait aussi devenir une voie de communication avec ces patients dotés d’une conscience cachée, ce qui permettrait de savoir s’ils éprouvent de la douleur et de décoder leurs désirs et leurs besoins», a indiqué M. Owen.

«Le niveau de motivation augmentera chez ces patients qui sont incapables de s’exprimer de quelque manière que ce soit quand ils verront que nous savons qu’ils sont conscients», a ajouté Damian Cruse.

 
 
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