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    «C'est un mouvement, et non pas qu'un magazine»

    Il y a 32 ans, le Prof Scientifix signait son premier Petit Débrouillard

    5 novembre 2011 |Claude Lafleur | Science et technologie
    Les enfants qui participent aux rencontres du Club des Débrouillards ont la possibilité d’apprendre de nombreux principes scientifiques tout en s’amusant.<br />
    Photo: Source: Les Débrouillards Les enfants qui participent aux rencontres du Club des Débrouillards ont la possibilité d’apprendre de nombreux principes scientifiques tout en s’amusant.
    L'étonnante aventure des Débrouillards — le magazine jeunesse québécois qui a la plus grande longévité — a commencé sans même que son créateur en mesure l'ampleur. Elle débute en effet en septembre 1979 par la publication d'une simple chronique dans le bulletin d'information Hebdo-Science, produit par l'Agence Science-Presse. Et en mars 1981 paraît Le Petit Débrouillard, le premier d'une longue série qui dure et perdure.

    «Les Débrouillards, c'est un mouvement, et non pas qu'un magazine», fait remarquer Félix Maltais, fondateur et encore et toujours éditeur, 32 ans plus tard, du magazine. Ce mouvement d'éducation scientifique pour les jeunes comporte d'ailleurs cinq volets: magazines, livres, activités d'animation, sites Web et regroupement international — de même qu'un sixième volet, la télé, qui est pour l'instant «en panne sèche». C'est même, souligne fièrement M. Maltais, le premier exemple de convergence dans les médias québécois.

    Heureux enchaînement

    À l'époque, Félix Maltais dirigeait l'Agence Science-Presse, un petit organe d'information qui a pour mandat d'alimenter les hebdos régionaux en textes de vulgarisation scientifique. «Dès la première année, rapporte-t-il, certains éditeurs de journaux m'ont dit qu'ils aimeraient bien publier une chronique scientifique pour jeunes. Au même moment, Claude Foran, qui travaillait à l'Ontario Science Centre, me fait découvrir la chronique de petites expériences qu'il publie dans le Toronto Star. Il me remet même ces textes en me disant que je n'avais qu'à les faire traduire.»

    Cette chronique étant conçue par une communicatrice qui désirait demeurer anonyme, M. Maltais a donc eu l'idée de la signer Prof Scientifix et de l'intituler Le Petit Débrouillard, créant du coup deux appellations qui marqueront l'imaginaire des jeunes.

    «À l'époque, le mot "débrouillard" était peu utilisé dans la langue courante, fait-il remarquer. L'appellation "petit débrouillard" a tout de suite été un succès! D'ailleurs, dès les premiers mois, nombre de journaux auxquels on envoyait des articles de l'Agence se mettent à la publier... à tel point que c'est devenu l'élément le plus populaire de ce qu'on produisait.»

    Au bout d'un an, disposant d'une cinquantaine de petites expériences, M. Maltais approche son ami Jean-Marc Gagnon, éditeur des Presses de l'Université du Québec, pour lui proposer de publier un premier recueil pour jeunes. «Jean-Marc était plutôt réticent», se rappelle M. Maltais. Néanmoins, en mars 1981, il publie Le Petit Débrouillard, prenant même le risque d'en imprimer 5000 exemplaires. Or l'ouvrage se vend au rythme d'un millier par mois, si bien que 60 000 exemplaires seront finalement vendus. «Ce succès, qui nous a beaucoup étonnés, nous fait prendre conscience qu'il y avait vraiment un besoin pour ce qu'on offrait», conclut avec satisfaction M. Maltais.

    Convergence

    «J'ai alors pensé: pourquoi ne pas se doter d'un volet d'animation?, poursuit le fondateur du mouvement. Je suis donc allé voir le Conseil de développement du loisir scientifique pour lui proposer de s'associer: ils développeraient le volet d'animation sur le terrain, alors que nous, à l'Agence, nous élaborerions le volet des médias, avec une collection de livres, un magazine et, pourquoi pas éventuellement, une série télé.»

    C'est ainsi que Claude Benoît, du Conseil, prend en charge l'animation (elle se consacrera plus tard à la muséologie scientifique, avant de devenir la P.-D.G. du Vieux-Port de Montréal). «C'est elle qui a établi les bases du concept d'animation, précise M. Maltais. D'ailleurs, le mouvement s'est développé avec des gens comme Sarah Perreault et Jacques Goldstyn — toujours avec nous — ainsi que Martin Paquet, qui a été durant sept ans le rédacteur en chef des Débrouillards, etc.»

    Le mouvement s'étend même à l'international lorsque l'équipe de Mme Benoît exporte l'idée en France. «Les Français ont trouvé qu'on avait un beau concept, rapporte M. Maltais, et comme ils sont exportateurs d'idées, ils le diffusent dans les pays francophones de l'Europe et de l'Afrique du Nord, ainsi qu'en Russie, au Brésil et au Mexique.» Il souligne que, dans les textes de présentation, il est toujours mentionné que l'idée est originaire du Québec. La Fédération internationale des petits débrouillards, avec dix pays participants, voit ainsi le jour en 1987.

    Dans les années 1990, après être passé par la télé communautaire, Les Débrouillards «débarque» à Radio-Canada. «Cela nous a bien sûr donné un gros coup de main, puisque Grégory Charles et Marie-Soleil Tougas ont présenté durant cinq ans une superbonne émission, de résumer M. Maltais. Tout cela nous a énormément aidés à développer le mouvement.»

    «C'est sûr que si on n'avait été qu'un magazine sans les autres volets... Toute cette synergie, cette convergence nous a sauvés, dit-il. Les Débrouillards a en fait été le premier à faire de la convergence — bien avant Pierre Péladeau — et, comme dans toute bonne convergence, chacun des volets renforce les autres.»

    Encourager la lecture chez les jeunes

    Aujourd'hui, Les Débrouillards a publié une cinquantaine de livres pour jeunes — dont prochainement le 4e album des Grands Débrouillards, une bande dessinée qui présente divers inventeurs, et le 3e tome de Van l'inventeur — en plus de deux magazines (Les Débrouillards et Les Explorateurs, ce dernier s'adressant aux «pré-débrouillards»). Il publie en outre cinq hors-séries Sport Débrouillards et DébrouillArts. «On a reçu des commentaires de profs qui trouvent formidables les hors-séries sport ("Pour une fois que j'ai quelque chose pour faire lire les trois tannants du fond de la classe!"), illustre Félix Maltais. Ces hors-séries amènent les jeunes qui aiment le sport à lire et les jeunes qui aiment lire à faire du sport! On fait donc d'une pierre deux coups et c'est magnifique. Et un magazine qui fait la promotion des arts auprès des jeunes, il me semble que c'est génial.»

    En juin 2008, l'UQAM décernait un doctorat honorifique au fondateur des Débrouillards. «Après trente ans, on a l'impression de faire oeuvre utile, puisque cet apport à l'éducation des enfants profite à toute la société, laisse filer modestement Félix Maltais. C'est donc un sentiment de fierté qui nous anime, nous, l'équipe des Débrouillards.»

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    Collaborateur du Devoir












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