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    Tablettes numériques - Les enfants écrivent les prochaines mutations sociales

    À ceux qui croient encore que les tablettes numériques, comme les téléphones dits intelligents, sont à l'origine d'une révolution technologique, les données du Common Sense Media viennent démontrer que ces objets de désir sont surtout à la base d'une révolution... sociale.
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir À ceux qui croient encore que les tablettes numériques, comme les téléphones dits intelligents, sont à l'origine d'une révolution technologique, les données du Common Sense Media viennent démontrer que ces objets de désir sont surtout à la base d'une révolution... sociale.
    Le constat posé en début de semaine par un groupe de recherche indépendant aux États-Unis est pour le moins fascinant. Aujourd'hui, les enfants de zéro à huit ans passent plus de temps que jamais devant un écran, de télévision, bien sûr, et de plus en plus celui d'un téléphone intelligent ou d'une tablette numérique. Désormais, ils s'y frottent davantage qu'à la lecture ou à l'écoute de musique, la faute à l'époque qui fait rimer numérique et frénétique, mais également à leurs parents qui encouragent ce genre de pratique. Et, avec tout ça, on se doute que demain ne sera pas pareil.

    C'est en tout cas ce que laissent croire les données d'une enquête dévoilée par le Common Sense Media, un organisme de recherche sans but lucratif versé dans l'éducation des enfants à la pratique médiatique. En gros. Plus de 1300 ménages avec enfants ont été soumis à cette question, dans les derniers mois, pour comprendre les habitudes des enfants de zéro à huit ans devant tous ces objets de la modernité.

    Sans surprise, la mesure vient confirmer la place toujours plus grande que prend la télévision dans leur vie, et ce, très tôt, indique l'étude. «Durant une journée [américaine] typique, 47 % des nourrissons de zéro à un an regardent la télé ou un film sur DVD et le font pendant une moyenne de 1 heure 54», peut-on lire. À cet âge, 30 % de ces nourrissons possèdent d'ailleurs une télévision dans leur chambre. Cette proportion grimpe à 44 % chez les deux à quatre ans et à 47 % chez les cinq à huit ans.

    Surtout, ne sourcillez pas! La chose existe également ici, peut-être en face de chez vous, dans la chambre de la petite dernière de deux ans de votre voisin. Ceci expliquant cela, l'exposition de cette tranche d'âge à des écrans se joue désormais pendant près de 2 heures 15 minutes chaque jour, contre 30 minutes à peine pour le livre et la musique.

    Au-delà de la télévision, les ordinateurs, les consoles de jeux vidéo, mais aussi les autres appareils numériques portables, comme les iPod, iPad et compagnie, poursuivent leur envahissement du quotidien de ces enfants, comme dans le reste de la société. Plus du quart du temps médiatique consommé quotidiennement leur est consacré.

    Pis, près de la moitié des enfants de zéro à huit ans ont désormais accès à un appareil numérique portable, comme un téléphone intelligent (42 %), un iPod avec fonction vidéo (21 %) ou une tablette numérique

    (8 %) et y passent 43 minutes chaque jour. Quand même! Et ce n'est pas une surprise puisque le tiers des parents installent dans l'appareil des jeux d'action, de mémoire ou de logique ainsi que des livres numériques pour occuper leur progéniture.

    Cette proportion atteint même les 50 % chez les parents qui déclarent un revenu supérieur à 75 000 $ par année, contribuant du coup, estime le Common Sense Media, à alimenter une fracture numérique entre riches et pauvres autour du marché de l'«app», ces programmes informatiques conçus pour l'univers de la mobilité.

    Il suffit d'ouvrir un iPad pour prendre la mesure de la place que ces objets commencent à prendre dans l'existence des petites têtes blondes, rousses, noires et châtaines. Au milieu de la semaine, au palmarès des applications les plus vendues, plus de 54 % de celles-ci étaient des jeux destinés principalement à une clientèle en bas âge. Et ce n'est pas tout. Le livre numérique le plus vendu était celui de Thomas le petit train, un personnage de la télévision affligeant de bons sentiments mais très populaire malgré tout chez les moins de cinq ans. Sur les dix premiers bouquins de la liste pour tablettes, huit étaient des livres pour enfants. Le ton est ainsi donné.

    Entre indignation et révolution

    Cette quantification des rapports à l'écran des enfants de zéro à huit ans peut en partie soulever l'indignation, surtout que cette étude débarque dans la sphère publique moins de trois semaines après un appel au calme lancé par l'Académie américaine de pédiatrie aux parents d'enfants de moins de deux ans. Le cri venait de Boston. «La tentation de placer des nourrissons devant un écran est de plus en plus forte alors que ces écrans se multiplient à la maison, dans les voitures, à l'épicerie, indiquait le groupe de médecins. Or les jeunes enfants apprennent plus — et ont besoin — de leur interaction avec des humains qu'avec des écrans.»

    L'Académie soulignait d'ailleurs que les enfants de cet âge trop connectés à des écrans ont moins de vocabulaire que les autres et affichent aussi des troubles du sommeil. Elle reconnaissait également, et c'est là que ça devient intéressant, que les cinq à huit ans n'étaient toutefois pas visés par la mise en garde qui a été lancée puisque ces écrans leur permettent de développer de nouvelles aptitudes, qui, on s'en doute, se préparent à modifier en profondeur les sociétés de demain.

    À ceux qui croient encore que les tablettes numériques, comme les téléphones dits intelligents — on a compris que ça dépend finalement du propriétaire! —, sont à l'origine d'une révolution technologique, les données du Common Sense Media viennent plutôt démontrer que ces objets de désir sont surtout à la base d'une révolution... sociale. Révolution à considérer désormais avec plus de sérieux que de jugements moraux, avec moins de nostalgie et plus d'ouverture puisqu'elle est en voie de remodeler plusieurs assises de nos sociétés. Et pour cause!

    Un enfant de trois ans qui frotte son esprit logique à un iPad, qui voit les personnages de son livre numérique s'animer devant lui et qui découvre le monde en se promenant — sous supervision, s'entend — dans YouTube ne va certainement pas se contenter d'un cadre scolaire conçu avant l'apparition de ces objets — et même avant l'arrivée de Google ou des réseaux sociaux. Il ne trouvera peut-être pas sa place non plus dans des établissements publics forgés à l'époque d'une autre révolution, dite tranquille, dans une industrie du livre pensée à l'ère de la presse à imprimer ou encore dans une presse d'information développée au son des rotatives. Mais, paradoxalement, l'effet de la cause est plus facile à cerner quand on décolle un peu son nez de nos écrans.

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