Informatique en nuage - La technologie «intelligente» est mise au service des apprentissages
Le projet Nomade est le petit nouveau du Centre de recherche LICEF
Si l'avancement des technologies et le fulgurant développement des outils informatiques que sont les ordinateurs portables, les téléphones intelligents et autres tablettes électroniques font le bonheur de millions de gens au quotidien, la recherche universitaire tire elle aussi profit de cette mobilité nouvellement acquise. Et, avec son projet Nomade, le Centre de recherche LICEF — rattaché à la Télé-université de l'Université du Québec à Montréal (TÉLUQ) — compte bien faire «un pas de plus» vers la mobilité des chercheurs d'ici et d'ailleurs. Direction: les nuages.
Lorsqu'il voit le jour en 1992, le Laboratoire d'informatique cognitive et environnements de formation (LICEF) — aujourd'hui connu sous l'appellation de Centre de recherche LICEF — a pour objectif de concevoir la formation et l'apprentissage différemment. «Le LICEF, c'est un centre de recherche qui tente de développer des méthodes, des techniques et des outils pour créer des systèmes intelligents qui servent à soutenir l'apprentissage», lance d'entrée de jeu le directeur du centre de recherche, Richard Hotte.
«La création du centre se rattache au mouvement de l'informatique cognitive, qui est une informatique tentant d'utiliser toutes les recherches qui ont été faites sur la cognition, la façon dont on raisonne», poursuit M. Hotte. Dès le départ, le LICEF veut toutefois pousser plus loin les connaissances dans le domaine de l'intelligence artificielle. Utilisant l'ordinateur comme modèle pour représenter le fonctionnement du cerveau, il cherche à créer des systèmes d'apprentissage parfaitement adaptés aux objectifs poursuivis dans le cadre d'un cours universitaire à distance, par exemple.
Apprentissage, efficacité et cohérence figurent parmi les mots-clés qui guident le travail des dizaines de pédagogues en technologie éducative, des informaticiens et des spécialistes des technologies de l'information qui oeuvrent au sein du Centre de recherche LICEF. Les chercheurs du centre profitent par ailleurs de laboratoires et d'installations à la fine pointe de la technologie, tous répartis sur l'étage de l'édifice qu'occupe le centre de recherche au centre-ville de Montréal. Mais ils ne seront bientôt plus les seuls à en bénéficier.
Chercheurs «nomades»
Le projet Nomade, c'est le petit nouveau au Centre de recherche LICEF. Et potentiellement celui qui fera tout changer.
Il s'agit en fait d'un projet d'infrastructure, c'est-à-dire un projet financé pour consolider les infrastructures technologiques du centre (laboratoires, centre de calcul, serveurs informatiques) et ainsi lui permettre de pousser la recherche un peu plus loin. Et, dans ce cas-ci, ce petit plus, c'est la mobilité.
Nomade a reçu en janvier dernier une subvention conjointe de près de 500 000 $ sur trois ans, de la part de la Fondation canadienne pour l'innovation et du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, pour mener à bien ce travail.
«On veut capitaliser sur nos connaissances en télé-renseignement et les rendre disponibles en collaboration externe, même pour des chercheurs qui n'ont pas nécessairement accès à des infrastructures comparables à celles du LICEF», résume Saad Abdessettar, attaché d'administration et coordonnateur de projets du centre.
Pour rendre ses connaissances et ses infrastructures accessibles à distance — au profit des chercheurs du LICEF, mais aussi de chercheurs rattachés à d'autres universités dans le monde — le LICEF mise sur la récente technologie du cloud computing, ou informatique en nuage.
Contrairement au traitement informatique traditionnel, pour lequel le serveur d'un ordinateur ou d'un laboratoire informatique est localisé à un endroit précis (les locaux du Centre de recherche LICEF, par exemple), l'informatique en nuage, comme son nom l'indique, fait en sorte que ce même serveur n'est plus fixe, mais se trouve plutôt — métaphoriquement parlant — dans les nuages. De cette façon, des applications, des données et des outils technologiques sont accessibles de partout et en tout temps.
«Nomade, c'est un premier pas qui va nous permettre de mettre en place ce concept de cloud lab, ou laboratoire en nuage», ajoute M. Abdessettar. «On a mis en place les laboratoires, on les a mis en ligne et maintenant, avec l'informatique en nuage, on va les faire éclater!», illustre Richard Hotte, enthousiaste.
Si, pour plusieurs, l'informatique en nuage peut apparaître comme un concept assez vague, presque poétique, ses applications concrètes dans le travail de recherche prouvent qu'elle n'a rien d'un écran de fumée.
Évelyne Vallières, chercheure régulière au LICEF, professeure de psychologie et responsable du projet Nomade, voit déjà l'étendue des possibilités que permettra la mise en oeuvre du projet qu'elle supervise. Elle s'intéresse depuis maintenant plusieurs années à la question de la sécurité routière et, pour l'instant, elle mène ses études grâce au laboratoire de simulation de conduite de l'Université de Montréal. Avec Nomade, son collègue Jacques Bergeron et elle pourront également réaliser leurs études dans un véhicule mobile muni des mêmes composantes que le simulateur et ainsi vérifier la validité des résultats obtenus jusqu'à aujourd'hui dans un environnement contrôlé.
«Au cours des prochaines années, nous comptons réaliser un projet de recherche sur certains types des comportements à ris-que, comme la fatigue ou la vigilance, chez les conducteurs vieil-lissants du Québec, affirme-t-elle. Le véhicule mobile nous permettra plus de latitude pour le choix des participants à notre recherche, puisque nous pourrons "déplacer notre laboratoire"», se réjouit Mme Vallières.
Un virage imprévisible
Le projet Nomade regroupe en fait trois chercheurs dont le travail concerne la mobilité, mais dans trois domaines d'étude différents. À Mme Vallières (psychologie) s'ajoutent donc Michel Sénécal (communication) et Josianne Basque (éducation). De l'avis de tous, cette interdisciplinarité est une des grandes forces du projet.
«Des télé-laboratoires ont commencé à être développés vers 2003, mais c'était très technique: de la robotique, de l'ingénierie électronique... Avec Nomade, on veut toucher des domaines qui n'ont rien à voir avec la technologie», confirme Saad Abdessettar.
Est-ce que le projet Nomade ouvrira la voie à d'autres collaborations interdisciplinaires du genre? Et surtout, jusqu'où nous mènera cette informatique en nuage, dont on commence à peine à évaluer la portée? Le directeur du Centre de recherche LICEF, Richard Hotte, reconnaît que le virage technologique à venir est imprévisible, mais, entre-temps, un simple coup d'oeil à son téléphone intelligent déposé sur la table lui rappelle une certitude. «On le sait, les technologies s'usent sans même qu'on les utilise, donc, pourquoi ne pas les partager?»
***
Collaborateur du Devoir
Lorsqu'il voit le jour en 1992, le Laboratoire d'informatique cognitive et environnements de formation (LICEF) — aujourd'hui connu sous l'appellation de Centre de recherche LICEF — a pour objectif de concevoir la formation et l'apprentissage différemment. «Le LICEF, c'est un centre de recherche qui tente de développer des méthodes, des techniques et des outils pour créer des systèmes intelligents qui servent à soutenir l'apprentissage», lance d'entrée de jeu le directeur du centre de recherche, Richard Hotte.
«La création du centre se rattache au mouvement de l'informatique cognitive, qui est une informatique tentant d'utiliser toutes les recherches qui ont été faites sur la cognition, la façon dont on raisonne», poursuit M. Hotte. Dès le départ, le LICEF veut toutefois pousser plus loin les connaissances dans le domaine de l'intelligence artificielle. Utilisant l'ordinateur comme modèle pour représenter le fonctionnement du cerveau, il cherche à créer des systèmes d'apprentissage parfaitement adaptés aux objectifs poursuivis dans le cadre d'un cours universitaire à distance, par exemple.
Apprentissage, efficacité et cohérence figurent parmi les mots-clés qui guident le travail des dizaines de pédagogues en technologie éducative, des informaticiens et des spécialistes des technologies de l'information qui oeuvrent au sein du Centre de recherche LICEF. Les chercheurs du centre profitent par ailleurs de laboratoires et d'installations à la fine pointe de la technologie, tous répartis sur l'étage de l'édifice qu'occupe le centre de recherche au centre-ville de Montréal. Mais ils ne seront bientôt plus les seuls à en bénéficier.
Chercheurs «nomades»
Le projet Nomade, c'est le petit nouveau au Centre de recherche LICEF. Et potentiellement celui qui fera tout changer.
Il s'agit en fait d'un projet d'infrastructure, c'est-à-dire un projet financé pour consolider les infrastructures technologiques du centre (laboratoires, centre de calcul, serveurs informatiques) et ainsi lui permettre de pousser la recherche un peu plus loin. Et, dans ce cas-ci, ce petit plus, c'est la mobilité.
Nomade a reçu en janvier dernier une subvention conjointe de près de 500 000 $ sur trois ans, de la part de la Fondation canadienne pour l'innovation et du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, pour mener à bien ce travail.
«On veut capitaliser sur nos connaissances en télé-renseignement et les rendre disponibles en collaboration externe, même pour des chercheurs qui n'ont pas nécessairement accès à des infrastructures comparables à celles du LICEF», résume Saad Abdessettar, attaché d'administration et coordonnateur de projets du centre.
Pour rendre ses connaissances et ses infrastructures accessibles à distance — au profit des chercheurs du LICEF, mais aussi de chercheurs rattachés à d'autres universités dans le monde — le LICEF mise sur la récente technologie du cloud computing, ou informatique en nuage.
Contrairement au traitement informatique traditionnel, pour lequel le serveur d'un ordinateur ou d'un laboratoire informatique est localisé à un endroit précis (les locaux du Centre de recherche LICEF, par exemple), l'informatique en nuage, comme son nom l'indique, fait en sorte que ce même serveur n'est plus fixe, mais se trouve plutôt — métaphoriquement parlant — dans les nuages. De cette façon, des applications, des données et des outils technologiques sont accessibles de partout et en tout temps.
«Nomade, c'est un premier pas qui va nous permettre de mettre en place ce concept de cloud lab, ou laboratoire en nuage», ajoute M. Abdessettar. «On a mis en place les laboratoires, on les a mis en ligne et maintenant, avec l'informatique en nuage, on va les faire éclater!», illustre Richard Hotte, enthousiaste.
Si, pour plusieurs, l'informatique en nuage peut apparaître comme un concept assez vague, presque poétique, ses applications concrètes dans le travail de recherche prouvent qu'elle n'a rien d'un écran de fumée.
Évelyne Vallières, chercheure régulière au LICEF, professeure de psychologie et responsable du projet Nomade, voit déjà l'étendue des possibilités que permettra la mise en oeuvre du projet qu'elle supervise. Elle s'intéresse depuis maintenant plusieurs années à la question de la sécurité routière et, pour l'instant, elle mène ses études grâce au laboratoire de simulation de conduite de l'Université de Montréal. Avec Nomade, son collègue Jacques Bergeron et elle pourront également réaliser leurs études dans un véhicule mobile muni des mêmes composantes que le simulateur et ainsi vérifier la validité des résultats obtenus jusqu'à aujourd'hui dans un environnement contrôlé.
«Au cours des prochaines années, nous comptons réaliser un projet de recherche sur certains types des comportements à ris-que, comme la fatigue ou la vigilance, chez les conducteurs vieil-lissants du Québec, affirme-t-elle. Le véhicule mobile nous permettra plus de latitude pour le choix des participants à notre recherche, puisque nous pourrons "déplacer notre laboratoire"», se réjouit Mme Vallières.
Un virage imprévisible
Le projet Nomade regroupe en fait trois chercheurs dont le travail concerne la mobilité, mais dans trois domaines d'étude différents. À Mme Vallières (psychologie) s'ajoutent donc Michel Sénécal (communication) et Josianne Basque (éducation). De l'avis de tous, cette interdisciplinarité est une des grandes forces du projet.
«Des télé-laboratoires ont commencé à être développés vers 2003, mais c'était très technique: de la robotique, de l'ingénierie électronique... Avec Nomade, on veut toucher des domaines qui n'ont rien à voir avec la technologie», confirme Saad Abdessettar.
Est-ce que le projet Nomade ouvrira la voie à d'autres collaborations interdisciplinaires du genre? Et surtout, jusqu'où nous mènera cette informatique en nuage, dont on commence à peine à évaluer la portée? Le directeur du Centre de recherche LICEF, Richard Hotte, reconnaît que le virage technologique à venir est imprévisible, mais, entre-temps, un simple coup d'oeil à son téléphone intelligent déposé sur la table lui rappelle une certitude. «On le sait, les technologies s'usent sans même qu'on les utilise, donc, pourquoi ne pas les partager?»
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Collaborateur du Devoir








