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    À l'UQTR - Si le Québec devenait un important producteur de biodiésel...

    22 octobre 2011 |Claude Lafleur | Science et technologie
    Les chercheurs ont récemment découvert une fibre particulière du bois: la nanocellulose cristalline.<br />
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Les chercheurs ont récemment découvert une fibre particulière du bois: la nanocellulose cristalline.
    Il serait tout à fait possible de relancer l'économie des régions grâce aux pâtes et papiers, estime Patrice Mangin, président du Réseau universitaire canadien des pâtes et papiers pour l'innovation en éducation et en recherche.

    Patrice Mangin, professeur au Département de génie chimique de l'Université du Québec à Trois-Rivières, non seulement travaille à la confection de papiers aux propriétés étonnantes, mais il préconise de faire du Québec un producteur de biodiésel. «Nous avons 650 000 tonnes de résidus de bois juste en Mauricie, avec lesquelles on pourrait fabriquer du diésel, dit-il. Imaginez la création d'emplois que cela donnerait: on parle de 1500 à 2000 emplois simplement ici en Mauricie!»

    Eldorado

    Patrice Mangin est un passionné des produits forestiers. Déjà à l'âge de sept ans, il accompagnait son père couper du bois en forêt. Puis, en visitant l'usine de pâtes de sa ville (Strasbourg), il est si fasciné par cette technologie qu'il décide de devenir ingénieur.

    Son diplôme en poche, il prend la direction du Québec. «Imaginez quelqu'un qui aime la forêt et qui arrive ici, dit-il. C'est vraiment l'Eldorado!»

    Eldorado en effet, puisque le jeune Mangin arrive en septembre 1976 avec deux valises... et 14 $ en poche. «Je n'avais pas assez d'argent pour passer la nuit à Montréal puis prendre le bus le lendemain pour Trois-Rivières, raconte-t-il en riant. J'ai donc pris mon billet de bus.» Il souligne toutefois que, avec un diplôme d'ingénieur en pâtes et papiers, il n'était guère inquiet. «Pour moi, le Canada représentait un pays où les choses bougent, et je désirais les faire bouger davantage.»

    Le jeune ingénieur a vite fait d'entreprendre une carrière en recherche appliquée à Paprican, l'Institut canadien de recherches sur les pâtes et papiers. «La recherche appliquée porte essentiellement sur l'amélioration des procédés, le développement de nouveaux produits d'impression, la réduction des coûts, de la consommation des matières premières et de l'énergie, etc.», résume-t-il.

    Toutefois, ces dernières années, le secteur s'est effondré, notamment celui de la fabrication du papier journal. Il faut par conséquent diversifier la production. «Traditionnellement, avec la fibre papetière, on fabrique du papier, des emballages et des produits sanitaires, résume le spécialiste. Mais on peut faire bien d'autres choses, dont des papiers qui ont des fonctionnalités autres que de servir à l'emballage.»

    C'est ainsi que le professeur Mangin travaille à la conception d'emballages dits bio-actifs, qui peuvent donc détecter, capturer ou même détruire des agents pathogènes. «On peut imaginer quantité de possibilités intéressantes reliées aux papiers sanitaires, dit-il, par exemple des papiers bio-actifs qui capteraient des agents pathogènes ou d'autres qui pourraient même vous aider à vous soigner.»

    Les chercheurs ont en outre récemment découvert une fibre particulière du bois: la nanocellulose cristalline. «Cette fibre a des propriétés d'assemblage extraordinaires, relate le chercheur. Si on fabriquait un papier à base de nanocellulose cristalline, on obtiendrait un matériau plus résistant que l'acier ou le kevlar!» Mais cela n'a guère d'intérêt, estime-t-il. Par contre, en ajoutant de la nanocellulose dans des emballages, on pourra réduire du tiers le poids de ceux-ci, tout en améliorant leurs propriétés mécaniques — ce qui serait extrêmement avantageux pour nombre d'utilisations.

    Une révolution économique?

    Et pourquoi pas se servir de la fibre qu'on utilisait autrefois pour le papier journal... pour faire du biodiésel?, lance Patrice Mangin.

    «Je me suis récemment rendu en Finlande pour visiter une grande pétrolière, dit-il. Il s'agit de Neste Oil, qui exploite des installations aussi grandes que les raffineries de l'est de Montréal pour fabriquer du diésel à partir du bois.»

    «J'ai vu la raffinerie en fonction, dit-il émerveillé, et je ne me rappelle plus combien de millions de litres de biodiésel on y fabrique. C'est vraiment extraordinaire!»

    Or on pourrait faire de même à Trois-Rivières, à La Tuque et ailleurs en région avec les tonnes de résidus de bois qui servaient jadis à confectionner le papier journal. «Et ça donnerait des milliers d'emplois partout en région», insiste M. Mangin, ajoutant qu'il s'agit en plus d'une matière renouvelable, «puisque ces tonnes de résidus se renouvellent tous les ans. Ce serait vraiment la relance économique des régions», insiste-t-il.

    «Le feu au lac !»

    Comme M. Mangin l'a constaté en Finlande, la technologie de base existe. Il faudrait toutefois la valider au Québec. À cette fin, on procéderait en trois étapes: d'abord concevoir une usine-pilote, puis réaliser des démonstrations commerciales, avant de construire des raffineries à l'échelle industrielle.

    En collaboration avec le Conseil de l'industrie forestière du Québec, M. Mangin a rédigé un document stratégique montrant l'intérêt de projets de démonstration. Bien entendu, cela nécessiterait des fonds publics, des investissements allant de 10 à 100 millions de dollars, estime-t-il. «Une fois ces projets réalisés, on pourrait intéresser des sociétés comme Neste Oil ou autres à venir créer chez nous des milliers d'emplois.»

    Mais il faut agir vite, très vite même, avance le spécialiste. «C'est maintenant qu'il faut agir... Pas dans quelques années, pose-t-il. Car, si on ne commence que dans dix ans, une firme comme Neste Oil, au lieu d'investir ici, choisira de s'installer en Indonésie.»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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