Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Libre opinion - Lettre ouverte au scientifique en chef du Québec

    6 octobre 2011 | Florence Piron, professeure-chercheuse à l'Université Laval et Jean Bernatchez, professeur-chercheur à l'Université du Québec à Rimouski, membres de l'Association science et bien commun | Science et technologie
    Monsieur Rémi Quirion, vous vous apprêtez aujourd'hui à faire votre première apparition dans une tribune publique depuis votre nomination le 1er juillet 2011. Or, ce ne sont pas des chercheurs qui vous écouteront, mais les membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Vous leur parlerez, entre autres, «de la création de nouveaux partenariats entre les secteurs public et privé, du lien étroit entre la performance économique et la place accordée au savoir». Votre choix d'un premier auditoire n'est pas neutre: il traduit votre adhésion à un modèle de développement de la recherche scientifique orienté vers l'économie, connu et promu sous le nom d'«économie du savoir» ou de capitalisme cognitif.

    Vous êtes un chercheur québécois exceptionnel, reconnu mondialement pour vos travaux en neurosciences. Mais les priorités exprimées dans vos premiers propos publics sont de nature à inquiéter ceux et celles qui, comme nous de l'Association science et bien commun, s'indignent de l'assujettissement de la politique scientifique du Québec et du Canada au modèle de l'économie du savoir et aux demandes de la grande industrie privée. Ce modèle promet une prospérité accrue — mais pour qui? — au détriment d'idéaux orientés vers le bien commun, la gouvernance scientifique de la recherche et l'autonomie de l'université, caractérisée à la fois par la liberté universitaire et la responsabilité sociale.

    Selon l'OCDE, qui fait la promotion de ce modèle, l'économie fondée sur le savoir repose sur la production et l'utilisation du savoir pour assurer la croissance économique. Le savoir permettrait de renforcer la compétitivité économique d'un pays. Il faut donc se l'approprier pour s'assurer d'un avantage concurrentiel. Les universités sont conviées dans ce contexte à privatiser et à valoriser commercialement le savoir qu'elles produisent et à former du personnel qualifié capable de relever les défis inhérents à la mondialisation des marchés.

    Le modèle alternatif porté par l'UNESCO suppose plutôt le développement de «sociétés du savoir», sociétés au pluriel, ce qui engage à la reconnaissance de la diversité culturelle. Au coeur de ces sociétés, il y a la capacité de produire et d'utiliser le savoir pour le développement humain. La liberté d'expression et la coopération en sont les fondements. L'accès à la connaissance est un préalable, ce qui suppose des stratégies d'accessibilité et de lutte contre la pauvreté. La commercialisation des résultats de la recherche restreint l'accès à la connaissance, aussi faut-il adopter une voie intermédiaire conciliant le droit au savoir et la protection de la propriété intellectuelle.

    Votre premier communiqué de presse évoque «les grands défis que la recherche québécoise doit relever face à l'accélération de la concurrence mondiale». «L'excellence et la reconnaissance de la relève scientifique, les grands projets intersectoriels et la compétitivité des chercheurs québécois au Canada et à l'étranger seront parmi mes priorités», précisez-vous. Concurrence et compétitivité: ce sont là les mots-clés de l'économie du savoir.

    Il n'y a rien dans vos propos, jusqu'à maintenant, sur l'ancrage de la science publique québécoise dans la société québécoise et sur sa capacité à éclairer les enjeux du bien commun (environnement, équité sociale, diversité culturelle, etc.). Il n'y a rien non plus sur les valeurs qui doivent animer la science et sur la résistance aux conflits d'intérêts qui minent la crédibilité des universités. C'est comme si les valeurs qui fondent la recherche scientifique étaient graduellement remplacées par des intérêts économiques, selon le principe «socialiser les dépenses, privatiser les profits».

    Vous avez comme première fonction de conseiller le ministre québécois du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE). Votre seconde fonction est de présider les trois Fonds de recherche qui couvrent les domaines de la santé, de la nature et des technologies, de la société et de la culture. Serez-vous un agent du MDEIE, porteur d'une stratégie de la recherche et de l'innovation qui consacre le principe de la science au service de l'entreprise? Saurez-vous plutôt marquer votre mandat par la promotion et la défense de la recherche scientifique et du bien commun?

    ***

    Florence Piron, professeure-chercheuse à l'Université Laval et Jean Bernatchez, professeur-chercheur à l'Université du Québec à Rimouski, membres de l'Association science et bien commun

    ***

    Appuient ce texte quelque 85 professeurs

    Gilles Boulet, Philologues sans frontières
    Marc Brullemans, Terre citoyenne
    Jacques Dufresne, Encyclopédie de l’Agora
    Valérie Desgroseilliers, Université Laval
    Abby Lippman, Université McGill
    Guillaume Latzko-Toth, Université Laval
    Sébastien Richard, Université de Montréal
    Mathieu Noury, Université de Montréal
    Jean-Luc Dion, Université du Québec à Trois-Rivières
    Pierre Biron, Université de Montréal
    Karine Saucier, Université du Québec à Trois-Rivières
    Cécile Sabourin, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
    Joelle Dumouchel, University of Toronto
    Roxanne Gendron, CHU Sainte-Justine
    Éric Georges, Université du Québec à Montréal
    Stéphanie Vaudry, Université d’Ottawa
    Stéphane Couture, Université du Québec à Montréal
    Francisco Toledo Ortiz, Université de Montréal
    Geneviève Szczepanik, Université du Québec à Montréal
    Élise Lagacé, Université de Montréal
    Pierre Tancrède, Université du Québec à Trois-Rivières
    Philippe Etchecopar, Cégep de Rimouski
    Lucie Sauvé, Université du Québec à Montréal
    Guillaume Lebel, Cégep de Saint-Laurent
    André Leblond, Université du Québec à Chicoutimi
    Ameur Manceur, Université McGill
    Florence Millerand, Université du Québec à Montréal
    Julien Rueff, Université du Québec à Montréal
    Max Roy, président de la FQPPU
    Jean-François Boutin, Université du Québec à Rimouski et FQPPU
    Pierre-André Julien, Université du Québec à Trois-Rivières
    Michel Roche, Université du Québec à Chicoutimi
    Linda Paquette, Université du Québec à Chicoutimi
    Marie-Amélie Boucher, Université du Québec à Chicoutimi
    Françoise Naudillon, Université Concordia
    François Bergeron, Université du Québec à Montréal
    Denyse Côté, Université du Québec en Outaouais
    Christophe Hohlweg, Université du Québec à Montréal
    Daniel Chapdelaine, Université du Québec à Montréal
    Hugue Asselin, Université du Québec à Montréal
    Isabelle Duchesne, Cégep de Saint-Hyacinthe
    Mariève Isabel, Post-Graduate Student’s Society, Université McGill
    Raymond Guérard, Diplômé Université de Montréal
    Moncef Bari, Université du Québec à Montréal
    Pierre J.H. Richard, Université de Montréal
    Charles Beaudoin-Jobin, Université de Montréal
    Danielle Lavoie, Université Laval
    Kim Cornelissen, Université du Québec à Montréal
    Micheline Beaudry, Université Laval
    Sarah Jenna, Université du Quebec à Montréal
    Diane Daviault, Université du Québec à Chicoutimi
    Frédéric Deschenaux, Université du Québec à Rimouski
    André Taras, Institut de Recherche de Hydro Québec - IREQ
    Michelle Duval, Université du Québec à Montréal
    Jean Lessard, Université de Sherbrooke
    Christophe Reutenauer, Université du Québec à Montréal
    Pierre J. Hamel, INRS
    Tom Berryman, Université du Québec à Montréal
    Victor Pelaez, Association Économie Autrement
    Andrée Fortin, Université Laval
    Éric Gagnon, Centre de recherche du CSSSVC
    François Béland, Université de Montréal
    Jean-Claude Simard, Collège de Rimouski et UQAR
    Michèle Nevert, Université du Québec à Montréal
    Mélissa Lieutenant-Gosselin, Université Laval
    Olivier Domingue, Université de Sherbrooke
    Luc Desnoyers, Université du Québec à Montréal
    Luc Baronian, Université du Québec à Chicoutimi
    Vincent van Schendel, Université du Québec à Montréal
    Jennifer Chambers, Université de Sherbrooke
    Eric Pineault, Université du Québec à Montréal
    Patrice Rivard, Université de Sherbrooke
    Jean-Marc Fontan, Université du Québec à Montréal
    Bruno Gagnon, Université de Sherbrooke
    Jean-Marie Lafortune, Université du Québec à Montréal
    Pierre Lebuis, Université du Québec à Montréal
    Jean-François Filion, Université du Québec à Montréal
    Chantal Savaria, Savaria Experts-Conseils inc.
    Laurence Bherer, Université de Montréal
    Christian Mascle, École Polytechnique
    Marielle Tremblay, Université du Québec a Chicoutimi
    Etienne Domingue, Université de Sherbrooke
    Bernard Saulnier, IREQ
    Thérèse Rouleau, Centre de recherche/Hôpital Ste-Justine
    Michel Lizée, Université du Québec à Montréal
    Josée-Anne Riverin, Université du Québec à Montréal
    Lyne Kurtzmam, Université du Québec à Montréal
    Jean-Noël Ringuet, professeur retraité Cégep de Chicoutimi
    Jonathan Paquette, Université d’Ottawa
    Bruno Detuncq, École Polytechnique
    Louis Gill, Université du Québec à Montréal
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel