La recherche modifie notre perception du monde
Une «lettre» au pape et au père Noël mérite-t-elle un prix?
C'est du n'importe quoi! Voilà qu'à vouloir que le pétrole tiré des sables bitumineux de l'Alberta soit «éthique», on en arrive à vider de tout sens ces mots que des universitaires ont mis en forme, eux qui poursuivent une mission souvent contraire à ce que les chercheurs du simple profit recherchent: penser un monde qui soit fait pour le bien de tous. Heureusement qu'une fois l'Association francophone pour le savoir, l'Acfas, reconnaît, elle, un vrai travail.
Que la recherche soit utile, plus d'un universitaire en conviendra. Et même certains, comme Michel Bouvier, qui reçoit cette année le prix Adrien-Pouliot, affirment le caractère «utile» de leur travail: «Ce n'est pas parce qu'on fait de la recherche applicable qu'on est obligé de sacrifier la recherche fondamentale. Les deux sont indissociables. En effet, si on ne faisait que du transfert de connaissances sans alimenter la recherche fondamentale, la source de nos connaissances finirait par se tarir et on n'aurait plus rien à exploiter. Par contre, si on ne faisait que de la recherche fondamentale sans se préoccuper de la transférer, alors là on aurait des connaissances inexploitées.»
Cependant, cela ne veut pas dire que l'universitaire sera pour autant une simple tête chercheuse dont l'objectif serait l'obtention immédiate d'une donnée concrète. Ainsi, une Maria Bartha Knoppers, qui se voit octroyer en 2011 le prix Jacques-Rousseau, elle qui est une sommité dans son domaine, la génomique, a connu un parcours qui lui fut souvent reproché. N'avait-elle point, cette avocate, opérer un long détour vers le monde littéraire avant d'aboutir dans ce nouveau monde juridique que la bioéthique définit? «Les gens m'ont toujours dit que j'ai gaspillé mon temps en littérature comparée. Mais je suis contente, en dépit des dettes étudiantes, d'avoir appris autour des cultures. Parce que, dans la littérature, tout est là.»
Connaître
La connaissance ne peut être connue avant d'être. Et ce ne sera qu'après son fait qu'il sera possible de définir si elle a ou non un caractère utilitaire. Aussi, que Benoît Melançon ait oeuvré pour un résultat qui a pour titre un possible Lettre au pape et au Père Noël ne l'aurait sûrement aidé en rien à obtenir le prix André-Laurendeau si les non-lecteurs que sont certains premiers ministres étaient les membres d'un jury.
En fait, le choix d'un tel sujet l'aurait, dans une telle conjoncture, à coup sûr déclassé. Car, pour ceux qui ont mis à mal nos sociétés, pour qui la recherche du seul profit a fait vaciller toute une planète entraînée dans une crise financière, les voilà qui reviennent pour dire qu'il n'y a place que pour ce qui est accidentel dans l'histoire du temps: la solution immédiate, le discours court, l'évidence.
Et surtout qu'on fasse taire ces Carole Lévesque, comme celle qui reçoit le prix Marcel-Vincent, qui réagit devant l'attitude qu'adoptent les gouvernements au moment où ils n'ont en tête que le développement des territoires qui sont ceux des Premiers Peuples: «Il aurait fallu que les différentes nations soient mieux consultées. Pas seulement qu'on vienne leur dire: "Voilà ce que nous allons faire"; mais qu'il y ait un vrai dialogue qui s'opère, qu'on tienne compte de leurs attentes, de leur compréhension des phénomènes. Le Plan Nord passe sous silence leur propre vision de ce que doit être le développement. C'est comme si tout le travail de connaissance et de reconnaissance que nous avons accompli depuis vingt ans n'avait servi à rien.»
Et non plus il ne faudra pas souscrire à des projets aussi «farfelus» que ceux d'une Anne de Vernal, elle qui a fait de la paléoclimatologie son champ d'expertise, ce que reconnaît l'attribution qui lui est faite du prix Michel-Jurdant. Quoique: ne démontre-t-elle pas l'utilité de son entreprise quand elle déduit que la connaissance de données du passé peut être nécessaire pour prévoir demain? Et pour qui développe dans le Grand Nord, cela est quantité non négligeable.
Toutefois, où elle sera mise au ban, c'est lorsqu'elle commente ce qu'elle découvre: «Le monde est en profonde mutation. On peut même faire des analogies avec certaines des phases d'exterminations massives qui ont marqué l'histoire de la planète. Nous sommes vraiment en danger...»
Savoir
Il y a donc encore des officines du savoir. Hier, les bibliothèques étaient les refuges des têtes pensantes. Aujourd'hui, souvent celles-ci ne se déplacent plus, les données leur parvenant par cette voie nouvelle qui est celle des fils ou des ondes.
En retour, ce qui se dit, ce qui s'écrit, ce qui se découvre est souvent vite entendu, lu et su, et ce qu'un Claude Perreault fait en immunologie ou qu'un Mario Leclerc découvre comme chimiste modifie le travail d'un autre: si on n'a plus les éprouvettes qu'on avait, il nous reste que c'est par la recherche que se modifie notre perception du monde.
Que la recherche soit utile, plus d'un universitaire en conviendra. Et même certains, comme Michel Bouvier, qui reçoit cette année le prix Adrien-Pouliot, affirment le caractère «utile» de leur travail: «Ce n'est pas parce qu'on fait de la recherche applicable qu'on est obligé de sacrifier la recherche fondamentale. Les deux sont indissociables. En effet, si on ne faisait que du transfert de connaissances sans alimenter la recherche fondamentale, la source de nos connaissances finirait par se tarir et on n'aurait plus rien à exploiter. Par contre, si on ne faisait que de la recherche fondamentale sans se préoccuper de la transférer, alors là on aurait des connaissances inexploitées.»
Cependant, cela ne veut pas dire que l'universitaire sera pour autant une simple tête chercheuse dont l'objectif serait l'obtention immédiate d'une donnée concrète. Ainsi, une Maria Bartha Knoppers, qui se voit octroyer en 2011 le prix Jacques-Rousseau, elle qui est une sommité dans son domaine, la génomique, a connu un parcours qui lui fut souvent reproché. N'avait-elle point, cette avocate, opérer un long détour vers le monde littéraire avant d'aboutir dans ce nouveau monde juridique que la bioéthique définit? «Les gens m'ont toujours dit que j'ai gaspillé mon temps en littérature comparée. Mais je suis contente, en dépit des dettes étudiantes, d'avoir appris autour des cultures. Parce que, dans la littérature, tout est là.»
Connaître
La connaissance ne peut être connue avant d'être. Et ce ne sera qu'après son fait qu'il sera possible de définir si elle a ou non un caractère utilitaire. Aussi, que Benoît Melançon ait oeuvré pour un résultat qui a pour titre un possible Lettre au pape et au Père Noël ne l'aurait sûrement aidé en rien à obtenir le prix André-Laurendeau si les non-lecteurs que sont certains premiers ministres étaient les membres d'un jury.
En fait, le choix d'un tel sujet l'aurait, dans une telle conjoncture, à coup sûr déclassé. Car, pour ceux qui ont mis à mal nos sociétés, pour qui la recherche du seul profit a fait vaciller toute une planète entraînée dans une crise financière, les voilà qui reviennent pour dire qu'il n'y a place que pour ce qui est accidentel dans l'histoire du temps: la solution immédiate, le discours court, l'évidence.
Et surtout qu'on fasse taire ces Carole Lévesque, comme celle qui reçoit le prix Marcel-Vincent, qui réagit devant l'attitude qu'adoptent les gouvernements au moment où ils n'ont en tête que le développement des territoires qui sont ceux des Premiers Peuples: «Il aurait fallu que les différentes nations soient mieux consultées. Pas seulement qu'on vienne leur dire: "Voilà ce que nous allons faire"; mais qu'il y ait un vrai dialogue qui s'opère, qu'on tienne compte de leurs attentes, de leur compréhension des phénomènes. Le Plan Nord passe sous silence leur propre vision de ce que doit être le développement. C'est comme si tout le travail de connaissance et de reconnaissance que nous avons accompli depuis vingt ans n'avait servi à rien.»
Et non plus il ne faudra pas souscrire à des projets aussi «farfelus» que ceux d'une Anne de Vernal, elle qui a fait de la paléoclimatologie son champ d'expertise, ce que reconnaît l'attribution qui lui est faite du prix Michel-Jurdant. Quoique: ne démontre-t-elle pas l'utilité de son entreprise quand elle déduit que la connaissance de données du passé peut être nécessaire pour prévoir demain? Et pour qui développe dans le Grand Nord, cela est quantité non négligeable.
Toutefois, où elle sera mise au ban, c'est lorsqu'elle commente ce qu'elle découvre: «Le monde est en profonde mutation. On peut même faire des analogies avec certaines des phases d'exterminations massives qui ont marqué l'histoire de la planète. Nous sommes vraiment en danger...»
Savoir
Il y a donc encore des officines du savoir. Hier, les bibliothèques étaient les refuges des têtes pensantes. Aujourd'hui, souvent celles-ci ne se déplacent plus, les données leur parvenant par cette voie nouvelle qui est celle des fils ou des ondes.
En retour, ce qui se dit, ce qui s'écrit, ce qui se découvre est souvent vite entendu, lu et su, et ce qu'un Claude Perreault fait en immunologie ou qu'un Mario Leclerc découvre comme chimiste modifie le travail d'un autre: si on n'a plus les éprouvettes qu'on avait, il nous reste que c'est par la recherche que se modifie notre perception du monde.








