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    Prix Adrien-Pouliot - Contrer le diabète, l'obésité et le cancer ? Rien de moins !

    « Ce n'est pas parce qu'on fait de la recherche applicable qu'on est obligé de sacrifier la recherche fondamentale »

    1 octobre 2011 |Claude Lafleur | Science et technologie
    Michel Bouvier, directeur du Groupe de recherche universitaire sur le médicament de l’Université de Montréal et récipiendaire du prix Adrien-Pouliot <br />
    Photo: Source Acfas Michel Bouvier, directeur du Groupe de recherche universitaire sur le médicament de l’Université de Montréal et récipiendaire du prix Adrien-Pouliot
    Michel Bouvier, directeur du Groupe de recherche universitaire sur le médicament de l'Université de Montréal, cherche à comprendre pourquoi certains médicaments finissent par ne plus agir et pourquoi d'autres ont des effets secondaires. Ces travaux, qui servent entre autres au traitement du diabète, de l'obésité et du cancer, lui ont valu une foule de distinctions nationales et internationales, dont récemment le prix Adrien-Pouliot décerné par l'Acfas.

    Soulignons d'emblée qu'il est un chercheur qui croit absolument au jumelage de la recherche universitaire et de la recherche en entreprise. «Ce n'est pas parce qu'on fait de la recherche applicable qu'on est obligé de sacrifier la recherche fondamentale, dit ainsi Michel Bouvier. Les deux sont indissociables. En effet, si on ne faisait que du transfert de connaissances sans alimenter la recherche fondamentale, la source de nos connaissances finirait par se tarir et on n'aurait plus rien à exploiter. Par contre, si on ne faisait que de la recherche fondamentale sans se préoccuper de la transférer, alors là, on aurait des connaissances inexploitées.» Bref, le transfert des connaissances universitaires vers les entreprises est l'un de ses «chevaux de bataille».

    Pour cette raison, Michel Bouvier dirige l'IRICoR, l'unité de commercialisation des recherches réalisées à l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC). Il est en outre chercheur principal à l'Unité de recherche en pharmacologie moléculaire de cet institut, ainsi que professeur titulaire au Département de biochimie de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal.

    La piqûre de la recherche

    Sa passion pour les sciences, il la doit à deux professeurs du secondaire qui ont su lui transmettre la leur. «L'un d'eux, M. Jean, était un professeur de biologie haïtien vraiment extraordinaire, dit-il, alors que M. Banzac alliait la pratique avec la théorie dans son enseignement de la chimie.» Il se rappelle qu'on était alors dans les années 1960, «la grande période de l'exploration spatiale et alors qu'on créait une île dans le fleuve Saint-Laurent pour Expo 67! C'était l'époque où la science était perçue comme quelque chose d'extraordinaire, dit-il avec émerveillement. Dès mon secondaire, je savais donc ce que je voulais faire dans la vie!»

    À l'Université de Montréal, il entreprend des études en biochimie avant de poursuivre au doctorat en sciences neurologiques. Ses recherches s'orientent vers le rôle des neurotransmetteurs, les agents chimiques qui relaient les communications entre les neurones et les cellules. Il s'intéresse plus spécifiquement aux capteurs qui, fixés aux cellules, reçoivent à la manière d'une antenne ces neurotransmetteurs. «Je me suis plus particulièrement intéressé à une famille de récepteurs: les RCPG, les récepteurs couplés aux protéines G», précise-t-il.

    On estime qu'environ 40 % de tous les médicaments de prescription visent justement ces RCPG. «Lorsque nous prenons un médicament, explique Michel Bouvier, celui-ci va agir en un endroit spécifique qui, dans 40 % des cas, est un récepteur RCPG.»

    Il s'intéresse spécifiquement aux propriétés des RCPG. «Leur sensibilité et leur capacité à répondre aux hormones, aux neurotransmetteurs ou aux médicaments peuvent évoluer, note-t-il. On dit que leur efficacité est modulable.» Il cherche donc à comprendre ce qui détermine la régulation de l'activité de ces récepteurs.

    Entre autres, il s'intéresse au processus de désensibilisation: pourquoi un médicament finit par ne plus avoir d'effets? «Les récepteurs finissent par répondre moins bien au médicament et j'ai travaillé sur les mécanismes qui mènent à cela», explique-t-il. De même, il étudie les mécanismes à l'origine des effets secondaires d'un médicament. «On cherche donc à comprendre ce qui distingue les actions thérapeutiques souhaitées des effets indésirables d'un médicament, à travers les interactions sur RCPG.»

    Ces travaux ont mené à une telle compréhension, précise Michel Bouvier, «qu'on transfère maintenant certaines de nos connaissances aux sociétés pharmaceutiques afin qu'elles s'en servent lors de la mise au point de nouveaux médicaments.»

    Bientôt un traitement contre l'obésité?

    Comme 40 % des médicaments de prescription interagissent avec les récepteurs RCPG, les travaux de M. Bouvier ont de multiples applications pour une foule de maladies. Le chercheur cite, entre autres exemples, un médicament sur lequel travaille son équipe et qui est destiné à traiter la forme d'obésité morbide la plus répandue.

    «Il s'agit d'une forme d'obésité terrible, dit-il. Les gens qui en souffrent deviennent énormes et ils sont incapables de contrôler leur appétit — ce qui fait qu'ils se font traiter de tous les noms... Mais ce n'est vraiment pas leur faute.» Cette maladie, la plus fréquente forme d'obésité morbide, touche environ une personne sur 2500 dans la population.

    «Nous avons compris ce qui cause cette maladie, énonce M. Bouvier, ce qui nous a permis de développer des modèles animaux qui reproduisent la maladie humaine chez la souris. Et maintenant, nous sommes en train de tester l'efficacité d'un médicament en espérant que, d'ici l'an prochain, nous pourrons entreprendre des essais cliniques en partenariat avec une pharmaceutique.» Si tout va bien, M. Bouvier espère qu'on disposera d'ici une dizaine d'années d'un médicament qui aidera les victimes d'obésité morbide.

    De la même façon, les équipes de l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie travaillent sur la compréhension des causes du cancer. Comme le relate avec insistance Michel Bouvier, «nous désirons que les connaissances fondamentales que nous développons à l'IRIC soient transférées de la façon la plus efficace possible vers la découverte de médicaments. C'est l'un de mes principaux chevaux de bataille et je puis dire que ça va bien!»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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