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À la conquête du Grand Nord

Le Centre d'études nordiques entend contribuer à l'ambitieux Plan Nord

Parc national en devenir, le cap Wolstenholme est situé à une trentaine de kilomètres au nord du village Ivujivik, dans l’extrême nord de la région de la baie d’Hudson. Des chercheurs du Centre des études nordiques sillonnent cette région depuis des années afin d’y étudier le réchauffement climatique.<br />
Photo : Mario Faubert Parc national en devenir, le cap Wolstenholme est situé à une trentaine de kilomètres au nord du village Ivujivik, dans l’extrême nord de la région de la baie d’Hudson. Des chercheurs du Centre des études nordiques sillonnent cette région depuis des années afin d’y étudier le réchauffement climatique.
Voilà maintenant cinq décennies que le Centre d'études nordiques (CEN) se penche sur le Grand Nord et ses vastes étendues parsemées de communautés autochtones. Fondé en 1961 par le géographe Louis-Edmond Hamelin, ce centre d'excellence interuniversitaire regroupe aujourd'hui plus de 200 chercheurs, professionnels et étudiants issus du monde de la biologie, de l'archéologie, de la géographie et de la géologie, notamment. Sa mission? Contribuer au développement durable des régions nordiques en améliorant notre compréhension des changements environnementaux liés au réchauffement climatique et de leurs enjeux socioéconomiques. Regard sur ce qu'ont accompli plusieurs générations de chercheurs curieux de «nordicité» et ce que d'autres accompliront dans le cadre de l'ambitieux plan de développement du Nord québécois.

Fort de ses 50 ans de recherches scientifiques dans le Grand Nord québécois, le Centre d'études nordiques (CEN) entend bien jouer son rôle et participer pleinement au développement de cette région, tel que proposé par le Plan Nord du gouvernement Charest.

«Nous avons signé récemment une entente formelle et nous faisons maintenant partie des 65 organisations qui composent le Réseau de soutien à la recherche et au développement des connaissances qui agira comme interface entre le Plan Nord et la communauté scientifique», explique Warwick F. Vincent, directeur du CEN.

La présence du CEN au sein de ce réseau se justifie amplement, non seulement par la pertinence des recherches scientifiques menées par le CEN, mais aussi par la qualité des liens noués au fil des ans. «Au fond, le CEN est partie prenante de toutes les recherches en milieu nordique au Québec et au Nunavik. Nous collaborons avec tous les organismes de recherche qui s'intéressent à un aspect ou l'autre du Grand Nord québécois. Nous avons des liens avec les ministères et les industries qui oeuvrent dans le Nord. Nous avons même des liens internationaux, par exemple avec le CNRS, en France, et même avec un laboratoire chinois spécialisé dans le génie du pergélisol. De plus, au fil des ans, nous avons noué des liens étroits avec les communautés autochtones, en particulier les Cris et les Inuits. Plusieurs de nos projets de recherche se font en collaboration avec ces communautés. Et comme le Plan Nord doit se faire en partenariat avec les Premières Nations, le CEN est bien placé pour favoriser les rapprochements entre les organismes publics ou privés qui oeuvreront au développement du Plan Nord et les communautés autochtones.»

Des recherches essentielles

Parmi les contributions du CEN au développement du Plan Nord, la première est sans doute de s'assurer que les données et les résultats des recherches scientifiques menées par le CEN sont facilement accessibles aux organismes, et en particulier aux entreprises, qui voudraient mettre en avant un projet de développement associé au Grand Nord. La raison est fort simple: ces données scientifiques sont essentielles à la réussite de l'amitieux projet.

Prenons, par exemple, les recherches scientifiques de Michel Allard, chercheur au CEN et spécialiste du pergélisol. «Une méconnaissance de ce qui se produit aujourd'hui en ce qui concerne le pergélisol pourrait rendre rapidement inopérantes de nouvelles infrastructures construites en milieu nordique», précise-t-il.

On définit le pergélisol comme étant un sous-sol contenant au moins 50 % de glace qui se maintient en permanence dans les régions nordiques. Lorsqu'il est permanent, il constitue une solide fondation sur laquelle construire une infrastructure.

Or, le pergélisol fond de manière accélérée en raison du réchauffement climatique qui se trouve à être particulièrement élevé dans l'Arctique de l'Est. «Le réchauffement climatique est phénoménal au Nunavik. La chaleur fait fondre les plaques de glace du pergélisol, ce qui produit des affaissements et des tassements inégaux. Toute nouvelle infrastructure construite sur cette fondation de pergélisol serait fortement endommagée, en particulier les infrastructures aéroportuaires, où les pistes d'atterrissage seraient suffisamment bosselées pour ne plus permettre d'atterrissage.»

Certaines routes et pistes d'atterissage du Nunavik sont endommagées par le dégel. Le ministère des Transports est bien au fait de ce problème et cherche à mieux comprendre ce phénomène par l'entremise du CEN afin d'adapter ses infrastructures présentes et futurs à cette réalité.

Autre conséquence du réchauffement climatique, l'effet isolant de la neige qui permet au sol de conserver une température élevée. «La neige est un isolant qui empêche le sol de se refroidir et on observe présentement une augmentation des chutes de neige. De plus, comme la neige est poussée par le vent, elle s'accumule le long des remblais des infrastructures, si bien que son effet isolant contribue à la dégradation du pergélisol sur lequel reposent ces infrastructures.» À la lumière de ces données scientifiques, on comprend aisément qu'un organisme ou une entreprise qui envisagerait la construction d'une infrastructure en milieu nordique aurait avantage à en tenir compte avant de se lancer et surtout d'adapter les méthodes de construction aux nouvelles réalités climatiques.

En plus de rendre accessibles ses données et résultats de recherche, le CEN demeure disponible pour tout organisme ou entreprise privée impliqué dans le Plan Nord qui voudrait faire appel à son expertise scientifique pour qu'il réalise, seul ou en collaboration, une recherche particulière en milieu nordique.

«Le Plan Nord se veut un projet qui s'inscrit dans le développement durable, souligne Warwick F. Vincent. Nous avons fait au CEN une priorité du développement durable dans nos recherches scientifiques. Nous sommes donc bien placés pour fournir le savoir de base pour le développement durable du Plan Nord.»

La collecte et la gestion de données scientifiques pourraient aussi être un autre axe de collaboration. «Une de mes craintes est que le nombre de recherches, et par conséquent le nombre de données, augmente à cause du Plan Nord. Il y aurait alors de plus en plus d'intervenants et rien n'assure que ces nouvelles données seraient colligées et partagées adéquatement, explique Michel Allard. C'est un rôle qui pourrait être assumé par le CEN.» Une idée que partage Warwick F. Vincent. «Nous possédons toute l'expertise nécessaire puisque nous assumons depuis sept ans la gestion des données du réseau canadien ArcticNet.»

Enfin, il y a le volet formation puisque l'un des rôles du CEN est de former les scientifiques de demain. «Le Plan Nord propose un développement qui s'étend sur 25 ans. Il faudra donc une nouvelle génération de spécialistes qualifiés pour l'espace nordique et le CEN va contribuer à la formation de ces nouveaux scientifiques, dit M. Warwick. C'est peut-être là la plus importante contribution du CEN au Plan Nord, quoique, à bien y penser, tout ce que nous faisons au CEN est pertinent au Plan Nord.»

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